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Raffinerie de Kribi : 120 milliards FCFA levés par BGFIBank et un pool bancaire local

Le projet de raffinerie de Kribi franchit une étape financière décisive. BGFIBank Cameroun a mobilisé 120 milliards FCFA auprès d’un pool de banques locales pour financer la quote-part de la Société nationale des hydrocarbures dans le projet Cstar. Derrière cette opération, le Cameroun cherche à renforcer sa souveraineté énergétique, réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers et installer Kribi comme un pôle industriel stratégique.

Le Cameroun avance dans l’un de ses dossiers énergétiques les plus structurants. Le projet de raffinerie de Kribi, porté par Cstar, bénéficie désormais d’un financement de 120 milliards FCFA, mobilisé par BGFIBank Cameroun auprès de banques locales pour le compte de la Société nationale des hydrocarbures. La convention de financement a été signée le 5 mai 2026 à Yaoundé entre la SNH, Cstar et BGFIBank Cameroun.

Cette enveloppe correspond à la quote-part de la SNH dans le projet industriel, qui prévoit la construction d’une raffinerie et d’un dépôt pétrolier dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. L’opération associe notamment Afriland First Bank, CCA-Bank, SCB Cameroun et la Bicec autour de BGFIBank Cameroun.

Une raffinerie au cœur de la souveraineté énergétique

Le projet Cstar vise la construction d’une raffinerie d’une capacité annoncée de 30 000 barils par jour à Kribi. Il est porté par une coentreprise réunissant la SNH, sa filiale Tradex et le consortium émirati Ariana/RCG.

L’enjeu dépasse le seul investissement industriel. Depuis l’arrêt de la Sonara après l’incendie de 2019, le Cameroun reste fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Une nouvelle capacité de raffinage à Kribi pourrait donc renforcer la sécurité d’approvisionnement, limiter certaines vulnérabilités logistiques et réduire l’exposition du pays aux tensions du marché international.

BGFIBank Cameroun en arrangeur stratégique

Le rôle de BGFIBank Cameroun est central. En novembre 2025, la SNH lui avait confié un mandat de mobilisation de près de 120 milliards FCFA pour financer sa participation dans le projet. La banque intervient également comme banque agent, avec une mission de gestion administrative et financière des fonds tout au long de l’exécution du projet.

Cette position renforce le rôle des banques locales dans le financement des grands projets industriels. Dans une économie où les infrastructures énergétiques exigent des capitaux importants, la capacité d’un pool bancaire domestique à structurer une opération de cette taille constitue un signal fort pour le marché.

Kribi, nouvelle plateforme énergétique et industrielle

Le choix de Kribi n’est pas neutre. La zone industrialo-portuaire concentre déjà des ambitions logistiques, portuaires et industrielles majeures. Y installer une raffinerie et un dépôt pétrolier revient à inscrire le projet dans une logique d’intégration : port en eau profonde, stockage, distribution, import-export, soutien à l’industrie et potentiel d’approvisionnement régional.

Le projet Cstar peut ainsi devenir un actif stratégique dans la chaîne énergétique camerounaise, à condition que son exécution respecte les délais, les coûts, les standards techniques et les exigences environnementales.

Un test pour le financement bancaire local

La mobilisation de 120 milliards FCFA auprès de cinq banques locales montre que le système bancaire camerounais peut participer au financement d’actifs industriels lourds. Mais elle pose aussi une question de profondeur financière : jusqu’où les banques locales peuvent-elles accompagner les besoins de transformation industrielle sans déséquilibrer leur exposition au risque ?

Pour les établissements impliqués, ce type d’opération exige une analyse rigoureuse du risque projet, des flux futurs, des garanties, de la gouvernance de Cstar et de la capacité du projet à générer des revenus durables.

Une étape financière, pas encore industrielle

La signature du financement marque une avancée importante, mais elle ne suffit pas à elle seule à garantir la réussite du projet. Le véritable enjeu se jouera dans l’exécution : mobilisation technique, construction, mise en service, approvisionnement en brut, modèle économique, articulation avec la Sonara et intégration dans la politique nationale des produits pétroliers.

Pour le Cameroun, le projet de raffinerie de Kribi porte une promesse claire : reprendre une partie du contrôle sur une chaîne énergétique devenue stratégique. Les 120 milliards FCFA mobilisés donnent au projet son carburant financier. Le prochain défi sera de transformer cette ressource en capacité industrielle réelle.

Patrick Tchounjo

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