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Réduire les barrières à l’inclusion financière : la bataille décisive de l’Afrique francophone

Malgré une croissance économique soutenue et un dynamisme entrepreneurial remarquable, près d’un adulte sur deux en Afrique subsaharienne ne dispose toujours pas d’un compte bancaire. En Afrique francophone, cette réalité reste particulièrement préoccupante. L’inclusion financière, longtemps restée un objectif politique, devient aujourd’hui une urgence économique et sociale. Pour les gouvernements, les banques et les fintechs, la question n’est plus pourquoi, mais comment lever les freins structurels qui freinent l’accès aux services financiers pour des millions d’Africains.


Des obstacles multiples : entre défis structurels et barrières culturelles

L’inclusion financière ne se résume pas à l’ouverture d’un compte bancaire. Elle implique l’accès réel et durable à des services financiers utiles, abordables et adaptés. Pourtant, plusieurs barrières persistent :

  • Coût élevé des services bancaires pour les populations à faibles revenus.
  • Distance géographique entre les zones rurales et les agences.
  • Complexité administrative (pièces d’identité, justificatifs de domicile, etc.).
  • Faible littératie financière et méfiance envers les institutions.
  • Manque de produits adaptés aux réalités du secteur informel.
  • Accès limité à Internet ou au smartphone, notamment en zone rurale.

« Quand on me demande une fiche de paie pour ouvrir un compte, je me sens exclu d’un système qui ne parle pas mon langage », déclare Moussa, commerçant informel à Ouagadougou.


Des initiatives prometteuses mais encore fragmentées

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, des efforts notables sont déployés pour favoriser l’accès aux services financiers :

  • Les comptes bancaires simplifiés proposés par des institutions comme UBA, CBAO ou BGFIBank, sans frais de tenue et avec des exigences minimales.
  • Le mobile money, qui touche désormais plus de 500 millions d’utilisateurs en Afrique, en grande partie non bancarisés.
  • L’émergence de cartes bancaires virtuelles prépayées, activables via smartphone, sans compte bancaire traditionnel.
  • Le développement de guichets mobiles et de correspondants bancaires dans les zones enclavées.

Mais malgré ces innovations, l’inclusion reste partielle. Trop de solutions restent centrées sur la technologie, sans accompagnement éducatif ni adaptation culturelle.


Fintechs, banques et États : vers une action concertée ?

Pour franchir un cap, l’écosystème financier doit aller au-delà de l’expérimentation et construire une inclusion durable. Cela implique :

  • Des alliances public-privé pour mutualiser les efforts (banques, opérateurs télécoms, régulateurs, ONG).
  • Des politiques incitatives fortes : subventions pour ouvrir un premier compte, programmes d’éducation financière dans les écoles, régulations assouplies pour les micro-comptes.
  • Une adaptation des interfaces et des produits à des utilisateurs peu ou pas alphabétisés, via l’audio, les langues locales, et des services offline.

« L’inclusion financière ne doit pas être un privilège technologique, mais un droit économique », insiste un directeur de la BCEAO.


Cartes virtuelles, comptes digitaux, crédit mobile : des solutions concrètes à déployer massivement

Parmi les innovations les plus prometteuses :

  • Les cartes virtuelles prépayées, qui permettent à des milliers d’utilisateurs sans compte bancaire de payer en ligne, d’acheter des services numériques ou de recevoir des paiements.
  • Les comptes mobiles simplifiés, adossés à des services de mobile money, comme l’offre d’Orange Bank Africa.
  • Les plateformes de microcrédit digital, qui utilisent des données alternatives (mobile usage, transactions mobile money) pour octroyer de petits prêts à des populations sans antécédents bancaires.

Conclusion : une inclusion financière pensée depuis le terrain

L’Afrique francophone ne manque pas de solutions technologiques. Ce qui manque encore, c’est une vision intégrée, inclusive et territorialisée de l’inclusion financière.
Former, informer, simplifier et adapter : voilà les quatre leviers à activer pour transformer la promesse de bancarisation en réalité concrète pour les populations rurales, les femmes, les jeunes et les travailleurs informels.

La bataille de l’inclusion financière ne se gagnera pas dans les salles de conseil à Abidjan ou Dakar, mais sur les marchés, dans les quartiers, et au cœur des villages, là où se joue le vrai visage de l’économie africaine.

Patrick Tchounjo

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