Marchés & Financements

Accord ITFC–Sénégal : le Sénégal verrouille ses flux avec 630 M€ de financement de l’ITFC

Ce n’est pas une intention, c’est un acte déjà posé. Depuis le 11 février 2026, à Dakar, la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), a signé avec la République du Sénégal son Plan de financement annuel 2026. Un accord qui vient ancrer noir sur blanc une priorité devenue vitale pour toute économie exposée aux chocs externes : assurer la disponibilité des produits stratégiques, fluidifier les circuits d’import-export, et renforcer la sécurité énergétique et alimentaire. La signature a été paraphée par M. Adeeb Yousuf Al-Aama, directeur général de l’ITFC, et M. Abdourahmane Sarr, ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération.

Un plan annuel… adossé à un “socle” de 2 milliards d’euros

Le Plan 2026 ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans le cadre d’un accord-cadre quinquennal de 2 milliards d’euros, signé en mai 2025, qui sert de matrice aux interventions de l’ITFC. Concrètement, le Plan annuel 2026 prévoit la mobilisation de 630 millions d’euros pour financer l’importation et l’exportation de produits de base essentiels, dont les produits pétroliers et les arachides.

Derrière ces deux exemples, il y a une logique très simple : sécuriser ce qui alimente l’économie au quotidien. L’énergie, parce qu’elle conditionne la production, le transport, les coûts et la compétitivité. Les produits agricoles d’exportation, parce qu’ils structurent des revenus, des chaînes de valeur et des équilibres commerciaux. Ce plan veut donc soutenir des secteurs clés, renforcer les chaînes d’approvisionnement, et contribuer à la stabilité qui tient l’activité debout.

L’objectif : de la disponibilité “à temps” au choc évité

Le mot important, dans cette opération, n’est pas seulement “financement”. C’est timing. L’ITFC le formule sans détour : le partenariat vise à garantir la disponibilité en temps voulu des produits stratégiques. Autrement dit, éviter le scénario qui coûte le plus cher : la rupture. Une rupture d’approvisionnement énergétique se paie en ralentissement économique. Une tension sur des produits essentiels se paie en inflation, en pression sociale, en perte de marges pour les entreprises.

En ce sens, ce Plan annuel agit comme une assurance logistique et commerciale : il cherche à maintenir le flux, à éviter le goulot d’étranglement, à préserver la continuité.

Ce que disent les deux signataires : croissance durable, stabilité de long terme

En commentant la signature, Adeeb Yousuf Al-Aama a insisté sur la portée du geste : « La signature du plan de financement annuel 2026 souligne l’engagement de l’ITFC à continuer à soutenir les priorités du Sénégal en matière de commerce et de développement. » Et surtout, l’objectif opérationnel : « garantir la disponibilité en temps voulu des produits stratégiques » et contribuer à une croissance « durable et inclusive ».

De son côté, Abdourahmane Sarr a mis l’accent sur la continuité et l’impact : ce plan « reflète la solidité de notre partenariat », et le financement doit jouer un rôle « essentiel » dans le soutien des secteurs clés, l’amélioration des flux commerciaux et le renforcement des efforts de stabilité économique « à long terme ». Traduction : ce financement n’est pas seulement un chiffre, c’est un levier de résilience.

Un partenariat ancien, une capacité d’intervention déjà éprouvée

La signature du 11 février 2026 s’inscrit dans une relation de long terme : depuis 2008, l’ITFC et le Sénégal bâtissent un partenariat présenté comme “solide”, avec 2,8 milliards de dollars US approuvés pour soutenir les priorités nationales via des solutions de financement du commerce sur mesure et conformes à la charia. L’accord de 2026 vient donc renforcer le rôle de l’ITFC comme partenaire de confiance du Sénégal sur un sujet hautement stratégique : le commerce des biens essentiels.

Parce qu’il met l’accent sur ce qui fait la différence entre une économie qui subit et une économie qui anticipe : la sécurisation des flux. À 630 millions d’euros, le Plan annuel 2026 ne vise pas l’effet d’annonce, mais l’effet concret : financer des produits stratégiques, soutenir des secteurs structurants, et réduire la vulnérabilité aux chocs externes.

Patrick Tchounjo

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