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IFC : 6 milliards $ d’assurance-crédit pour débloquer jusqu’à 10 milliards $ de financements aux PME

Dans les marchés émergents, l’argent existe, mais le crédit se heurte souvent à la même barrière : le risque. Trop élevé, trop coûteux, trop “mal compris” par des acteurs qui ne veulent pas immobiliser davantage de capital pour prêter aux petites entreprises. C’est précisément ce verrou que l’International Finance Corporation (IFC), bras armé du secteur privé du Groupe de la Banque mondiale, veut faire sauter avec un nouveau mécanisme de 6 milliards de dollars, adossé à une couverture d’assurance-crédit conclue avec un consortium de 19 assureurs internationaux. Objectif annoncé : renforcer l’accès au financement des PME et soutenir la création d’emplois.

Une assurance-crédit pour partager le risque… et prêter plus

Le principe est simple, mais puissant : le programme permet aux assureurs partenaires de prendre en charge une partie du risque de crédit associé aux prêts. Concrètement, la police d’assurance-crédit de 6 milliards de dollars signée entre l’IFC et ce pool d’assureurs doit permettre de soutenir jusqu’à 10 milliards de dollars de nouveaux financements.

Dans la pratique, cette protection ouvre à l’IFC une marge de manœuvre supplémentaire pour augmenter ses prêts aux banques commerciales et autres institutions financières, afin qu’elles puissent, à leur tour, irriguer davantage l’économie réelle. C’est une mécanique de levier : réduire le risque perçu en amont pour faire circuler plus de crédit en aval.

Pourquoi ce mécanisme cible les MPME : le nerf de la croissance et de l’emploi

L’IFC met en avant une réalité structurelle : les micro, petites et moyennes entreprises représentent plus de 90 % du tissu entrepreneurial mondial et près de 70 % des emplois dans de nombreux marchés émergents. Or, l’accès au financement reste l’un de leurs principaux goulots d’étranglement.

Makhtar Diop, directeur général de l’IFC, résume l’enjeu en une phrase : « Les petites et moyennes entreprises constituent un moteur essentiel de création d’emplois, mais elles rencontrent encore des difficultés d’accès au financement dans plusieurs marchés émergents. » Il souligne que ce partenariat élargit le financement des entreprises tout en offrant aux assureurs l’opportunité de diversifier leurs portefeuilles et de soutenir la croissance économique.

Les assureurs internationaux entrent dans le jeu… aux côtés de l’IFC

Le mécanisme embarque une liste d’acteurs qui pèsent lourd dans l’assurance mondiale : AIG, Allianz Trade, Arch Insurance International, AXA XL, Chubb, Munich Re, SCOR SE, Swiss Re, Tokio Marine, entre autres.

Et c’est là que la logique devient particulièrement intéressante : en participant au programme, ces assureurs bénéficient des analyses de risque et de l’expertise de structuration de l’IFC, ce qui réduit les coûts opérationnels et accélère les évaluations dans des marchés où certains partenaires sont moins familiers. Résultat : davantage de capacité privée peut être mobilisée au service du financement du secteur privé.

Ce que l’Afrique (et l’Afrique francophone) doit lire entre les lignes

Ce mécanisme ne se contente pas d’ajouter une “nouvelle ligne” dans l’ingénierie financière de l’IFC : il traduit un mouvement plus profond. Les banques de développement cherchent de plus en plus à faire travailler le capital privé pour amplifier leurs volumes, notamment quand les besoins d’investissement explosent et que les ressources concessionnelles restent insuffisantes.

Pour l’Afrique francophone, où le financement des PME reste souvent contraint par la perception du risque, la faiblesse des garanties et le coût du crédit, l’intérêt est clair : si l’IFC augmente ses prêts aux institutions financières, celles-ci peuvent potentiellement disposer de ressources plus robustes pour financer le tissu productif à condition que les banques locales traduisent cette capacité en crédits réels, bien ciblés et bien suivis.

Le message final : l’assurance-crédit devient un accélérateur de crédit

Au fond, l’IFC mise sur une idée pragmatique : si l’on veut que les PME créent plus d’emplois, il faut que le crédit circule plus vite, plus loin, et à un coût supportable. En adossant 6 milliards de dollars de protection assurantielle à son activité, l’institution cherche à transformer la gestion du risque en accélérateur de financement, avec une promesse de levier jusqu’à 10 milliards de dollars

Patrick Tchounjo

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