CEMAC : la COBAC relève le capital social minimum des banques à 25 milliards FCFA à partir de 2026

Une décision actée à Libreville et une entrée en vigueur au 1er janvier 2026
La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a entériné un relèvement majeur des exigences de capitalisation dans la zone CEMAC. Selon la décision adoptée lors d’une session extraordinaire tenue le 10 décembre 2025 à Libreville, le nouveau règlement COBAC R-2025/02 porte le capital social minimum des banques à 25 milliards FCFA, contre 10 milliards FCFA jusqu’ici. Le texte doit entrer en vigueur le 1er janvier 2026 et s’accompagne d’une période transitoire jusqu’en 2029 afin de permettre aux établissements existants d’aligner progressivement leurs fonds propres sur le nouveau standard.
Banques et établissements financiers : un relèvement généralisé des planchers de capital
À partir du 1er janvier 2026, toute nouvelle banque sollicitant un agrément dans la CEMAC devra justifier d’un capital libéré égal ou supérieur à 25 milliards FCFA. Le relèvement ne concerne pas uniquement les banques : les établissements financiers devront également s’ajuster, avec un minimum de 4 milliards FCFA, contre 1 milliard FCFA prévu par le dispositif de 2009. Cette hausse vise à renforcer l’assise financière des opérateurs et à limiter l’entrée d’acteurs insuffisamment capitalisés dans un environnement bancaire devenu plus exigeant en matière de gestion des risques.
OWALI 2025-2029 : la doctrine de la COBAC pour renforcer la stabilité bancaire
La réforme s’inscrit dans la logique du plan stratégique OWALI 2025-2029, qui vise à consolider la stabilité et la résilience du système bancaire régional. En rehaussant la barre du capital minimum, le superviseur cherche à accroître la capacité d’absorption des pertes et à réduire les vulnérabilités structurelles qui fragilisent encore une partie du secteur. L’enjeu est autant prudentiel que systémique : un niveau de capital plus élevé permet, en théorie, de mieux amortir les chocs, de soutenir la confiance des déposants et de renforcer la crédibilité des banques auprès des contreparties, y compris sur les marchés.
Les fragilités du secteur en toile de fond : ratios sous pression et déficits de fonds propres
Le contexte explique la fermeté du signal. Au 31 décembre 2024, dix des 56 banques agréées dans la CEMAC présentaient un ratio de couverture des risques inférieur au minimum réglementaire de 10,5%, ce qui a généré un déficit global en fonds propres estimé à 247,3 milliards FCFA. Par ailleurs, quatorze établissements étaient en infraction vis-à-vis des règles de représentation du capital minimum, illustrant des écarts de conformité jugés préoccupants pour un superviseur dont la priorité est de contenir les risques systémiques.
2026-2029 : recapitalisations, arbitrages d’actionnaires et accélération possible de la consolidation
La période transitoire annoncée jusqu’en 2029 apparaît comme un compromis : elle donne du temps aux banques pour mobiliser des ressources, mais elle enclenche aussi un compte à rebours qui va peser sur les stratégies d’actionnaires dès 2026. Pour les établissements concernés, plusieurs trajectoires se dessinent : augmenter le capital par apports des actionnaires, réduire la distribution de dividendes pour renforcer les réserves, ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs, ou envisager des rapprochements. En pratique, ce type de réforme accélère souvent la consolidation du secteur, car toutes les banques ne disposent pas de la même capacité à lever des fonds en interne ou auprès du marché.
Impacts attendus sur le crédit et la concurrence : le test de l’exécution
Au-delà des bilans, l’impact pourrait se faire sentir sur la structure de concurrence et sur le financement de l’économie. Un relèvement trop rapide peut inciter certaines banques à ralentir temporairement la croissance du crédit afin de préserver leurs ratios prudentiels. À l’inverse, une recapitalisation réussie peut redonner des marges de manœuvre pour financer davantage, notamment si l’amélioration des fonds propres s’accompagne d’une meilleure qualité d’actifs et d’une gestion du risque plus stricte. La variable clé sera donc moins le seuil annoncé que la manière dont les banques parviendront à l’atteindre sans fragiliser leur rentabilité ni comprimer excessivement l’offre de financement.
Une réforme alignée sur une tendance africaine de durcissement des exigences prudentielles
La CEMAC rejoint, avec cette décision, une tendance continentale où plusieurs régulateurs ont relevé les exigences de capitalisation pour renforcer la solidité du système financier. Dans l’UEMOA, le capital minimum des banques a été porté à 20 milliards FCFA, tandis qu’au Nigeria et au Kenya les réformes ont visé des relèvements d’ampleur, avec l’objectif de pousser les établissements vers une taille critique et des capacités renforcées de gestion des risques. Pour la CEMAC, l’ambition est claire : réduire les fragilités, favoriser des banques mieux capitalisées et imposer, sur la durée, un standard plus élevé de robustesse prudentielle.
Patrick Tchounjo



