Revolut s’intéresse au marché marocain : un test pour la régulation bancaire de Bank Al-Maghrib

La néobanque britannique Revolut, déjà présente dans plus de 30 pays et forte de plus de 40 millions d’utilisateurs, regarde désormais vers le Maroc. L’entreprise a entamé des discussions avec Bank Al-Maghrib (BAM) afin d’explorer les conditions d’une entrée sur le marché, dans un pays considéré comme l’un des écosystèmes financiers les plus dynamiques d’Afrique francophone.
Si aucune décision n’a encore été officialisée, ce projet soulève de nombreuses interrogations. Revolut, connue pour sa stratégie agressive de croissance et ses frais bancaires réduits, pourrait rebattre les cartes dans un secteur marocain marqué par la domination des banques traditionnelles, parmi lesquelles Attijariwafa Bank, Banque Populaire ou BMCE Bank of Africa.
L’arrivée d’un acteur 100 % digital bousculerait les usages. Revolut propose en effet des services de paiement international à faible coût, des comptes multidevises, ainsi qu’une expérience utilisateur fluide, accessible depuis un smartphone. Ces caractéristiques séduisent particulièrement les jeunes, les freelances et les diasporas, des segments stratégiques pour le Maroc où l’inclusion financière reste un enjeu central.
Pour BAM, l’équation est délicate. Le gouverneur a déjà rappelé que l’octroi d’une licence bancaire ne saurait se faire au détriment de la stabilité du système financier. L’institution veille à ce que tout nouvel entrant réponde à des exigences strictes en matière de conformité, de lutte contre le blanchiment et de protection des données. L’arrivée de Revolut, si elle se confirmait, nécessiterait donc une adaptation réglementaire mais aussi une vigilance accrue sur le plan de la cybersécurité.
Les banques marocaines, elles, observent avec attention. Depuis plusieurs années, elles investissent massivement dans la digitalisation de leurs services et dans les fintechs locales. La perspective de voir Revolut débarquer pourrait accélérer cette transformation et encourager des modèles hybrides associant innovation technologique et solidité institutionnelle.
Au-delà du cas marocain, cette possible implantation serait scrutée de près par les régulateurs et banquiers d’Afrique francophone. Si le Royaume devient le premier marché africain de Revolut, cela pourrait ouvrir la voie à une expansion plus large vers l’UEMOA et la CEMAC, où les besoins en solutions bancaires digitales restent considérables.
Pour l’heure, rien n’est acté. Mais une certitude s’impose : l’intérêt de Revolut pour le Maroc illustre la montée en puissance du pays comme hub financier africain, capable d’attirer les géants mondiaux de la fintech et de poser les bases d’une nouvelle ère de concurrence dans la banque digitale.
Patrick Tchounjo



