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Redtech, la fintech de Tony Elumelu, prépare un tour à 100 millions USD pour conquérir l’Afrique


Filiale de Heirs Holdings, le groupe d’investissement de Tony Elumelu, fondateur de United Bank for Africa (UBA), la fintech nigériane Redtech prépare une levée de fonds pouvant atteindre 100 millions de dollars. Objectif : accélérer son expansion et déployer ses solutions de paiement et de banque par agents dans près de 29 pays africains.

Dans l’écosystème des paiements africains, la bataille se joue autant sur la technologie que sur la vitesse de déploiement. Redtech Ltd., start-up nigériane de technologie financière soutenue par l’univers Heirs Holdings de Tony Elumelu, prépare justement un changement d’échelle. Selon des informations rapportées par Nairametrics le 4 février 2026, l’entreprise envisage de lever jusqu’à 100 millions de dollars sur les deux prochaines années, afin de financer une expansion rapide à travers le continent.

L’annonce intervient dans un contexte où le Nigeria, plus grand marché fintech d’Afrique en volume, sert de laboratoire grandeur nature à la transition vers une économie “cashless”. Et où chaque acteur qui contrôle l’infrastructure d’acceptation des paiements, terminaux, agents, passerelles, orchestration, prend mécaniquement une longueur d’avance sur les banques et les fintechs plus spécialisées.

Une trajectoire construite dans le sillage de Heirs Holdings

Redtech se présente comme une fintech en croissance rapide, adossée à Heirs Holdings, le groupe d’investissement fondé et détenu par Tony Elumelu, également président et principal actionnaire individuel de United Bank for Africa (UBA). Cette proximité n’est pas un détail. Dans les paiements, la crédibilité, la capacité de conformité multi-pays et l’accès aux réseaux comptent autant que le produit. Nairametrics souligne d’ailleurs que Redtech opère comme une entité de l’écosystème Heirs, ce qui lui donne des relais stratégiques dans un marché où l’expansion transfrontalière est coûteuse et fortement réglementée.

Sur le plan opérationnel, Redtech évolue à l’intersection de deux métiers clés. Le paiement digital, via des solutions d’encaissement pour les commerçants et des passerelles de paiement. La banque par agents, un modèle particulièrement efficace dans les économies où la distribution bancaire classique reste incomplète, et où le point de vente devient un mini-guichet de services financiers.

Les chiffres qui expliquent l’appétit des investisseurs

L’argument central de Redtech, c’est l’échelle. En février 2026, son CEO Emmanuel Ojo explique que l’entreprise “a grandi très vite” et qu’elle est entrée dans une phase où des fonds propres supplémentaires deviennent nécessaires pour soutenir l’expansion et le lancement de nouveaux produits.

Le même article projette une montée en puissance spectaculaire de l’activité sur la plateforme. Le volume annuel de transactions viserait environ 100 milliards d’opérations d’ici deux ans, contre 25 milliards enregistrées “l’an dernier”. La valeur totale des transactions, elle, est projetée à 100 000 milliards de nairas, contre environ 30 000 milliards de nairas en 2025.

Ces projections s’inscrivent dans une dynamique déjà documentée. En 2024, Redtech indiquait avoir franchi le seuil des 12 000 milliards de nairas de transactions, un jalon largement repris par la presse spécialisée nigériane et africaine.

RedPay, la pièce maîtresse d’une stratégie “omnicanale”

Pour tenir cette promesse, Redtech met en avant RedPay, sa plateforme conçue comme une solution unifiée de paiement omnicanal. L’idée est simple, mais puissante : rassembler dans une seule “colonne vertébrale” l’acceptation en magasin via terminaux, l’encaissement en ligne via passerelle, et une couche d’orchestration capable d’améliorer les taux de succès des paiements.

We are Tech Africa précise que RedPay intègre plusieurs rails, cartes, virements, QR codes, USSD, et offre une interface unique permettant aux commerçants de suivre leurs encaissements en temps réel. Cette approche est typique des fintechs qui veulent devenir des infrastructures plutôt que de simples applications : capter le flux à la source, l’agréger, le router, puis monétiser la donnée, le service, et la valeur ajoutée (réconciliation, gestion de trésorerie, scoring, crédit d’exploitation).

Une expansion africaine en mode “blitz”

Le rythme annoncé donne la mesure de l’ambition. Redtech prévoit de s’implanter dans 29 pays africains au premier semestre, toujours selon Nairametrics. Un calendrier aussi agressif pose une équation opérationnelle exigeante : licences, partenariats bancaires, conformité AML/CFT, intégrations techniques, recrutement local, et surtout distribution terrain.

Sur ce dernier point, Redtech mise sur l’extension rapide de son parc. L’entreprise a déjà déployé plus de 30 000 terminaux de paiement au Nigeria, et souhaite se positionner plus frontalement face aux poids lourds du secteur. L’enjeu est clair : dans les paiements, la densité du réseau fait souvent la différence. Plus il y a de terminaux, plus il y a de transactions. Plus il y a de transactions, plus la plateforme devient incontournable.

Un marché panafricain plus encombré, mais loin d’être verrouillé

L’expansion de Redtech arrive dans un moment paradoxal. D’un côté, le marché n’a jamais été aussi concurrentiel. Flutterwave, Chipper Cash, Moniepoint et d’autres multiplient les annonces, les produits et les corridors. Nairametrics rappelle d’ailleurs que Redtech entre dans un marché “de plus en plus crowded”, en citant notamment Flutterwave et ses mouvements stratégiques autour de l’open banking.

De l’autre, l’Afrique reste un continent de fragmentation. Les systèmes de paiement, les standards, les régimes de change, les exigences KYC, et même la qualité des rails interbancaires varient fortement. Cela crée un espace pour les acteurs capables d’industrialiser la complexité, pays par pays, et de vendre aux entreprises une promesse de simplicité : “branchez-vous une fois, encaissez partout”.

C’est précisément ce que Redtech cherche à incarner. Et c’est là que la levée de 100 millions de dollars prend son sens : non pas comme un coup de communication, mais comme le carburant nécessaire pour acheter du temps, absorber les coûts de conformité, durcir l’infrastructure technologique, et sécuriser la distribution.

Ce que la levée pourrait changer pour les banques et les fintechs d’Afrique francophone

Pour l’Afrique francophone, la montée en puissance d’un processeur de paiement nigérian “infrastructure-first” n’est pas un sujet lointain. Elle renvoie à une question stratégique pour les banques : qui contrôlera l’acceptation et le routage des paiements des commerçants, donc une part croissante des dépôts, des commissions, et de la donnée transactionnelle ?

Si Redtech réussit son expansion, les banques locales pourraient se retrouver face à un nouvel intermédiaire incontournable, capable de capter le front-office marchand. À l’inverse, des partenariats sont possibles, notamment dans les pays où les banques cherchent à accélérer l’acquisition commerçants, moderniser le POS, ou enrichir l’offre “merchant services” sans reconstruire toute la pile technologique.

Patrick Tchounjo

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