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Diaspora : Sénégal en tête, voici les pays de l’UEMOA qui reçoivent le plus d’argent

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Diaspora : Sénégal en tête, voici les pays de l’UEMOA qui reçoivent le plus d’argent

Près de 7,9 milliards de dollars, soit environ 4 600 milliards FCFA : derrière ce montant se trouvent des millions de transferts individuels devenus une composante majeure du financement des ménages ouest-africains. Selon le rapport Sending Money Home 2026 du FIDA, le Sénégal domine largement les flux documentés dans l’UEMOA en 2025, devant la Côte d’Ivoire et le Mali. Mais au-delà du classement, une question économique s’impose : comment transformer davantage cette manne familiale en épargne, investissement et capital productif ?

Les transferts des diasporas ne peuvent plus être considérés comme une variable marginale du financement africain. À l’échelle mondiale, les pays à revenu faible ou intermédiaire ont reçu 728,6 milliards de dollars en 2025, soit davantage que les investissements directs étrangers et plus de quatre fois l’aide publique au développement mondiale, selon le Fonds international de développement agricole.

L’Afrique en a capté 124,2 milliards de dollars, en hausse de 86 % sur dix ans. Le phénomène atteint désormais une dimension systémique : les transferts de migrants participent à la vie économique d’environ une personne sur six dans le monde et près de 233 milliards de dollars parviennent aux zones rurales.

Dans l’UEMOA, les données disponibles pour sept États font apparaître près de 7,94 milliards de dollars en 2025, soit environ 4 600 milliards FCFA. Le Togo n’étant pas renseigné dans les données considérées, ce total ne doit donc pas être présenté comme une mesure exhaustive des huit États membres.

Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali : un trio concentre l’essentiel des flux

La hiérarchie régionale est particulièrement concentrée. Avec 3,3 milliards de dollars, le Sénégal reçoit à lui seul environ 42 % du total documenté. Les transferts représentent par ailleurs autour de 11 % du PIB sénégalais, donnant à la diaspora une place qui dépasse largement le soutien familial pour devenir une véritable variable macroéconomique.

La Côte d’Ivoire, avec 1,77 milliard de dollars, occupe la deuxième place, devant le Mali, à 1,07 milliard. Viennent ensuite le Niger avec 650 millions, le Burkina Faso avec 595 millions, le Bénin avec 339 millions et la Guinée-Bissau avec 217 millions de dollars.

À eux seuls, Sénégal, Côte d’Ivoire et Mali concentrent environ 77 % des flux recensés dans ces sept pays.

Cette concentration révèle surtout des économies très différentes. Au Sénégal, les transferts constituent depuis longtemps un pilier du revenu des ménages. En Côte d’Ivoire, c’est la dynamique qui retient l’attention : les données présentées par le FIDA font apparaître une accélération spectaculaire sur la décennie, tandis que des données gouvernementales évaluent les transferts reçus en 2025 à 938,8 milliards FCFA.

4 600 milliards FCFA : une puissance financière encore largement familiale

La force des remittances réside dans leur destination immédiate. Contrairement à un Eurobond, à un prêt multilatéral ou à un investissement direct étranger, l’argent arrive directement dans les ménages.

Il finance alimentation, logement, santé, scolarité, petits commerces ou investissements immobiliers. C’est précisément cette capillarité qui lui donne une puissance sociale considérable.

Mais elle constitue également la limite du modèle.

L’enjeu pour les économies de l’UEMOA n’est pas de détourner ces ressources de leur fonction familiale. Il consiste à construire des produits permettant aux bénéficiaires et aux diasporas de transformer volontairement une fraction de ces flux en épargne longue, assurance, investissement entrepreneurial ou financement productif.

Le FIDA insiste précisément sur cette évolution : la digitalisation peut réduire les coûts et faciliter l’accès des familles à l’épargne, au crédit, à l’assurance et à l’investissement.

La bataille des frais devient stratégique

Chaque point de pourcentage économisé sur les commissions représente potentiellement des dizaines de milliards FCFA supplémentaires conservés par les familles à l’échelle régionale.

La progression du mobile money, des fintechs et des plateformes numériques modifie déjà l’économie du transfert. Le FIDA observe globalement un basculement progressif des réseaux traditionnels en espèces vers des canaux numériques susceptibles d’être plus rapides et moins coûteux.

La prochaine frontière sera cependant plus ambitieuse : passer du transfert à l’intermédiation financière.

Pour les banques, fintechs, assureurs et gestionnaires d’actifs de l’UEMOA, les 4 600 milliards FCFA ne constituent donc pas uniquement un marché de commissions. Ils représentent potentiellement une gigantesque porte d’entrée vers la bancarisation, l’épargne et l’investissement.

L’Afrique n’a pas seulement une diaspora qui envoie de l’argent. Elle dispose d’une source récurrente de capital privé transfrontalier. Dans l’UEMOA, le véritable enjeu des prochaines années sera de savoir quelle part de cette puissance financière pourra, après avoir soutenu les familles, contribuer également à financer les entreprises et l’investissement de long terme.

Patrick Tchounjo

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