Oumar Dème, l’homme qui rend la BRVM “praticable” à Dakar

À Dakar, la Bourse n’est plus seulement une adresse sur une carte institutionnelle. Elle devient une présence. Un visage. Une pédagogie. Et, surtout, un point d’entrée. Directeur de l’Antenne Nationale de Bourse du Sénégal, Oumar Dème est aujourd’hui l’un des profils les plus visibles de la BRVM dans la capitale. Sa mission, au fond, est simple à formuler mais exigeante à exécuter : rapprocher la Bourse des entreprises et des investisseurs sénégalais, pour transformer l’accès au marché régional en opportunité concrète de financement et d’investissement.
Nommé en 2020 après plus de quinze ans dans l’écosystème de l’intermédiation, Oumar Dème dirige le relais local de la BRVM à Dakar avec une logique de proximité. Vulgariser la culture boursière, préparer un vivier d’émetteurs mieux structurés, connecter l’épargne aux besoins de financement des entreprises et de l’État : son action se lit dans des prises de parole et des initiatives publiques orientées pédagogie, jeunesse et grandes opérations de marché.
Un poste charnière, ou l’art de rendre la BRVM “praticable”
Dans l’architecture du Marché Financier Régional de l’UEMOA, la BRVM n’est pas qu’une place de cotation ; c’est une infrastructure qui doit exister dans chaque pays au contact des acteurs économiques. C’est précisément la fonction d’une Antenne Nationale de Bourse : offrir un accès local à un marché régional, avec des interlocuteurs capables d’expliquer, d’orienter et d’accompagner. Au Sénégal, cette représentation s’incarne à Dakar et les répertoires officiels identifient Oumar Dème comme directeur de l’ANB Sénégal.
Ce rôle est stratégique parce qu’il se situe à l’interface de deux mondes qui ne se parlent pas toujours naturellement : le monde des entreprises qui cherchent du capital long et celui des investisseurs qui cherchent des opportunités lisibles, sécurisées et comparables. L’ANB est l’endroit où l’on traduit la mécanique du marché en trajectoire concrète pour les décideurs économiques.
Formation à Dakar, ambition régionale : la matrice UCAD
Lors d’une rencontre documentée avec des étudiants, Oumar Dème rappelle venir de la promotion 1997 de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, avec un socle initial en sciences économiques, avant de s’orienter vers le marché financier. Dans le même registre, il évoque un parcours de plus de quinze ans dans une société de gestion et d’intermédiation, avant de rejoindre l’écosystème boursier puis de diriger l’antenne locale.
Point de rigueur : son âge, sa date de naissance et la liste exhaustive de ses diplômes ne sont pas établis de façon institutionnelle dans les sources ouvertes consultées ; le portrait se construit donc à partir d’éléments publics traçables et de prises de parole documentées.
L’école CGF Bourse, ou la bataille de la culture boursière
Avant la BRVM, Oumar Dème a longtemps évolué dans l’écosystème de l’intermédiation. En 2013, il est cité comme directeur marketing et communication de CGF Bourse, au moment où la société affirme une stratégie d’ouverture vers le grand public. La formule est restée : au Sénégal, disait-il, la culture boursière n’est pas encore ancrée, d’où la nécessité d’aller vers le public et de pousser la diversification de l’épargne.
Cette séquence éclaire un fil conducteur : faire tomber la barrière psychologique qui sépare la Bourse de la “vraie vie” économique. Non pas en simplifiant à l’excès, mais en rendant la mécanique compréhensible, donc praticable.
En juin 2020, il annonce la fin de sa mission au sein du Groupe CGF après quinze années de collaboration, une transition qui précède son entrée dans une nouvelle phase du marché régional.
Prise de fonction en 2020, la Bourse passe en mode proximité
Le passage à la BRVM se formalise en 2020. Selon la presse, Oumar Dème prend fonction comme directeur de l’ANB Sénégal au 1er juillet 2020 et sa nomination est mentionnée comme actée en août 2020.
À partir de là, son rôle n’est pas celui d’un opérateur de salle de marchés, mais celui d’un passeur. Faire descendre la Bourse au niveau de l’entreprise et faire monter l’entreprise au niveau des exigences du marché : transparence, information financière, gouvernance, discipline.
Trois terrains, une même méthode
Le premier terrain est celui de la pédagogie. En 2025, l’ANB Sénégal anime à Dakar un atelier sur les opportunités d’épargne offertes par la BRVM ; le compte rendu indique que le directeur y échange sur l’architecture du marché UEMOA, les produits disponibles et les dynamiques récentes.
Le deuxième terrain est celui de la jeunesse. Face à des étudiants, Oumar Dème insiste sur la progression par le renforcement de capacités et replace son parcours dans le temps long, du socle académique à l’expérience professionnelle avant la prise de responsabilités.
Le troisième terrain est celui des grandes opérations. En juin 2025 à Dakar, lors du lancement d’une émission obligataire par Appel Public à l’Épargne de 300 milliards FCFA, il intervient et replace l’opération dans la dynamique régionale, en rappelant notamment la contribution du marché dans le financement et la place du Sénégal dans ces volumes.
Pourquoi l’Antenne Nationale est un accélérateur pour les entreprises
Un marché régional, pour être utile, doit être accessible. Or, l’entrée en Bourse n’est pas un simple formulaire ; c’est une transformation. Statut juridique, états financiers certifiés, flottant, communication financière, gouvernance : tout doit être prêt.
Les critères d’accès publiés pour les entreprises en croissance donnent un aperçu des barrières réelles, et l’écosystème prévoit des dispositifs d’accompagnement comme le Listing Sponsor sur certains compartiments.
Dans ce contexte, une antenne nationale efficace devient un accélérateur de préparation. Elle aide à diagnostiquer, orienter, expliquer les étapes, connecter aux bons interlocuteurs, et éviter que la Bourse reste un objet lointain réservé à quelques initiés. Et c’est précisément la cohérence de la trajectoire d’Oumar Dème : il pointait déjà, dès 2013, la question de la culture boursière ; depuis l’ANB, il l’attaque par l’outil le plus concret qui soit : la proximité.
Le nerf du système, la confiance
Le contact ne suffit pas ; il faut la confiance dans l’infrastructure. Sur le marché UEMOA, le Dépositaire Central et Banque de Règlement joue un rôle central dans la conservation des titres, le règlement-livraison et le fonctionnement opérationnel.
Dans un portrait, cet élément compte parce qu’un directeur d’antenne répond sans cesse à la même inquiétude, parfois exprimée, parfois implicite : est-ce que c’est sûr, est-ce que ça marche, est-ce que je peux investir avec confiance. La pédagogie rassure, mais la robustesse du système sécurise.
Le passeur d’un marché qui veut changer d’échelle
Oumar Dème n’est pas seulement un directeur d’antenne. Il est un symbole de la BRVM au contact : une bourse régionale qui cherche, pays par pays, à élargir sa base d’investisseurs, à préparer davantage d’émetteurs, et à installer le marché financier comme un outil normal de financement, au même titre que le crédit bancaire, avec une logique plus structurante et plus exigeante.
À Dakar, le vrai test se mesurera dans les résultats. Plus d’entreprises prêtes, plus d’opérations, plus d’investisseurs éduqués, et une épargne mieux orientée vers l’économie réelle. La trajectoire publique d’Oumar Dème, intermédiation, culture boursière, pédagogie, jeunesse, opérations souveraines, le place précisément sur ce chemin.
Patrick Tchounjo



