African Guarantee Fund : Constant N’Zi prend les commandes pour accélérer le financement des PME africaines

La nomination de Constant N’Zi à la tête de l’African Guarantee Fund intervient à un moment décisif pour la finance du développement en Afrique. Derrière ce mouvement de gouvernance se joue un enjeu plus large : comment transformer la garantie financière en véritable levier de crédit pour les petites et moyennes entreprises africaines, encore trop souvent freinées par le manque de garanties, la perception du risque et l’accès limité aux financements bancaires.
Annoncée à l’issue de la 15e Assemblée générale annuelle et de la réunion du conseil d’administration de l’AGF, sa nomination comme Directeur général du groupe, avec effet au 23 juin 2026, ne relève pas d’un simple changement de dirigeant. Elle consacre un profil déjà au cœur de la mécanique interne de l’institution. Avant cette promotion, Constant N’Zi occupait les fonctions de Directeur général adjoint et de Directeur des risques du groupe. Il assurait également l’intérim depuis février 2026.
Ce parcours interne donne à sa nomination une signification stratégique : l’AGF choisit la continuité, mais une continuité technique, structurée, portée par un dirigeant qui connaît les risques, les exigences des bailleurs, les contraintes des banques partenaires et les attentes des PME.
Un profil forgé dans le risque et la finance du développement
Constant N’Zi arrive à la direction générale avec une expérience construite au croisement des services financiers, de la banque, de la gestion des risques et de la finance du développement. Son profil s’appuie sur une expertise acquise en Afrique et en Europe, notamment dans des environnements exigeants liés à la banque d’investissement, à la gestion d’actifs et au pilotage des risques.
Son passage par Natixis à Paris, ainsi que par des fonctions liées aux risques au sein du groupe BPCE, de Lyxor Asset Management et de Société Générale, lui donne une lecture technique des marchés financiers, de la prudence bancaire et des modèles de maîtrise du risque. À cela s’ajoute une formation académique solide, avec un MBA en finance de l’ESSEC Business School et une maîtrise en statistique et économie obtenue à l’ENSEA d’Abidjan.
Cette double culture, financière et quantitative, est particulièrement pertinente pour une institution comme l’AGF. Le métier de la garantie repose précisément sur la capacité à évaluer le risque, le partager, le structurer et le rendre acceptable pour les banques.
Le vrai enjeu : libérer le crédit bancaire aux PME
Créé pour faciliter l’accès au crédit des PME africaines, l’African Guarantee Fund intervient principalement à travers des mécanismes de garantie accordés aux institutions financières. Son rôle est de réduire une partie du risque supporté par les banques lorsqu’elles financent des entreprises souvent jugées insuffisamment sécurisées.
C’est là que le mandat de Constant N’Zi prend tout son sens. À la tête du groupe, il devra renforcer la capacité de garantie de l’AGF, mobiliser de nouveaux capitaux et approfondir les partenariats avec les banques africaines. L’objectif est clair : inciter davantage d’établissements financiers à prêter aux PME, sans affaiblir leur discipline prudentielle.
Cette équation est centrale pour l’Afrique. Les PME sont régulièrement présentées comme le moteur de l’emploi, de l’innovation, de la transformation locale et de la croissance inclusive. Pourtant, elles demeurent confrontées à un déficit structurel de financement. En nommant un spécialiste du risque à sa tête, l’AGF envoie donc un message fort : pour financer plus de PME, il faut mieux comprendre, mesurer et partager le risque.
Une gouvernance de continuité dans une phase d’expansion
Le conseil d’administration, présidé par Felix Bikpo, a présenté cette nomination comme un choix de consolidation. Constant N’Zi connaît l’organisation, son mandat, ses actionnaires et ses priorités stratégiques. Cette connaissance interne peut devenir un atout dans une phase où l’AGF poursuit un programme ambitieux de mobilisation de capitaux.
Son mandat devra aussi s’inscrire dans une logique de performance mesurable. L’enjeu ne sera pas seulement d’augmenter les volumes de garanties, mais de démontrer leur impact réel : nombre de PME financées, emplois soutenus, banques partenaires renforcées, secteurs productifs accompagnés, inclusion des femmes et des jeunes entrepreneurs, contribution à la croissance durable.
Un leadership attendu sur l’impact
Dans sa première réaction, Constant N’Zi a indiqué vouloir s’appuyer sur les acquis de l’institution pour renforcer sa performance financière, mobiliser de nouveaux capitaux et approfondir les partenariats avec les institutions financières africaines. Ce triptyque résume les défis de son mandat : solidité financière, capacité de levée de ressources et déploiement opérationnel.
Son expérience entrepreneuriale, notamment à travers Sunze Technologie dans l’énergie solaire et l’efficacité énergétique, ajoute une dimension intéressante à son profil. Elle peut nourrir une compréhension plus concrète des besoins des entreprises, au-delà des modèles financiers et des comités de risque.
Patrick Tchounjo
