Charles Kié : le banquier stratège qui fait circuler le capital ouest-africain

Dans la finance africaine, il existe deux catégories de dirigeants. Ceux qui gèrent des bilans. Et ceux qui dessinent des architectures : plateformes, alliances, capitaux, gouvernance, et opérations régionales. Charles Kié appartient clairement à la seconde. Président de Genesis Holding Company, basé à Abidjan, il est l’un de ces profils qui ont traversé les grandes maisons bancaires, piloté des transformations complexes, puis choisi de passer de la banque “institution” à la banque “stratégie”, celle qui investit, structure et repositionne le capital africain au cœur des économies africaines.
Son nom réapparaît aujourd’hui au centre d’un mouvement révélateur : l’entrée de Genesis Holding au capital de FBNBank Sénégal à hauteur de 10%, une opération symbolique qui envoie un message simple au marché : l’Afrique de l’Ouest commence à faire circuler plus visiblement son capital à l’intérieur de son propre espace financier.
Genesis Holding : une ambition panafricaine et un positionnement multi-secteurs
Genesis Holding Company se présente comme une société d’investissement axée notamment sur les services financiers et l’immobilier. Charles Kié en est Président et CEO depuis 2022, dans une logique de plateforme capable d’identifier des actifs, de structurer des positions, et d’accompagner des trajectoires de croissance sur la durée. Ce positionnement dit beaucoup de son style : la finance comme socle, mais la transformation économique comme terrain de jeu.
Un parcours recentré sur l’investissement, la fintech et la gouvernance
La séquence récente confirme une montée en puissance de son empreinte dans l’investissement et l’économie numérique. Depuis novembre 2025, Charles Kié occupe la fonction de Group Chairman chez PayDunya, une fintech majeure en Afrique de l’Ouest. Cette nomination renforce son ancrage dans un secteur où la bataille ne se joue plus uniquement sur les guichets bancaires, mais sur les rails de paiement, la liquidité digitale et l’expérience client.
Parallèlement, il continue de diriger plusieurs entités qu’il a cofondées ou qu’il préside. Il est CEO de SBNA & SBNA Holding depuis 2021, une plateforme d’investissement basée à Maurice, et cofondateur et CEO de New African Capital Partners (NACP) depuis 2018, une structure qui porte précisément cette logique de capital patient et structurant dans les services financiers africains. L’ensemble compose une cartographie de pouvoir cohérente : banque, capital-investissement, fintech, gouvernance.
L’école des marchés exigeants et des décisions lourdes
Avant de se lancer pleinement dans l’entrepreneuriat et l’investissement, Charles Kié a dirigé des filiales stratégiques sur des périodes clés, dans des maisons où la performance se construit au millimètre.
Il a été CEO de Citigroup pour l’Afrique de l’Ouest de 2004 à 2008, une séquence qui installe une culture des standards internationaux, du risk management et des exigences de conformité. Il a ensuite été CEO du Groupe Banque Atlantique de 2008 à 2011, dans une phase de montée en puissance de la banque régionale. Plus récemment, il a été Directeur Général d’Ecobank Nigeria de 2016 à 2018, l’un des marchés les plus compétitifs et les plus intenses du continent, là où la banque se gagne sur la vitesse d’exécution, la profondeur du bilan et la sophistication de l’offre corporate.
Ce fil conducteur est clair : corporate banking, banque d’affaires, pilotage multi-pays et discipline de gouvernance. Autrement dit, une trajectoire qui fabrique des décideurs capables de structurer, d’arbitrer et de tenir la pression.
Le deal FBNBank Sénégal : une prise de position qui ressemble à un message
Lorsque Genesis Holding prend 10% de FBNBank Sénégal, les termes financiers ne sont pas divulgués. Mais l’intention stratégique est assumée : confiance dans l’économie sénégalaise et conviction que soutenir le secteur financier est une condition directe de croissance. Dans une UEMOA où les opérations capitalistiques transfrontalières restent encore moins fréquentes que les expansions par filiales, cette logique “capital” attire l’attention : entrer, s’installer dans la gouvernance, accompagner une trajectoire, sans nécessairement chercher le contrôle.
Engagements, influence et “soft power” financier
Charles Kié est également très impliqué dans le développement du continent au-delà du secteur bancaire. Il est présenté comme président de la Fondation Future Africa, engagée sur des enjeux d’éducation, de santé et de climat, ce qui prolonge son influence au-delà des bilans et des deals.
Son empreinte se lit aussi dans la gouvernance : il siège au conseil d’administration de plusieurs institutions, notamment Mansa Bank et Leadway Vie, ce qui renforce son rôle de “connecteur” entre capital, institutions et décisions stratégiques. Enfin, il est régulièrement sollicité dans les espaces d’analyse macro-financière : en avril 2025, il était l’intervenant principal de la Conférence Risque Pays Côte d’Ivoire organisée par Bloomfield Investment, signe de sa légitimité dans les débats sur la perception du risque, la crédibilité financière et l’attractivité du capital.
Ce que ce profil raconte de la nouvelle finance ouest-africaine
Le portrait de Charles Kié se lit comme un basculement. Il représente une finance africaine qui veut réduire sa dépendance aux capitaux extérieurs en renforçant l’investissement intra-africain. Une finance qui valorise la gouvernance et la sophistication des outils. Et une finance qui cherche à bâtir des champions capables de parler d’égal à égal avec les investisseurs globaux, sans perdre l’ancrage régional.
Dans un contexte de tensions sur le coût de l’argent, de prime de risque et de besoins massifs en infrastructures, ce type de profil n’est pas seulement prestigieux. Il est utile : il fait circuler du capital, améliore la lisibilité des opérations et rapproche l’Afrique de ses propres solutions de financement.
Un banquier stratège qui transforme l’intégration en acte
Charles Kié n’est pas seulement le Président de Genesis Holding. Il incarne une idée : l’intégration financière n’avance pas uniquement par les traités et les discours, mais par des prises de position concrètes, des tickets, des plateformes, et des gouvernances solides.
De Citigroup à Ecobank, de la banque régionale à l’investissement, puis à la fintech, son parcours raconte une trajectoire de haut niveau et une conviction simple : une Afrique forte se finance mieux quand ses institutions sont fortes… et quand son capital sait circuler à l’intérieur du continent.
Patrick Tchounjo



