Inclusion Financière

UMOA-Titres : le Burkina Faso lève 66 milliards… et impose son prix

Cette semaine, le marché régional UMOA-Titres n’a connu qu’un seul rendez-vous. Mais il a suffi à raconter l’état réel du jeu : un marché très liquide, mais devenu plus exigeant. Le 11 février 2026, le Burkina Faso est revenu à l’adjudication avec une opération mixte de Bons et Obligations Assimilables du Trésor, pour un montant initial de 60 milliards FCFA. Résultat : une demande massive, presque spectaculaire, et une sélection au scalpel.

Les investisseurs ont déposé 148,10 milliards FCFA de soumissions, soit un taux de couverture de 246,83%. Pourtant, le Trésor n’a finalement retenu que 65,99 milliards FCFA, portant le taux d’absorption à 44,56%. Ce décalage est tout sauf un accident : il signe une stratégie assumée. Profiter de la profondeur de la liquidité régionale, oui. Mais refuser d’acheter trop cher son propre financement.

Dans l’UMOA, c’est un changement de ton. Pendant longtemps, la liquidité abondante du marché monétaire donnait aux États une sensation de confort. Désormais, l’argent est là, mais il vient avec ses conditions. Et les Trésors qui veulent conserver la main n’ont qu’une option : trier, arbitrer, et imposer une discipline de prix.

Le court terme très demandé… mais durement filtré

C’est sur le court terme que le contraste est le plus net. Le segment des BAT à 364 jours a concentré l’essentiel de l’appétit avec 102,38 milliards FCFA proposés. Mais le Burkina Faso n’en a retenu que 20,79 milliards, soit un taux d’absorption de 20,31%. Le message est limpide : la liquidité de court terme est abondante, mais les offres ne passent plus automatiquement.

Le rendement moyen pondéré ressort à 7,18%, avec un taux marginal à 6,70%. Autrement dit, la demande existe, mais l’émetteur garde une ligne rouge : ne pas valider des coûts jugés excessifs, même quand la file d’attente des acheteurs déborde. Le court terme reste liquide, mais il devient un terrain de compétition plus rude, où le prix se négocie au millimètre.

Les maturités intermédiaires s’imposent comme zone d’équilibre

C’est sur les maturités intermédiaires que l’opération prend une autre dimension : celle d’un Trésor qui sécurise son financement, tout en cherchant le meilleur compromis entre coût, durée et acceptabilité du marché.

Sur les OAT à 3 ans, les 21,80 milliards FCFA proposés ont été intégralement retenus, avec un rendement moyen pondéré de 7,85%. Ce niveau se situe légèrement au-dessus du taux lissé de la courbe burkinabè à 3 ans (7,50%) : une prime de risque assumée pour garantir l’allocation et verrouiller la ressource.

Sur le 5 ans, les soumissions ont atteint 6,28 milliards FCFA, pour 5,76 milliards retenus, soit un taux d’absorption de 91,85%. Le rendement moyen ressort à 6,81%, inférieur au taux lissé de 7,59% : signal d’un tri favorable et d’une sélection d’offres qualitatives, traduisant une capacité à maîtriser le coût quand le marché propose de bonnes conditions.

Enfin, sur le 7 ans, les 17,65 milliards FCFA de soumissions ont été intégralement absorbés, avec un rendement moyen de 7,28%, proche du taux lissé de 7,15%. L’alignement avec la courbe donne une indication précieuse : malgré les tensions globales, les anticipations long terme restent relativement stables.

Une courbe stable, mais un marché qui devient sélectif

Après lissage, la courbe des taux du Burkina Faso ressort à 7,4995% à 1 an, 7,5018% à 3 ans, 7,5934% à 5 ans et 7,1477% à 7 ans. La structure demeure globalement stable, avec une légère inflexion baissière au-delà de cinq ans. Les rendements de l’adjudication s’inscrivent dans cette architecture : prime plus visible sur le 3 ans, maîtrise plus nette sur le 5 ans, stabilité confirmée sur le 7 ans.

Ce que l’on observe ici n’est pas seulement un “bon résultat” de levée. C’est une photographie de la nouvelle norme sur UMOA-Titres : l’abondance de liquidité ne supprime plus l’exigence de prix. Les États n’absorbent plus mécaniquement. Ils arbitrent, filtrent et mettent en concurrence.

Ce que révèle l’opération du 11 février 2026

Trois signaux ressortent avec force. D’abord, la liquidité régionale reste abondante : le niveau de couverture en est la preuve brute. Ensuite, les Trésors renforcent leur discipline d’absorption : la sélection à 44,56% montre qu’ils préfèrent lever moins que prévu plutôt que d’accepter des conditions trop coûteuses. Enfin, les rendements autour de 7% à 8% sur les maturités intermédiaires restent suffisamment attractifs pour drainer la demande, dans un marché désormais calibré par la rigueur.

Dans un environnement où les marchés actions peuvent osciller violemment, le compartiment obligataire continue de jouer son rôle : offrir un rendement lisible, stable et prévisible. Le 3 ans reste une zone de rendement recherchée. Le 5 ans dessine un compromis solide entre rendement et risque de duration. Et le 7 ans, absorbé en totalité, confirme que la demande sait aussi se positionner sur le long terme quand la courbe est cohérente.

Au fond, cette adjudication dit une chose : sur UMOA-Titres, le Burkina Faso ne cherche pas seulement à lever. Il cherche à lever au bon prix. Et dans un marché très liquide, c’est souvent là que se joue la vraie performance.

Patrick Tchounjo

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