Standard Chartered quitte le Cameroun : petite perte de 5 millions $, grand allègement de risque de 300 millions $

Il y a des sorties de marché qui ressemblent à une défaite… jusqu’à ce qu’on regarde les chiffres de plus près. En quittant le Cameroun au profit d’Access Bank, Standard Chartered encaisse une perte comptable de 6 milliards FCFA et enregistre une perte de 5 millions de dollars (environ 3 milliards FCFA) en 2025, selon les états financiers du groupe bancaire britannique consultés par EcoMatin. Mais dans le même mouvement, la banque affirme avoir allégé son exposition : la cession aurait entraîné une baisse de 300 millions de dollars de ses actifs pondérés par les risques (RWA). Autrement dit, un ticket de sortie relativement limité… pour une réduction de risque nettement plus significative.
La mécanique de la perte : un écart comptable, pas une hémorragie
Le marché retient souvent la headline : “perte”. Pourtant, la nature de cette perte est précise. Elle correspond à l’écart entre la valeur comptable des actifs cédés et le prix effectif de la transaction, après prise en compte des ajustements et coûts liés à la cession. Standard Chartered indique qu’un montant similaire a été perdu sur la cession de sa filiale gambienne, ce qui renforce l’idée d’un effet “technique” lié à la sortie, plutôt qu’un choc isolé propre au Cameroun.
Ce détail compte, car il repositionne la lecture : il ne s’agit pas d’une banque qui s’effondre, mais d’un groupe qui accepte un coût de restructuration pour réallouer ses ressources.
300 millions $ de RWA en moins : la vraie ligne stratégique
Le point le plus structurant est ailleurs : les RWA. Les actifs pondérés par les risques mesurent l’exposition au risque de crédit et conditionnent le niveau de fonds propres que la banque doit immobiliser. Standard Chartered indique que la cession camerounaise a entraîné une baisse de 300 millions de dollars de ces RWA.
À l’échelle du groupe, dont les actifs pondérés par le risque atteignent 258 milliards de dollars, l’exposition camerounaise représentait une part marginale. Mais sa suppression contribue à alléger le profil de risque global. Dans une banque internationale, cette logique pèse lourd : moins de RWA, c’est potentiellement plus de flexibilité, moins de capital immobilisé, et une structure de risque plus “propre” face aux exigences prudentielles.
Une cession dans un programme lancé depuis 2022
La sortie du Cameroun n’est pas un geste isolé. La cession de la filiale camerounaise à Access Bank, finalisée en décembre 2025, s’inscrit dans un programme de restructuration engagé depuis 2022, visant à réduire la complexité opérationnelle du groupe et à recentrer ses ressources sur des marchés plus rentables et stratégiques.
C’est la logique des groupes globaux en période de discipline : simplifier, arbitrer, concentrer. Quitter un marché n’est pas toujours un jugement sur le pays ; c’est parfois une décision sur l’allocation du capital à l’échelle mondiale.
Une page se tourne après plus de trente ans
Cette opération marque aussi un symbole : la fin de plus de trois décennies de présence directe de Standard Chartered au Cameroun. Historiquement, la banque s’y était positionnée sur le financement des multinationales, du commerce international et des grandes entreprises locales.
Pour l’écosystème camerounais, c’est un changement de décor. Pour Standard Chartered, c’est une page refermée au nom d’une stratégie globale : accepter une perte comptable, tout en réduisant un risque pondéré et en simplifiant l’architecture du groupe.
Le message que le marché doit entendre
Au final, l’histoire tient dans un contraste qui fait toujours parler : 5 millions de dollars de perte d’un côté, 300 millions de dollars de risque allégé de l’autre. Dans un univers bancaire où le capital, le risque et la rentabilité se disputent chaque ligne de bilan, Standard Chartered semble assumer une vérité froide : parfois, sortir coûte… mais rester coûte plus cher.
Patrick Tchounjo



