Sénégal : 108,785 milliards FCFA levés, l’UMOA sursouscrit à 161%

Sur le marché des titres publics de l’UMOA, il y a des adjudications qui ressemblent à une simple routine budgétaire. Et puis il y a celles qui racontent une histoire de confiance. Le Sénégal vient d’en signer une : le Trésor visait 100 milliards de FCFA… il a finalement encaissé 108,785 milliards de FCFA (environ 195,8 millions de dollars), à l’issue d’une opération construite autour de trois instruments distincts. L’appel d’offres officiel, piloté avec UMOA-Titres et la BCEAO, portait bien sur un montant mis en adjudication de 100 000 millions de FCFA, avec une date de valeur fixée au 02 mars 2026.
Au-delà du montant levé, le signal est clair : le Sénégal continue de capter une part majeure de l’appétit des investisseurs régionaux, à un moment où le marché scrute de plus en plus finement la maturité, le rendement et la qualité de signature des États.
Une demande qui dépasse largement l’offre
Les chiffres de l’adjudication parlent d’eux-mêmes. Les soumissions totales ont culminé à 161,269 milliards de FCFA, soit un taux de couverture de 161,27 %. En d’autres termes, pour chaque franc mis en adjudication, les investisseurs en ont proposé 1,61. Le Trésor a toutefois retenu 108,785 milliards, rejetant 52,484 milliards de soumissions jugées hors critères, pour un taux d’absorption global de 67,46 %.
Dans une zone où la liquidité est très sensible à la perception du risque et au “pricing” offert, ce niveau de sursouscription confirme une réalité : le papier sénégalais reste un actif recherché, à condition que le couple maturité/rendement colle aux attentes du marché.
Trois instruments, trois dynamiques… et une hiérarchie très nette
L’adjudication couvrait un BAT à 364 jours et deux OAT à trois et cinq ans exactement l’architecture annoncée dans l’appel d’offres, avec un BAT 364 jours et des OAT 3 et 5 ans.
Le BAT à 364 jours a concentré l’essentiel des soumissions : 90,763 milliards de FCFA. Le Trésor en a retenu 50,224 milliards, soit un taux d’absorption de 55,34 %. Le rendement moyen pondéré ressort à 6,79 % et le titre arrive à échéance le 28 février 2027.
L’OAT à trois ans, remboursable le 2 mars 2029, a suscité 62,928 milliards de soumissions. Le montant retenu atteint 51,533 milliards, pour un taux d’absorption de 81,89 %. Le rendement moyen pondéré s’établit à 7,64 %.
L’OAT à cinq ans, échéance fixée au 2 mars 2031, a reçu 7,578 milliards de soumissions. Presque la totalité a été acceptée : 7,028 milliards retenus, soit un taux d’absorption de 92,74 %. Le rendement ressort à 7,70 %.
Derrière ces trois lignes, on lit une photo très actuelle du marché : une préférence massive pour le court terme (le BAT attire le plus), mais un intérêt réel pour les maturités plus longues dès lors qu’elles offrent une rémunération jugée “à la hauteur”.
Le message des rendements : la courbe reste pentue
Le différentiel est instructif. Entre le BAT à 6,79 % et l’OAT 3 ans à 7,64 %, le marché demande une prime nette pour allonger la durée. Et l’OAT 5 ans à 7,70 % prolonge cette logique : la maturité longue se finance, mais elle se paie.
Autrement dit : la demande existe, mais le prix du temps reste élevé. Pour un Trésor, c’est une donnée stratégique, parce qu’elle conditionne l’arbitrage entre refinancer souvent à court terme (avec un risque de rollover) ou allonger la duration au prix d’un coût plus élevé.
Des investisseurs venus de quatre pays : la preuve d’un papier “régional”
Trente-huit participants ont pris part à l’opération : 19 sur le BAT, 14 sur l’OAT 3 ans et 5 sur l’OAT 5 ans. Parmi eux figuraient des investisseurs établis au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Burkina Faso.
Cette participation transfrontalière est une information clé : elle rappelle que le marché UMOA n’est pas une juxtaposition de marchés nationaux, mais un espace où l’épargne circule vers les signatures jugées solides, actives et liquides.
Dakar reste un émetteur “très actif” : la séquence de février confirme
Le Sénégal est l’un des émetteurs les plus actifs de la zone UMOA. En février 2026, le pays avait déjà levé 143 milliards de FCFA lors d’une précédente adjudication organisée le 6 février, comme l’indique le compte rendu d’UMOA-Titres.
La date de valeur de l’opération du 27 février a été fixée au 2 mars 2026, conformément aux règles du marché régional des titres publics, ce qui boucle la mécanique de règlement-livraison annoncée dans l’appel d’offres.
Patrick Tchounjo



