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Shelter Afrique change d’échelle : une Camerounaise au poste-clé du secrétariat général

À Nairobi, là où se fabrique une part croissante de la finance de développement africaine, une signature ne vaut rien sans procédure, et une stratégie sans gouvernance n’est qu’un discours. C’est précisément dans cet espace, celui des règles, des arbitrages, des résolutions, de la conformité et de la crédibilité institutionnelle que s’inscrit l’arrivée de Sandie Paho Handou au sein de Shelter Afrique Development Bank (ShafDB), en qualité de Company Secretary (fonction assimilée au secrétariat général dans l’architecture de gouvernance des banques multilatérales).

L’institution, unique en son genre sur le continent parce qu’elle est dédiée exclusivement au financement du logement abordable, du développement urbain et des infrastructures connexes, achève sa mue : Shelter Afrique n’est plus seulement un bailleur spécialisé, mais une banque multilatérale de développement dotée d’une architecture renforcée et d’une ambition de mobilisation de capitaux à l’échelle.

Dans ce moment charnière, la Camerounaise n’arrive pas comme un symbole, mais comme une pièce maîtresse : celle qui sécurise la machine institutionnelle au moment où la banque veut accélérer.

Une nomination qui parle le langage des banques : gouvernance, conformité, confiance

Sur son organigramme officiel, ShafDB présente Sandie Paho Handou comme une dirigeante juridique, conformité et affaires institutionnelles cumulant plus de 20 ans d’expérience internationale entre l’Afrique et l’Europe, dans des environnements réglementés et des opérations multi-pays.

En clair : le profil type des institutions financières qui veulent passer un cap. Car une banque multilatérale, plus encore qu’une banque commerciale, se juge aussi à la solidité de ses mécanismes internes : qualité des délibérations, transparence, alignement statutaire, tenue des décisions du conseil, gestion des risques de conformité, cohérence des engagements. Le “Company Secretary” y est une vigie autant qu’un chef d’orchestre.

Cette arrivée intervient alors que la ShafDB consolide aussi sa gouvernance au sommet : l’économiste Lionel Zinsou a été nommé président du conseil d’administration, avec Said Athman Mtwana comme vice-président, selon les annonces relayées par la banque et la presse économique.

Une trajectoire bâtie dans les groupes mondiaux, au contact du “terrain réglementaire”

Le parcours de Sandie Paho Handou est celui d’une juriste qui a appris la gouvernance “en conditions réelles”, dans des groupes où la conformité n’est pas une option, mais une condition de survie.

ShafDB souligne des expériences de direction au sein de grands ensembles internationaux : LafargeHolcim (CIMENCAM), British American Tobacco, Diageo, Procter & Gamble.

À CIMENCAM, une interview publiée par l’entreprise la présente comme Directrice juridique, détaillant un métier qui se situe à la jonction de la maîtrise des risques, du précontentieux, de la conformité et du secrétariat du conseil d’administration autrement dit, une école concrète de gouvernance.

La Legal 500, qui l’a mise en avant dans ses classements “GC Powerlist”, rappelle de son côté un parcours marqué par des responsabilités de legal director et company secretary, avec un travail de réforme des process juridiques et de création de synergies internes, une grammaire très proche de ce qu’exige une banque multilatérale en transformation.

Une formation à l’ADN international, ancrée francophone

Juriste chevronnée, Sandie Paho Handou s’est imposée au fil des années comme un profil complet, à la croisée du conseil juridique stratégique, de la conformité et de l’éthique, de la gouvernance d’entreprise et du secrétariat général. Son expertise s’étend également aux affaires publiques et au pilotage d’organisations dans des environnements multi-pays, où la capacité à sécuriser les décisions, anticiper les risques et dialoguer avec les parties prenantes devient un avantage compétitif. Cette trajectoire, construite autant au sein de grandes multinationales que dans l’action publique, lui confère une lecture transversale des dynamiques économiques, réglementaires et institutionnelles.

Sa formation reflète cette ouverture : un cursus partagé entre la France et le Royaume-Uni, avec un Master obtenu à l’Université de Rouen et un Master en droit commercial international à Northumbria University (UK), complété par des certifications exécutives délivrées par INSEAD et Lagos Business School. Un socle académique solide, pensé pour évoluer dans des univers où le droit se conjugue à la stratégie.

Dans une institution panafricaine en transformation comme Shelter Afrique Development Bank, la banque met aussi en avant un atout déterminant : le bilinguisme français–anglais, devenu incontournable pour opérer à haut niveau entre actionnaires, régulateurs, partenaires techniques et financiers, bailleurs et marchés.

Sur le plan professionnel, Sandie Paho Handou a bâti sa réputation dans des groupes de premier plan. Elle a passé près d’une décennie au sein du britannique Diageo (2011–2020), où elle a occupé des fonctions de Directrice juridique et de Secrétaire générale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, avec un périmètre couvrant 22 pays. À ce poste, elle a piloté des dossiers structurants liés à la conformité, aux enjeux juridiques du marketing, à la chaîne d’approvisionnement et aux ressources humaines, avant d’élargir progressivement son champ d’action à d’autres zones, dont l’Océan Indien. Entre 2019 et 2020, depuis Abidjan, elle a également conduit les Affaires publiques pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, une responsabilité qui exige de conjuguer intelligence réglementaire, influence, gestion des risques réputationnels et dialogue avec les administrations.

Elle poursuit ensuite sa trajectoire entre secteur privé et service public, en rejoignant la Communauté urbaine de Douala comme Directrice juridique et Compliance, une fonction stratégique dans un environnement où les exigences de gouvernance, de sécurité juridique et de transparence deviennent centrales. Elle a également exercé comme Directrice juridique de Cimencam, puis comme Directrice juridique pour le cluster Afrique de l’Ouest chez LafargeHolcim Maroc Afrique (devenu Holcim), renforçant sa maîtrise des enjeux contractuels, opérationnels et de gouvernance au sein d’industries fortement réglementées. Son parcours comprend par ailleurs une expérience chez British American Tobacco comme Head of Government Affairs pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, ainsi qu’un passage chez Procter & Gamble (P&G) en tant que Legal Counsel pour la région EMEA, consolidant une culture de conformité et de gestion des risques à l’échelle internationale.

ShafDB : une banque panafricaine du logement en quête d’échelle

Le repositionnement de Shelter Afrique en banque multilatérale de développement n’est pas cosmétique. Dans sa brochure institutionnelle, ShafDB rappelle être constituée par 44 gouvernements africains, avec deux actionnaires institutionnels : la Banque africaine de développement (BAD) et Africa-Re.

Ce statut implique une équation exigeante : concilier mandat public, discipline financière, mobilisation de capitaux, et délivrance d’impact. Et c’est précisément dans ce “triangle” que la gouvernance pèse lourd.

La dynamique partenariale actuelle le confirme. En septembre 2025, Afreximbank et ShafDB ont signé un accord cadre autour d’un mécanisme de préparation de projets (JPPF), avec une ambition affichée : débloquer au moins 1 milliard de dollars d’investissements pour transformer le logement et le développement urbain sur le continent.

Autre signal : la banque travaille aussi son renforcement de capital et ses capacités d’intervention, comme l’illustre l’annonce d’un appui de la BADEA autour d’un programme de capitalisation chiffré à 120 millions de dollars (selon la presse spécialisée).

Dans ce contexte, la fonction de Company Secretary devient un poste de “sécurisation de la trajectoire” : garantir que la banque grandit vite, sans casser ses fondamentaux.

Afrique centrale : le Cameroun, un test grandeur nature de l’impact attendu

Pour OnlyBenki, l’enjeu est aussi régional : ce que ShafDB annonce à l’échelle continentale se mesure dans des dossiers concrets.

Au Cameroun, Shelter Afrique a officialisé un MoU avec le gouvernement autour d’un programme de 3 000 logements sociaux à Yaoundé et Douala, avec une logique de financement et de mobilisation additionnelle.
La presse économique a, de son côté, chiffré l’accord associé à environ 6,63 milliards FCFA lors d’annonces de 2021.

Ces projets sont politiquement visibles, socialement sensibles, techniquement complexes — et institutionnellement exigeants. Là encore, la gouvernance n’est pas un décor : c’est ce qui permet de passer du communiqué à la livraison.

Une Camerounaise au cœur du “backbone” institutionnel

La nomination de Sandie Paho Handou raconte une idée simple : dans les banques de développement, le pouvoir ne se situe pas uniquement dans le crédit. Il se loge aussi dans l’architecture invisible qui rend le crédit possible : conformité, décisions, responsabilité fiduciaire, redevabilité, exécution.

Et dans une Afrique francophone où les défis de logement urbain se combinent à la pression démographique, à la contrainte budgétaire et au besoin de capitaux longs, ShafDB joue une partie stratégique. La Camerounaise, elle, se retrouve au centre de la mécanique qui doit rendre cette ambition “bancable”.

Patrick Tchounjo

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