UBA passe à la vitesse “diaspora” : une plateforme pour transformer 100 milliards USD de transferts en investissements

Le 15 février 2026, United Bank for Africa Plc (UBA) a dégainé une idée simple, mais explosive : arrêter de considérer la diaspora comme un guichet de transferts et la traiter comme une force d’investissement structurée. La banque a lancé une plateforme numérique d’investissement dédiée à la diaspora africaine, avec une ambition affichée : canaliser jusqu’à 100 milliards de dollars de flux annuels vers des investissements sur le continent. Le pari est à la hauteur des chiffres, et le timing n’a rien d’innocent : dans un contexte où les envois de fonds pèsent déjà lourd dans les économies africaines, UBA veut capter le “moment” où la diaspora ne veut plus seulement aider la famille, mais aussi bâtir du patrimoine.
La promesse tient en une phrase : tout centraliser dans un même portail. Banque, paiements, épargne, investissement, mais aussi produits d’assurance et outils de planification long terme. Selon Anant Rao, responsable de la division diaspora d’UBA, l’utilisateur peut gérer ses comptes, effectuer des paiements, investir dans des actifs financiers et immobiliers, et souscrire à des produits d’assurance et de retraite “à partir d’un même portail”. Ce qui change, ce n’est pas seulement l’interface : c’est la philosophie. « Pendant des décennies, l’engagement de l’Afrique avec sa diaspora s’est principalement concentré sur les envois de fonds… Aujourd’hui, nous allons au-delà de cela », explique-t-il, en parlant d’un basculement vers un écosystème où l’on peut “banquer, payer, investir, protéger sa famille et construire une richesse à long terme”.
Le projet n’a pas été bricolé en solitaire. UBA s’est entourée d’un attelage de métiers pour donner de l’épaisseur à l’offre : United Capital, Africa Prudential, UBA Pensions, Afriland Properties, Heirs Insurance Group et Avon Healthcare. Le message est clair : si la diaspora doit investir davantage, il faut lui offrir plus qu’un bouton “Send money”. Il faut des rails, des produits, des partenaires, et une expérience fluide qui ressemble à ce que les diasporas utilisent déjà ailleurs.
Derrière l’annonce, il y a une réalité que tout le monde connaît, mais que peu de banques osent attaquer frontalement. UBA affirme que les Africains vivant à l’étranger transfèrent chaque année plus de 100 milliards de dollars vers le continent, et que ces montants sont majoritairement orientés vers la consommation et les besoins familiaux. Or, la banque estime qu’une partie de ces flux pourrait être redirigée vers des investissements structurés, notamment dans les actifs financiers, l’immobilier, l’assurance et les projets d’infrastructure, afin de soutenir la croissance économique et le développement à long terme. Autrement dit : la diaspora n’est pas “seulement” une source de cash-flow social, elle peut devenir une source de capital patient, si on lui simplifie la vie et si on sécurise le parcours.
C’est là que l’initiative devient potentiellement virale. Parce qu’elle touche à une frustration universelle : investir en Afrique depuis l’étranger reste souvent compliqué, fragmenté, parfois opaque, et surtout dispersé entre plusieurs canaux. UBA veut répondre à ce problème par l’intégration : un espace unique pour piloter sa relation à l’Afrique en mode “patrimoine”, et pas seulement en mode “urgence familiale”. Cette stratégie s’inscrit d’ailleurs dans une tendance plus large de montée en puissance des offres dédiées à la diaspora chez les banques africaines, dopée par le digital et la recherche de nouveaux relais de croissance.
Reste une question, et elle est décisive : l’écosystème tiendra-t-il la promesse de confiance ? Car si l’idée est puissante, son adoption dépendra de trois ressorts très concrets : la simplicité d’onboarding à distance, la robustesse des paiements et de l’expérience utilisateur, et la crédibilité des produits d’investissement et d’assurance proposés. Sur ce terrain, UBA avance avec un avantage : elle construit depuis plusieurs années une narration “au-delà de la banque”, avec une obsession croissante pour les parcours numériques, y compris pour les clients de la diaspora.
En lançant cette plateforme, UBA ne vend pas seulement un service. Elle vend une idée : le passage de l’argent émotionnel à l’argent stratégique. La diaspora continuera d’envoyer pour soutenir, mais elle peut aussi apprendre à envoyer pour construire. Et si l’outil tient ses promesses, ce “plus de 100 milliards USD” pourrait cesser d’être un chiffre de transferts… pour devenir un levier d’investissement au cœur du récit de développement africain.
Patrick Tchounjo



