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Standard Chartered nomme Dalu Ajene à la tête de l’Afrique : le profil d’un banquier de deals

La banque ne choisit jamais un patron Afrique par hasard. Quand Standard Chartered confie la direction de ses activités africaines à Dalu Ajene, elle ne fait pas qu’annoncer une promotion. Elle repositionne son centre de gravité régional autour d’un profil d’exécution, rompu à la logique “couverture client + transactions”, au moment où l’Afrique bancaire se joue sur la capacité à mobiliser des capitaux, structurer des financements et sécuriser le risque dans des environnements hétérogènes. Selon la communication reprise par plusieurs médias, Dalu Ajene devient Chief Executive Officer pour les opérations africaines de la banque et cumule cette responsabilité avec celle de Head of Coverage pour le continent.

Dans la lecture Standard Chartered, ce double titre n’a rien d’une coquetterie. Il signifie que la croissance ne sera pas pilotée uniquement par organigramme, mais par la proximité client, la qualité du pipeline et l’alignement des métiers, de la banque d’investissement à la gestion de patrimoine, jusqu’aux relais de la banque de détail là où le modèle le permet.

Un passage éclair au Nigeria qui compte plus qu’il n’y paraît

Avant de prendre l’Afrique, Dalu Ajene dirigeait Standard Chartered Nigeria depuis avril 2024.
Ce détour par Lagos a valeur de test. Dans une banque internationale, le Nigeria est un marché laboratoire : concurrence rude, exigences réglementaires élevées, sophistication des opérations de marché, clients corporate exigeants, et besoin permanent de discipline de risque. Le fait que Standard Chartered ait promu Ajene depuis ce poste suggère qu’elle estime son leadership compatible avec une équation plus large : harmoniser des opérations multi-pays, sans perdre en vitesse d’exécution, ni en rigueur de conformité.

La banque lui confie désormais une mission explicite : accélérer la croissance des segments Corporate & Investment Banking, Wealth et Retail, mobiliser des capitaux et développer des solutions financières sur les marchés africains.

Le style Ajene : investissement d’abord, “coverage” toujours

Dans l’écosystème financier africain, Dalu Ajene n’est pas un inconnu. Avant Standard Chartered, il a dirigé Rand Merchant Bank Nigeria, un environnement où la performance se mesure à la qualité de structuration, à l’accès au capital et à la capacité à conclure des transactions.

Son profil est celui d’un banquier transactionnel, formé à la logique des grandes contreparties, des financements complexes, des arbitrages de bilan et des montages où la crédibilité d’un leader se lit dans sa capacité à obtenir des signatures, sécuriser une exécution et construire des relations longues. L’organisation même de son nouveau rôle, CEO Afrique et Head of Coverage, confirme cette lecture : Standard Chartered veut un patron qui ne pilote pas l’Afrique uniquement par reporting, mais par la relation client et le business, au plus près des décisions de capital et des enjeux de risque.

Dartmouth, Harvard : une grammaire globale pour un théâtre africain

Le récit biographique d’Ajene s’inscrit aussi dans une grammaire que les banques globales affectionnent lorsqu’elles nomment un leader régional. Il est diplômé en économie de Dartmouth College et titulaire d’un MBA de Harvard Business School.

Ces références académiques ne font pas la stratégie, mais elles envoient un signal : celui d’un décideur familier des standards internationaux, à l’aise dans les conversations avec investisseurs, comités de crédit et régulateurs, tout en étant supposé capable de “traduire” ces standards dans des réalités africaines parfois plus rugueuses, où la donnée est imparfaite, la liquidité cyclique et les risques parfois plus politiques qu’économiques.

Une succession après Kariuki Ngari, et une continuité verrouillée

La nomination de Dalu Ajene s’inscrit dans une transition de leadership après Kariuki Ngari, qui pilotait jusque-là les opérations africaines.
Pour éviter toute zone de turbulence au Nigeria, Standard Chartered a parallèlement nommé Ayodeji Adelagun directeur général par intérim de Standard Chartered Nigeria, une décision effective à la mi-janvier 2026 selon la presse nigériane, et cohérente avec les informations affichées sur les pages institutionnelles de la banque au Nigeria.

Cette double manœuvre dit une chose simple : Standard Chartered voulait changer d’échelle en Afrique sans ouvrir de vide opérationnel sur l’un de ses marchés les plus sensibles.

Le vrai mandat : mobiliser du capital dans un cycle plus exigeant

Derrière les formules, la feuille de route est claire. Standard Chartered attend de son nouveau patron Afrique qu’il accélère la mobilisation de capitaux et la distribution de solutions financières sur le continent.
C’est un enjeu lourd, parce que le cycle a changé.

Les États africains ont connu des accès aux marchés plus difficiles. Les entreprises font face à un coût du financement plus élevé, à des besoins de couverture de change plus importants et à des exigences accrues de transparence. Les investisseurs, eux, demandent davantage de lisibilité sur le risque. Dans ce paysage, la valeur ajoutée d’une banque internationale se joue sur sa capacité à connecter des contreparties africaines à des pools de liquidité plus profonds, à structurer des opérations bancables, et à sécuriser le risque par de meilleures architectures contractuelles.

C’est exactement le type de mandat qui favorise un profil comme Ajene : un patron censé être capable d’aligner la relation client, la structuration et l’exécution, tout en gardant une discipline stricte de risque.

Un leadership africain qui doit arbitrer entre trois Africas

Le titre “Afrique” est trompeur : il recouvre des réalités très différentes. Un CEO Afrique doit arbitrer entre des marchés matures et bancarisés et des marchés plus volatils, entre des économies exportatrices de matières premières et des pays plus diversifiés, entre des régimes de change et de liquidité hétérogènes, et entre des régulateurs aux doctrines parfois divergentes.

Le défi n’est donc pas uniquement de croître. Il est de croître avec cohérence, en choisissant les batailles rentables, en protégeant le bilan, en gardant une haute qualité d’actifs, et en évitant de confondre expansion commerciale et prise de risque mal rémunérée.

Le signal envoyé au marché

Un portrait sérieux se lit aussi dans ce que la nomination implique pour les clients, les investisseurs et les équipes. En choisissant Dalu Ajene, Standard Chartered donne l’image d’une banque qui veut renforcer son prisme “coverage” sur l’Afrique, et qui veut que sa croissance passe par la banque d’investissement, la gestion de patrimoine et les segments retail ciblés, plutôt que par un modèle uniformisé.

Pour l’Afrique francophone, l’intérêt est stratégique : ce type de nomination pèse sur la manière dont une banque internationale arbitre ses priorités sectorielles, ses appétits de risque, ses capacités de structuration et son engagement dans la mobilisation de capitaux pour les grandes entreprises, les champions régionaux et certains projets souverains.

Dalu Ajene arrive à ce poste au moment où la banque africaine a besoin de plus que des promesses : elle a besoin d’exécution, de liquidité, de solutions et de confiance. Son test sera simple, et brutalement financier : transformer une ambition continentale en transactions concrètes, sans fragiliser le bilan. C’est là que se reconnaissent les patrons Afrique qui comptent.

Patrick Tchounjo

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