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Hicham Ibni Oumar, l’architecte silencieux de la finance du logement au Tchad

À N’Djamena, le logement est moins un marché qu’un défi structurel. Il concentre toutes les tensions d’une économie en transition : urbanisation rapide, informalité foncière, faiblesse des revenus longs, rareté du crédit. C’est précisément dans cet espace complexe que Hicham Ibni Oumar a choisi d’exercer son influence, loin des postures spectaculaires, mais au cœur des mécanismes qui font ou défont la solidité d’un système bancaire.

Depuis 2017, il dirige la Banque de l’Habitat du Tchad (BHT), une institution dont le nom porte une promesse lourde : transformer un besoin social massif en un actif financier viable. Un pari que peu de banquiers acceptent de relever, tant le crédit immobilier est, en Afrique centrale, l’un des plus exposés aux risques longs, juridiques et macroéconomiques.

Droit, fiscalité, rigueur : une trajectoire forgée hors des sentiers classiques

Avant de prendre les commandes d’une banque, Hicham Ibni Oumar a longtemps évolué dans un univers où la précision n’est pas une option : la fiscalité internationale. Formé en droit des affaires et fiscalité à l’Université d’Orléans, il construit sa carrière au sein de PwC, entre Paris et Luxembourg, au contact de multinationales, de montages transfrontaliers complexes et de réglementations à haute intensité normative.

Ces années dans le conseil forgent un profil rare sur les places financières africaines : celui d’un dirigeant qui lit un bilan comme un juriste lit un contrat, et qui aborde le risque non comme une abstraction, mais comme une construction méthodique. Quand il revient en Afrique centrale, ce bagage devient un avantage stratégique : comprendre la banque comme une mécanique de conformité, de discipline et d’anticipation.

La Banque de l’Habitat : une institution à double exigence

Diriger une banque dédiée à l’habitat ne consiste pas à distribuer des crédits sous la pression sociale. C’est, au contraire, l’exercice d’un équilibre délicat : financer sans fragiliser, accompagner sans compromettre la solvabilité, répondre à l’urgence sans renoncer à la prudence.

Sous l’impulsion de Hicham Ibni Oumar, la BHT s’inscrit dans une logique de structuration. Le logement n’est plus envisagé comme une simple réponse sociale, mais comme une chaîne de valeur financière : qualité juridique des projets, traçabilité des revenus, solidité des garanties, gouvernance interne du crédit. Dans un environnement où l’informel domine encore largement, cette approche tranche.

La banque développe ainsi une culture de gestion rigoureuse : pilotage budgétaire, reporting financier exigeant, maîtrise des risques et conformité réglementaire. Plus qu’un établissement de crédit, la BHT se positionne comme un acteur de stabilisation, convaincu que l’habitat ne peut devenir un moteur économique que s’il repose sur des bases financières saines.

Le management comme levier de crédibilité

Dans un secteur où la confiance est un actif rare, Hicham Ibni Oumar fait du capital humain un pilier stratégique. Construire une banque durable, selon lui, passe par la constitution d’équipes solides, formées, responsabilisées, capables de résister aux pressions et aux cycles.

Cette culture interne, héritée des standards internationaux du conseil et de la finance structurée, irrigue progressivement l’institution. Elle permet à la BHT de se positionner non comme une banque de niche fragile, mais comme un acteur crédible du paysage bancaire tchadien.

De la banque à la place financière : une influence élargie

Fin 2024, une nouvelle étape est franchie avec la prise de fonction de président de l’APEC Tchad, l’Association professionnelle des établissements de crédit. Cette responsabilité dépasse largement le cadre d’une institution : elle place Hicham Ibni Oumar au centre de la réflexion collective sur la discipline de marché, la relation avec le régulateur et les conditions de financement de l’économie tchadienne.

À ce niveau, l’enjeu n’est plus seulement la performance d’une banque, mais la crédibilité du système. Harmonisation des pratiques, dialogue sectoriel, renforcement de la gouvernance : l’APEC devient un levier d’influence pour structurer un secteur encore en maturation.

Une vision : rendre le logement finançable, donc durable

Dans l’économie tchadienne, le logement est à la fois un marqueur social et un révélateur des faiblesses structurelles du financement long. Le pari porté par Hicham Ibni Oumar est clair : sans rigueur bancaire, le logement devient un risque systémique ; avec une ingénierie financière adaptée, il peut devenir un vecteur de patrimoine, de stabilité et de croissance.

Son parcours incarne une nouvelle génération de dirigeants bancaires en Afrique francophone : techniciens du droit et de la finance, managers de terrain, bâtisseurs d’institutions plus que communicants. Une génération pour laquelle la banque n’est pas un guichet, mais une architecture de confiance.

En filigrane, un leadership discret mais structurant

Dans un pays où les trajectoires personnelles croisent souvent l’histoire nationale, Hicham Ibni Oumar avance sans mise en scène. Sa posture est celle d’un dirigeant qui privilégie la solidité à la visibilité, les processus aux slogans, la durée à l’effet immédiat.

À la tête de la Banque de l’Habitat du Tchad et à la présidence de l’APEC, il occupe désormais une position stratégique : celle d’un architecte silencieux de la finance tchadienne, convaincu que le développement ne se proclame pas, mais se structure.

Mérimé Wilson

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