Marchés & Financements

Yaoundé : 172 millions d’euros signés avec ING, Belfius et Deutsche Bank pour “réparer” le vrai problème de l’eau

À Yaoundé, l’eau n’est pas seulement une question de tuyaux. C’est une question de flux, de pression, de pertes… et de financement. Le Cameroun vient justement de verrouiller un montage international de 171,65 millions d’euros (environ 111,6 milliards FCFA) pour reconfigurer le réseau d’alimentation en eau potable de la capitale, avec un casting bancaire qui en dit long sur la nature du projet : ING Bank Belgique, Belfius Bank Belgique et Deutsche Bank (Italie). À l’échelle d’une ville où la “soif” n’est pas un slogan mais une réalité quotidienne, l’enjeu est clair : produire plus, oui, mais surtout distribuer mieux.

Le montage repose sur trois guichets. ING Bank Belgique apporte 73,12 millions d’euros (près de 47,97 milliards FCFA), Belfius mobilise 60 millions d’euros (environ 39,36 milliards FCFA) et Deutsche Bank Italie est annoncée pour 38,53 millions d’euros (près de 25,28 milliards FCFA), avec une convention attendue “dans les prochains jours”, selon la documentation présentée lors de la séquence de formalisation. Les mêmes montants et la logique “trois lots / trois financements” sont également rapportés dans la presse, en les rattachant explicitement au projet de reconfiguration du système d’alimentation de Yaoundé.

Derrière les chiffres, c’est une mécanique de financement d’infrastructure qui se met en place : des banques européennes, des entreprises d’exécution, un opérateur public local, et un objectif politique très lisible. La cérémonie a aussi donné lieu à la signature des contrats entre la Camwater, société à capitaux publics et concessionnaire unique sur la chaîne production–transport–stockage–distribution, et des entreprises belges, dont ASPAC ainsi que le groupement Putman / Phoenix Environment, chargés d’exécuter plusieurs composantes techniques.

Pourquoi ce projet est-il stratégique ? Parce qu’à Yaoundé, l’équation ne se résume pas à “ajouter de l’eau”. Elle consiste à faire circuler l’eau, la pousser aux bons endroits, au bon moment, avec une pression stable, tout en réduisant ce qui se perd en chemin. Le projet annonce justement une densification du réseau de distribution, la modernisation des installations existantes et l’extension du service vers des quartiers insuffisamment desservis. L’ambition affichée est d’améliorer la pression, la continuité d’approvisionnement et de réduire les pertes techniques et commerciales, afin de renforcer la fiabilité de l’accès à l’eau potable pour les habitants.

Et c’est là que l’histoire devient intéressante : cette reconfiguration se présente comme une “deuxième jambe” d’un investissement déjà colossal, le PAEPYS, le programme d’alimentation en eau potable de Yaoundé et ses environs depuis le fleuve Sanaga. Le MINEE décrit ce projet comme une réponse structurante au déficit de production, avec une logique de renforcement durable de l’offre en eau. En d’autres termes, même si la production augmente, l’impact sur la vie des ménages dépend fortement de la capacité du réseau à absorber, transporter et distribuer cette eau. Plusieurs analyses locales ont d’ailleurs souligné que la mise en service du PAEPYS intervient dans un contexte où la demande reste très élevée face à une offre historiquement insuffisante, ce qui explique pourquoi la bataille de l’eau se joue aussi dans le réseau de distribution.

Dans ce décor, l’entrée d’ING, de Belfius et de Deutsche Bank ne relève pas d’un simple “coup de pouce”. Elle illustre une réalité souvent sous-estimée : les infrastructures urbaines, surtout celles qui touchent au service public, se financent de plus en plus via des montages structurés, lots par lots, avec une logique de sécurisation des flux et d’exécution. Le message est double. Pour les autorités, il s’agit d’asseoir une trajectoire : transformer un investissement de production en bénéfice tangible dans les quartiers. Pour le secteur bancaire, c’est l’expression d’un marché : l’eau devient un actif public à fort enjeu, qui exige des financements longs, bien cadrés, avec des partenaires techniques identifiés et une gouvernance d’exécution clairement établie.

La maîtrise d’ouvrage est portée par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, pendant que la Camwater agit comme maître d’ouvrage délégué. C’est un détail qui compte, parce que la réussite ne se mesurera pas à la beauté des conventions signées, mais à trois indicateurs implacables : la pression au robinet, la continuité du service, et la baisse des pertes. Si la reconfiguration tient ses promesses, Yaoundé ne gagnera pas seulement des kilomètres de tuyaux. La capitale gagnera ce qui manque le plus dans les services essentiels : de la prévisibilité.

Patrick Tchounjo

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