Supervision bancaire en Afrique de l’Ouest : une réforme structurelle amorcée en 2018 mais encore inachevée

Depuis 2018, la zone UEMOA a engagé un virage stratégique dans la supervision de son système bancaire, à travers une réforme ambitieuse pilotée par la Commission bancaire de l’Union. Celle-ci s’est inscrite dans une logique d’alignement progressif avec les standards internationaux, notamment les accords de Bâle II et Bâle III, tout en tenant compte des spécificités économiques, institutionnelles et technologiques propres à l’Afrique de l’Ouest.
Cette réforme marque une rupture claire avec les approches antérieures, plus souples et moins intrusives. Elle vise à rendre les dispositifs de contrôle plus robustes, plus prédictifs et plus transparents, en insistant notamment sur la qualité des fonds propres, le renforcement de la gouvernance interne, et la sophistication des dispositifs de gestion des risques. L’objectif est double : garantir la stabilité du système bancaire face aux chocs macroéconomiques et renforcer la confiance des acteurs, tant domestiques qu’internationaux, dans les établissements financiers de la région.
L’un des apports majeurs de cette réforme réside dans la systématisation des inspections sur site. Celles-ci permettent de compléter les déclarations périodiques transmises par les banques avec une évaluation concrète et approfondie de leur réalité opérationnelle. Ces missions sont appuyées par des stress tests qui visent à mesurer la résilience des bilans face à divers scénarios économiques défavorables, notamment en période de tension sur les taux, de dépréciation monétaire ou de ralentissement de la croissance.
Par ailleurs, la capacité dissuasive de la Commission bancaire a été renforcée par un dispositif de sanctions élargi. Bien que peu médiatisées, ces mesures peuvent aller de simples injonctions à des suspensions temporaires d’activité, en passant par des restrictions ciblées sur certaines opérations. Cette nouvelle posture du régulateur reflète une volonté claire d’affirmer son autorité dans un paysage financier en mutation.
Toutefois, malgré les avancées notables, des défis structurels persistent. En premier lieu, la question des ressources humaines et techniques de la Commission bancaire demeure préoccupante. Le volume croissant des entités à surveiller, combiné à l’émergence de nouveaux acteurs comme les fintechs et les néobanques, impose une montée en compétences rapide et continue. Le superviseur doit désormais être capable de comprendre et d’analyser des innovations complexes, telles que les plateformes API, les technologies de blockchain ou encore les algorithmes de scoring crédit.
À cela s’ajoutent des enjeux émergents liés à la cybersécurité, aux risques climatiques et à l’inclusion financière. Ces thématiques ne figuraient pas au cœur des approches prudentielles classiques, mais deviennent de plus en plus stratégiques dans l’évaluation de la soutenabilité des modèles bancaires. Leur intégration au corpus réglementaire exige une adaptation conceptuelle et technique du superviseur, ainsi qu’une collaboration étroite avec les autres autorités de régulation sectorielles.
En définitive, la réforme de 2018 a posé les fondations d’un contrôle prudentiel plus rigoureux, mais elle ne saurait être considérée comme une fin en soi. Elle constitue plutôt le socle d’une transformation à poursuivre, à travers une modernisation continue des outils de supervision, un renforcement des capacités internes, et une gouvernance plus agile et proactive. Si l’Afrique de l’Ouest veut bâtir un système bancaire résilient, inclusif et compétitif à l’échelle continentale, elle devra hisser sa régulation au niveau des défis d’un XXIe siècle profondément marqué par le numérique, le climat et la volatilité géopolitique.
Patrick Tchounjo



