Marchés & Financements

Start-up : la BAD injecte 6,5 M€ dans Saviu II pour booster l’amorçage en Afrique francophone

Il y a des annonces qui ressemblent à une ligne de plus dans les communiqués… et d’autres qui touchent un nerf stratégique : le financement de l’amorçage en Afrique francophone. La Banque africaine de développement (BAD) vient de prendre une participation de 6,5 millions d’euros au capital du fonds de capital-risque Saviu II, afin de soutenir des start-up technologiques en phase d’amorçage et de première levée institutionnelle, majoritairement en Afrique de l’Ouest et du Centre francophone.

L’enjeu est simple : au tout début de leur vie, les start-up manquent moins d’idées que de “carburant” patient, structuré, et capable d’absorber l’incertitude. C’est précisément sur ce segment le plus risqué, mais aussi le plus décisif que Saviu II est positionné, avec des tickets allant du seed à la pré-Série A, et une préférence assumée pour des entreprises à forte composante technologique.

4,5 millions en capital, 2 millions en “première perte” : la mécanique qui rassure les investisseurs

Dans le détail, la BAD investira 4,5 millions d’euros en capitaux propres et 2 millions d’euros sous la forme d’une tranche de couverture de première perte, pour le compte de la Commission européenne, dans le cadre du programme Boost Africa.

Le principe de la “première perte” est redoutablement efficace : c’est une couche de protection qui absorbe une partie des pertes potentielles en premier, ce qui réduit le risque pour les autres investisseurs du fonds. Autrement dit : on ne supprime pas l’incertitude de l’amorçage, mais on la rend finançable pour des institutions qui, sans ce mécanisme, resteraient souvent à distance.

Boost Africa, justement, est une initiative conjointe de la BAD et de la Banque européenne d’investissement, soutenue par la Commission européenne, conçue pour augmenter l’accès au capital pour les entrepreneurs africains.

Pourquoi l’Afrique francophone est directement concernée

Le signal est important parce qu’il vise une zone où le financement early-stage reste souvent plus difficile à structurer : moins de fonds, moins d’investisseurs institutionnels, des sorties plus rares, et un coût du risque qui freine la taille des tickets. En injectant des ressources et en ajoutant une couche de protection, la BAD donne au fonds Saviu II la capacité d’accorder la priorité à des entreprises tech ou numériques, et donc d’accélérer la transformation de secteurs clés paiements, éducation, santé, commerce, services, là où la digitalisation est devenue un levier de productivité.

Et le message est clair : la tech n’est plus un “bonus” narratif. Elle devient un outil d’emploi, de formalisation, et de compétitivité.

Une tournée de présentation sur 10 mois : le “deal” ne s’arrête pas à la signature

Pour faire progresser l’initiative, les équipes de la BAD effectueront une tournée de présentation au cours des dix prochains mois, afin de mobiliser gouvernements, secteur privé et partenaires au développement, et de forger de nouveaux partenariats.

C’est un point-clé : le capital-risque ne se résume pas à un chèque. Il dépend d’un écosystème complet régulation, marchés publics, fiscalité, infrastructures numériques, profondeur bancaire et d’une capacité à connecter les start-up à des clients, des contrats et des marchés.

Ce que le marché doit retenir

Derrière le montant, la BAD envoie un signal de structure : l’amorçage en Afrique francophone mérite des mécanismes sophistiqués, capables de partager le risque et d’attirer des investisseurs plus longs. Si cette logique prend, elle peut élargir l’offre de financement au moment le plus critique : quand une start-up doit passer du prototype au marché, du produit à la traction, de l’intuition à la preuve.

Patrick Tchounjo

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