Emprunt obligataire de 20 milliards FCFA : Ruben Dieudonné fait franchir un nouveau cap à Baobab Côte d’Ivoire
Il y a, dans certaines opérations financières, un chiffre qui attire l’attention et une stratégie qui mérite davantage d’être regardée. Chez Baobab Côte d’Ivoire, les 20 milliards de FCFA recherchés à travers une nouvelle émission obligataire durable constituent le chiffre. Mais derrière cette levée se joue surtout la trajectoire d’une institution de microfinance qui cherche désormais à financer sa croissance autrement, sous la conduite de Ruben Dieudonné.
Directeur général de Baobab Côte d’Ivoire depuis la fin de 2017 et aujourd’hui également Directeur régional UEMOA du Groupe Baobab, le dirigeant haïtien supervise l’un des marchés les plus importants du groupe en Afrique de l’Ouest. Le groupe le présente toujours comme responsable de la Côte d’Ivoire et de la zone UEMOA.
Baobab Côte d’Ivoire : 20 milliards FCFA pour changer d’échelle
L’opération annoncée début septembre porte sur des Sustainability-Linked Bonds de 20 milliards FCFA, d’une maturité de cinq ans et assortis d’un taux brut annuel de 6,80 %. La période de souscription court jusqu’au 15 septembre 2026. Les ressources doivent être utilisées dans le cadre d’objectifs de performance durable mesurés par des indicateurs définis par Baobab Côte d’Ivoire.
La répartition annoncée donne tout son sens économique au dispositif : 80 % des fonds doivent financer des MPME dirigées par des femmes, notamment en zones rurales et dans l’agriculture ou le commerce. Dix pour cent sont destinés à l’éducation et les 10 % restants au financement vert en faveur des femmes.
Ce choix place Ruben Dieudonné sur un terrain stratégique : celui du passage d’une microfinance essentiellement fondée sur l’intermédiation classique à une microfinance capable d’aller chercher directement des ressources longues sur le marché des capitaux.
Ruben Dieudonné pilote une institution déjà arrivée à une taille critique
À fin 2025, Baobab Côte d’Ivoire comptait 76 953 clients emprunteurs, pour un encours de crédit de 209,3 milliards FCFA, tandis que l’épargne atteignait 102,8 milliards FCFA. Son réseau comprenait 38 agences et points de service ainsi que 337 correspondants.
À cette échelle, une levée de 20 milliards FCFA n’est plus une opération périphérique. Elle représente environ 9,6 % de l’encours de crédit déclaré à fin 2025. Autrement dit, si elle est entièrement mobilisée et effectivement déployée, l’émission pourrait constituer un levier significatif de financement supplémentaire.
C’est aussi ce qui distingue la séquence actuelle des annonces classiques de finance durable : Baobab dispose déjà d’une base opérationnelle suffisante pour convertir les ressources levées en milliers de financements concrets.
Du discours ESG à l’épreuve de l’exécution
Le recul disponible reste cependant limité. L’opération est encore dans sa phase de souscription et aucun résultat final public de collecte n’est encore disponible. Il serait donc prématuré de parler de succès financier acquis.
Le véritable test viendra ensuite.
Baobab devra démontrer sa capacité à placer l’intégralité des 20 milliards FCFA, à absorber un coût de financement de 6,80 %, puis à transformer ces ressources en crédits performants sans détériorer la qualité de son portefeuille.
Le second enjeu sera celui de la crédibilité ESG. Une Sustainability-Linked Bond ne vaut pas seulement par son habillage durable. Elle sera jugée sur la qualité des indicateurs retenus, leur suivi et les résultats réellement obtenus auprès des femmes entrepreneures, des territoires ruraux, de l’éducation et du financement vert.
Le pari régional de Ruben Dieudonné
Pour Ruben Dieudonné, l’opération possède enfin une portée plus large. En tant que Directeur régional UEMOA, il pilote un ensemble où la capacité à diversifier les sources de financement peut devenir un avantage concurrentiel majeur. Baobab a déjà une expérience du marché obligataire régional, notamment avec une émission sénégalaise de 20 milliards FCFA admise à la BRVM.
Si l’opération ivoirienne tient ses promesses, Baobab Côte d’Ivoire ne se contentera pas d’avoir levé 20 milliards FCFA. Sous Ruben Dieudonné, elle aura surtout démontré qu’une institution de microfinance peut utiliser le marché des capitaux comme outil industriel de financement de l’inclusion.
Patrick Tchounjo
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