Tchad : 100 millions USD du Fonds vert pour le climat, quand la résilience devient une question de finance nationale

Le Tchad ne demande plus seulement de l’aide. Il cherche des capitaux capables de transformer une urgence climatique en trajectoire économique. Face aux chocs environnementaux et à la pression sociale liée à l’afflux massif de réfugiés, le Fonds vert pour le climat (FVC) annonce un engagement de 100 millions de dollars en faveur des priorités climatiques du pays. L’annonce s’inscrit dans le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui fait de la résilience climatique un pilier de l’investissement à long terme.
Et si l’information fait du bruit, c’est parce qu’elle dit quelque chose de nouveau : au Sahel, le climat n’est plus un sujet de conférence. C’est un sujet de budgets, de sécurité alimentaire, de revenus ruraux, de cohésion sociale… et donc de stabilité économique.
Un financement “terrain” : agriculture adaptative, sécurité alimentaire, territoires ruraux
Le financement du Fonds vert pour le climat vise des actions concrètes. Il sera principalement destiné à renforcer l’agriculture adaptative et améliorer la sécurité alimentaire, tout en consolidant la résilience des territoires ruraux. L’objectif est clair : stabiliser l’activité agricole malgré la sécheresse, les inondations et la désertification, et éviter que le choc climatique ne se transforme en choc économique permanent.
Dans les pays où l’économie rurale porte une grande part des revenus des ménages, sécuriser l’agriculture, c’est sécuriser l’emploi informel, le pouvoir d’achat, les circuits de marché, et la paix sociale. Dit autrement : ce type de financement climatique agit comme une assurance macroéconomique.
L’autre bataille : mieux planifier, mieux coordonner, mieux intégrer
Le programme ne se limite pas aux champs. Il doit aussi permettre d’optimiser la planification et la coordination des politiques climatiques nationales, et d’intégrer les populations déplacées dans les stratégies de développement local. C’est un point clé, parce que le Tchad ne subit pas seulement des chocs climatiques ; il subit aussi un choc démographique et humanitaire qui reconfigure les besoins : eau, infrastructures, services, sécurité alimentaire.
L’initiative vise à transformer ces investissements en impacts économiques tangibles, en stabilisant les activités rurales et en sécurisant les revenus des communautés les plus exposées aux chocs climatiques.
Une condition silencieuse, mais décisive : l’accréditation et la vitesse d’exécution
Dans la finance du climat, il y a une vérité souvent invisible : les ressources annoncées ne créent de l’impact que si l’État sait les absorber vite et bien. C’est pourquoi le programme comprend un accompagnement institutionnel. Le Fonds vert pour le climat soutiendra le ministère des Finances dans son processus d’accréditation afin de garantir un déploiement rapide et efficace des ressources.
Ce renforcement des capacités administratives est loin d’être secondaire. Il détermine la qualité du suivi, la capacité de reporting, la gouvernance des projets, et donc la crédibilité du pays auprès des financeurs climatiques. En clair : l’argent climatique n’aime pas l’improvisation. Il exige des standards.
Addis-Abeba en ligne de mire : l’eau comme thème central, le Tchad comme cas concret
Cette mobilisation intervient en amont du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, où le Fonds vert pour le climat présentera son appui au continent, notamment sur la gestion durable de l’eau, thème central de cette édition. Dans cette séquence, le Tchad apparaît comme un cas emblématique : un pays où la question de l’eau, de l’agriculture et des déplacements de population se superposent, créant une pression maximale sur les ressources et les infrastructures.
Pour le Tchad, ces ressources constituent une opportunité de structurer ses politiques climatiques, de sécuriser les infrastructures rurales et agricoles, et de soutenir la résilience économique dans un contexte régional fragile.
Le contexte : climat + réfugiés, la double pression qui change tout
Il faut lire les 100 millions USD à l’aune d’un contexte très particulier. Le pays fait face à une combinaison de contraintes environnementales, sociales et économiques. Sécheresse, inondations, désertification : ces épisodes fragilisent la sécurité alimentaire et accentuent les vulnérabilités des communautés rurales.
Et la situation est exacerbée par l’arrivée de plus d’un million de réfugiés en provenance du Soudan depuis 2023, ce qui complique la gestion des ressources et la planification des infrastructures essentielles. Autrement dit : le Tchad doit construire de la résilience pour ses communautés, tout en absorbant une pression humaine massive. C’est un défi de stabilité, mais aussi un défi de financement.
Pourquoi cette annonce est stratégique pour la finance africaine
Au-delà du Tchad, cette annonce rappelle une bascule majeure : la résilience climatique est en train de devenir l’un des nouveaux piliers de la finance de développement en Afrique. Les États qui sauront structurer leurs projets, renforcer leurs capacités d’exécution, et intégrer les enjeux sociaux (déplacements, sécurité alimentaire, eau) dans des programmes cohérents capteront plus de ressources… et renforceront leur stabilité économique.
Patrick Tchounjo



