Marchés & Financements

Sénégal : la BOAD injecte près de 695 milliards FCFA en cinq ans

En cinq ans, la Banque Ouest Africaine de Développement a engagé près de 695 milliards FCFA au Sénégal, soit 17,4 % de ses financements dans l’Union. Derrière ce chiffre, se dessine une stratégie claire : financer les infrastructures, soutenir la transition énergétique, accompagner l’éducation, accélérer la digitalisation et rapprocher la banque de développement des projets réels.

La BOAD n’a pas seulement financé le Sénégal. Elle a accompagné une partie importante de sa transformation économique récente. À l’occasion de l’inauguration officielle de ses nouveaux bureaux à Dakar, le 7 mai 2026, l’institution régionale a dressé le bilan de cinq années d’interventions soutenues dans le pays.

Entre août 2020 et fin 2025, la Banque a engagé près de 695 milliards FCFA dans l’économie sénégalaise. Les décaissements effectifs atteignent 463,2 milliards FCFA. Ce volume représente 17,4 % de l’ensemble des financements mobilisés par la BOAD dans l’Union sur la période.

Pour un pays comme le Sénégal, engagé dans des chantiers d’infrastructures, d’énergie, de formation, de digitalisation et de modernisation urbaine, ce niveau d’intervention confirme le rôle central des banques de développement dans le financement de la croissance.

Une banque de développement au cœur des infrastructures

La première lecture du portefeuille de la BOAD au Sénégal est nette : les infrastructures dominent. Les projets de transport et de digitalisation absorbent 56 % des financements alloués au pays.

Ce choix est stratégique. Les infrastructures ne produisent pas seulement des routes, des rails ou des plateformes numériques. Elles réduisent les coûts logistiques, facilitent les échanges, améliorent la mobilité, renforcent l’attractivité territoriale et créent les conditions de la croissance privée.

Parmi les projets emblématiques figure le Train Express Régional Dakar-AIBD, financé à hauteur de 35 milliards FCFA par la BOAD. L’institution a également participé au financement de l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis, de la Zone économique spéciale de Diass et du parc de technologies numériques de Diamniadio.

Ces investissements disent quelque chose du modèle sénégalais : construire des infrastructures physiques et numériques capables de faire du pays un hub régional.

Énergie, numérique, sécurité : les nouveaux piliers

La BOAD a également orienté une partie importante de ses engagements vers l’énergie et les ressources naturelles, qui représentent 12 % des financements. La centrale solaire photovoltaïque de Niakhar, d’une capacité de 30 MWc avec système de stockage, et la centrale thermique à cycle combiné de Malicounda illustrent cette volonté de soutenir un mix énergétique plus robuste.

Le numérique et la sécurité occupent aussi une place importante. La Banque a financé à hauteur de 40 milliards FCFA le renforcement des moyens de communication électroniques des forces de sécurité intérieure, avec notamment des dispositifs de couverture mobile sécurisée et de vidéoprotection.

Dans un contexte où la sécurité, la donnée et les communications deviennent des infrastructures critiques, ce type de financement dépasse le simple équipement public. Il touche à la capacité de l’État à administrer, protéger et connecter son territoire.

Le social comme levier de développement

La stratégie de la BOAD ne se limite pas aux grands projets visibles. Les secteurs de la santé et de l’éducation représentent 13 % des financements engagés.

La Banque a accompagné la construction et l’équipement de lycées professionnels agricoles et agroalimentaires. Elle a aussi soutenu un programme de construction de 1 528 salles de classe à travers le territoire national, avec un objectif clair : réduire les abris provisoires et améliorer la qualité de l’éducation.

Ce volet social est essentiel. Il rappelle que le financement du développement ne se mesure pas uniquement en kilomètres d’autoroutes ou en mégawatts installés. Il se mesure aussi en capital humain, en compétences, en accès aux services de base et en réduction des inégalités territoriales.

Un soutien majoritairement orienté vers le secteur public

Sur les 695 milliards FCFA engagés, 76 % des financements ont été orientés vers l’État et les entreprises publiques sénégalaises, pour un montant de 528,8 milliards FCFA. Le secteur privé a bénéficié de 166 milliards FCFA, soit 24 % des concours de la Banque dans le pays.

Cette répartition montre le poids de l’investissement public dans les grands projets de transformation. Mais elle souligne aussi un enjeu pour les prochaines années : renforcer davantage la mobilisation du secteur privé, notamment dans l’énergie, le logement, la logistique, le numérique et les infrastructures sociales.

La BOAD joue ici un rôle de catalyseur. Elle finance directement, mais elle mobilise aussi des ressources complémentaires. Au Sénégal, elle a arrangé ou levé 243,34 milliards FCFA au profit de projets liés aux voiries de Diamniadio, aux résidences universitaires, à l’assainissement, à l’énergie et aux équipements de sécurité prévus pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026.

Une banque plus proche des projets

L’ouverture des nouveaux bureaux de Dakar marque une évolution institutionnelle. La BOAD veut renforcer ses missions résidentes dans l’espace UEMOA afin de rapprocher ses équipes des États, des entreprises et des projets.

Dakar et Abidjan sont les deux premières missions concernées par cette nouvelle phase de décentralisation opérationnelle.

Ce choix est important. Dans le financement du développement, la proximité améliore l’identification des opportunités, le suivi des projets, la compréhension des contraintes locales et la rapidité d’exécution. Une banque de développement efficace ne peut pas rester seulement centrée sur son siège. Elle doit être présente là où les projets se construisent.

Un portefeuille futur de près de 1 927 milliards FCFA

Les perspectives restent importantes. À fin 2025, le portefeuille de projets en maturation à la BOAD pour le Sénégal représentait environ 1 927 milliards FCFA d’investissements potentiels. La contribution attendue de la Banque est estimée à 477 milliards FCFA.

Parmi les projets envisagés figurent un centre de maintenance aéronautique à l’AIBD, un réseau de transport et de distribution de gaz naturel, une centrale solaire à Koungheul, un hôpital aux Parcelles Assainies et des programmes de logements sociaux à Sébikotane.

Ces projets traduisent une nouvelle phase : après les infrastructures de base, le Sénégal entre dans des chantiers plus spécialisés, liés à l’industrie, à l’énergie, à la santé et au logement.

Une ambition régionale plus large

Le bilan sénégalais s’inscrit dans une feuille de route plus vaste. Le président de la BOAD, Serge Ekué, a rappelé l’ambition du nouveau plan stratégique “Djoliba… La Suite”, qui vise 6 500 milliards FCFA de financements sur la période 2026-2030, soit presque le double du plan précédent.

Pour le Sénégal comme pour l’UEMOA, l’enjeu est majeur. Les besoins de financement restent élevés, les attentes sociales fortes et la concurrence pour les capitaux plus intense. Dans ce contexte, la BOAD veut se positionner comme une banque de développement plus proche, plus active et plus structurante.

Au Sénégal, les cinq dernières années montrent déjà cette orientation. Les 695 milliards FCFA engagés ne racontent pas seulement une performance financière. Ils racontent une stratégie de transformation : construire, connecter, former, alimenter, sécuriser et préparer les infrastructures qui soutiendront la prochaine phase de croissance.

Patrick Tchounjo

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