La Régionale Bank multiplie son bénéfice par cinq, mais garde ses dividendes

La Régionale Bank signe un net rebond en 2025. L’établissement bancaire camerounais a porté son bénéfice net à 821 millions de FCFA, contre 163 millions de FCFA en 2024, soit une progression de 403 %. Mais malgré cette performance, la banque ne distribuera pas de dividende, privilégiant le renforcement de ses fonds propres dans une phase de montée en puissance depuis sa transformation en banque commerciale.
La Régionale Bank revient dans le vert avec force. Après une année 2024 marquée par un net recul de ses profits, la banque camerounaise affiche en 2025 un bénéfice net de 821 millions de FCFA, contre 163 millions de FCFA un an plus tôt. La progression est spectaculaire : 403 % en douze mois.
Ce rebond traduit une évolution profonde du modèle économique de l’établissement. Depuis son passage du statut de microfinance à celui de banque commerciale en 2022, La Régionale Bank accélère son repositionnement. L’établissement ne se limite plus à la banque de détail. Il renforce désormais son exposition aux entreprises, notamment à travers les garanties et le financement du crédit.
Une croissance portée par le crédit et les dépôts
La dynamique de 2025 repose d’abord sur l’expansion du portefeuille de crédits. Les encours sont passés d’environ 26,8 milliards de FCFA en 2024 à plus de 40 milliards de FCFA en 2025, soit une hausse de plus de 50 %. Ce franchissement du seuil des 40 milliards marque une offensive plus affirmée sur le financement de l’économie.
Dans le même temps, la banque a renforcé sa base de ressources. Les dépôts ont atteint 51 milliards de FCFA à fin 2025, contre environ 38 milliards de FCFA un an plus tôt, soit une progression de 34 %. Cette collecte soutient la capacité de la banque à financer ses opérations et à élargir son bilan.
Le total bilan s’est établi à 81,2 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, contre 64,2 milliards de FCFA en 2024, en hausse de 26 %.
Pas de dividende : le choix de la consolidation
Le point le plus stratégique de l’exercice 2025 n’est pas seulement la hausse du bénéfice. C’est l’absence de dividende.
Sur les 821 millions de FCFA de résultat net, la banque prévoit d’affecter 82 millions de FCFA aux réserves légales, 123 millions de FCFA aux réserves complémentaires et 616 millions de FCFA au report à nouveau. Aucun dividende ne sera distribué.
Ce choix peut frustrer certains actionnaires, mais il répond à une logique de solidité. Pour une banque encore jeune dans son statut bancaire, conserver le résultat permet de renforcer les fonds propres, soutenir la croissance du crédit et mieux absorber les risques liés à l’expansion du portefeuille.
Une banque encore en phase de transition
La Régionale Bank reste un cas particulier dans le paysage financier camerounais. Avant de devenir banque commerciale, l’institution a longtemps évolué dans la microfinance. Cette transition exige des investissements, une montée en compétence, des exigences réglementaires plus fortes et une discipline accrue dans la gestion du risque.
La banque compte aujourd’hui un réseau de 42 agences et demeure présentée comme la seule institution financière cotée à la BVMAC, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale.
En 2024, la forte baisse du bénéfice avait pesé sur la perception du marché. La banque avait enregistré un bénéfice net de 162,5 millions de FCFA, contre 814 millions de FCFA en 2023, sans distribution de dividendes, ce qui avait contribué à refroidir certains investisseurs.
Le vrai test : transformer le rebond en trajectoire durable
La performance 2025 remet La Régionale Bank dans une dynamique plus favorable. Mais le défi reste entier : soutenir la croissance du crédit sans dégrader la qualité du portefeuille, attirer les dépôts sans accroître excessivement le coût des ressources, et convaincre les investisseurs que la rentabilité retrouvée peut devenir régulière.
Dans un marché bancaire camerounais de plus en plus concurrentiel, la banque joue une partition délicate. Elle doit prouver qu’elle peut changer d’échelle tout en conservant la discipline prudentielle nécessaire à son nouveau statut.
Patrick Tchounjo



