Banque d’Algérie : Mohamed Lamine Lebbou nommé gouverneur, le marché bancaire retient son souffle

Une nomination au sommet, après un intérim express
Mohamed Lamine Lebbou a été nommé gouverneur de la Banque d’Algérie à l’issue du Conseil des ministres tenu lundi 23 février. Il succède à Salah Eddine Taleb, dont les fonctions avaient été arrêtées le 4 janvier par le président Abdelmadjid Tebboune. Il succède à M. Mouatassem Boudiaf, qui assurait l’intérim après le limogeage de M. Salah Eddine Taleb, nommé en 2022 à la place de M. Rostom Fadli.
Dans l’intervalle, l’intérim avait été assuré par le vice-gouverneur Mouatassim Boudiaf, garantissant la continuité à la tête de l’institution monétaire, comme l’a acté la Banque d’Algérie dans un communiqué relatif à sa prise de fonction en tant que gouverneur par intérim.
Un profil , forgé entre industrie et banque publique
Économiste de formation, Mohamed Lamine Lebbou arrive avec un parcours qui parle à la fois aux banquiers et aux décideurs publics. En septembre 2020, il est désigné président du Conseil d’administration de Algerian Qatar Steel, un acteur majeur de la sidérurgie nationale à capitaux mixtes algéro-qataris, au cœur d’un secteur où la gouvernance, le financement et les partenariats internationaux se croisent au quotidien.
Son itinéraire l’a aussi conduit au sein du secteur bancaire public, notamment à la Banque nationale d’Algérie (BNA), où il a exercé des responsabilités dirigeantes. C’est dans ce cadre qu’il a accompagné la réforme institutionnelle instaurant une séparation entre les fonctions de président du Conseil d’administration et de directeur général, dans l’esprit d’une modernisation de la gouvernance des banques publiques.
Une banque centrale au cœur des arbitrages : dinar, inflation, diversification
Cette arrivée intervient dans un moment où la politique monétaire pèse lourd dans l’agenda économique. La Banque d’Algérie est appelée à consolider la stabilité du dinar, à maîtriser les tensions inflationnistes et à accompagner les ambitions de diversification économique, dans un environnement international volatil.
Ces dernières années, la direction de la banque centrale a connu plusieurs ajustements. Salah Eddine Taleb avait été porté à la tête de l’institution en mai 2022, succédant à Rostom Fadli, après avoir présidé le Conseil de la monnaie et du crédit.
La gouvernance de la Banque d’Algérie s’appuie également sur une équipe de vice-gouverneurs. Aux côtés de Mouatassim Boudiaf, figurent Mohamed Benbahane et Mustapha Abderrahim, installés dans leurs fonctions après leur nomination par décret présidentiel daté du 31 décembre 2023 (selon la Banque d’Algérie).
Ce que le marché attend : cap, cohérence et continuité
Institution clé du dispositif économique national, la Banque d’Algérie assure l’émission de la monnaie, la régulation du crédit, la gestion des réserves de change et la préservation de la stabilité financière. Dans ce contexte, le changement de gouverneur sera observé de près par les milieux économiques, qui attendent des orientations capables de soutenir la croissance tout en renforçant la maîtrise de l’inflation et des équilibres macroéconomiques.
Les perspectives économiques affichent un certain optimisme, avec des projections évoquant une croissance soutenue du PIB entre 2026 et 2028, portée par les réformes structurelles et les efforts de diversification. Raison de plus pour les banques, les entreprises et les investisseurs de guetter la “signature” Lebbou : la trajectoire monétaire et le cadre de stabilité restent, en pratique, l’oxygène silencieux de l’économie.
Patrick Tchounjo



