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Idrissa Nassa propulse Coris Bank au premier rang bancaire de l’UEMOA, à égalité avec Ecobank

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Idrissa Nassa propulse Coris Bank au premier rang bancaire de l’UEMOA, à égalité avec Ecobank

En moins de deux décennies, Coris Bank International est passée du statut de banque née au Burkina Faso à celui de premier groupe bancaire de l’UEMOA en termes d’actifs, ex æquo avec Ecobank. Derrière cette ascension se trouve Idrissa Nassa, entrepreneur burkinabè devenu l’un des visages les plus influents de la finance ouest-africaine. À fin 2025, son groupe affiche 7 099 milliards de FCFA de bilan consolidé et concentre 8,6 % des actifs bancaires de l’Union. Plus qu’un classement, ce basculement consacre la montée en puissance d’un capital bancaire africain construit depuis Ouagadougou.

L’image est forte. En 2024, Coris occupait encore la troisième place du marché régional, derrière Ecobank et Société Générale. Douze mois plus tard, la banque d’Idrissa Nassa rejoint Ecobank au sommet. Son bilan progresse de 14,3 %, passant de 6 213 à 7 099 milliards FCFA, pratiquement au même rythme que l’ensemble du secteur bancaire de l’UEMOA, en hausse de 14,1 %.

Idrissa Nassa, du commerce à la construction d’un groupe bancaire régional

Issu d’un environnement familial marqué par le commerce, Idrissa Nassa a bâti une trajectoire qui l’a conduit des marchés de Ouagadougou aux circuits de financement internationaux. Coris constitue aujourd’hui l’expression la plus visible de cette ambition : construire depuis l’Afrique de l’Ouest un groupe capable de rivaliser avec les grandes franchises panafricaines et internationales.

La performance de 2025 est d’autant plus significative que Coris ne progresse pas seulement par la taille du bilan.

Sa contribution aux bénéfices du secteur bancaire de l’UEMOA passe de 8,1 % à 9,2 % en un an. Son réseau représente désormais 5,6 % des guichets de l’Union, contre 5,1 % en 2024, tandis que sa part des distributeurs automatiques progresse de 5,3 % à 5,9 %.

Cette montée en puissance traduit une stratégie où croissance organique et acquisitions se complètent.

Côte d’Ivoire, Sénégal, Niger : la croissance devient régionale

La Côte d’Ivoire constitue l’un des principaux moteurs de cette accélération. Après la reprise en 2024 du portefeuille de banque de détail de Standard Chartered, le bilan de Coris Bank International Côte d’Ivoire a progressé de 23,7 % en 2025 pour atteindre 1 324 milliards FCFA.

La dynamique est également forte au Sénégal, où les actifs augmentent de 20 %, et au Niger, avec une progression de 22,3 %. Au Burkina Faso, berceau du groupe et premier marché d’Idrissa Nassa, Coris atteint 2 808 milliards FCFA d’actifs, ce qui en fait la quatrième banque de l’Union considérée individuellement.

L’ascension de Coris intervient parallèlement au recul relatif de plusieurs groupes historiquement dominants. Ecobank conserve 8,6 % du marché, mais sa croissance d’actifs n’a été que de 5,6 % en 2025. Société Générale recule à 7 % des actifs, contre 8,6 % un an auparavant, sur fond de désengagement progressif en Afrique. Les trois grands réseaux marocains perdent également du terrain : Bank of Africa tombe à 6,3 %, Atlantic Business International à 5,8 % et Attijariwafa bank à 5,8 %.

Après l’UEMOA, Idrissa Nassa regarde vers l’Afrique centrale

Le sommet régional ne semble pas constituer un point d’arrivée.

En octobre 2025, Coris a obtenu 100 millions d’euros de fonds propres auprès d’un consortium d’investisseurs internationaux afin de soutenir sa croissance et de financer de nouvelles acquisitions. Le groupe a déjà repris l’ancienne Société Générale Tchad et Banco Comercial do Atlântico au Cap-Vert. Il cherche désormais à approfondir sa présence en Afrique centrale, avec notamment le Cameroun, le Gabon et la Centrafrique dans son radar stratégique.

C’est probablement ici que se situe le prochain test pour Idrissa Nassa.

Atteindre la première place dans l’UEMOA constitue une réussite historique. La conserver tout en élargissant le périmètre géographique de Coris exigera davantage de capital, une gouvernance plus complexe et une capacité à intégrer des marchés aux réglementations, aux comportements bancaires et aux structures économiques différents.

Mais le signal envoyé par les chiffres de 2025 est déjà puissant.

Un groupe bancaire né au Burkina Faso peut désormais regarder Ecobank dans les yeux au sommet de l’UEMOA. Cette ascension raconte autant la réussite d’Idrissa Nassa que la transformation du paysage financier régional : les nouveaux centres de pouvoir bancaire ouest-africains ne se construisent plus nécessairement à Paris, Casablanca ou Lagos. Ils peuvent aussi émerger de Ouagadougou.

Et avec 7 099 milliards FCFA d’actifs, Coris vient précisément de le démontrer.

Patrick Tchounjo

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