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Virginie Pouna Ngomi : l’actuaire qui veut rendre l’assurance “simple” en Afrique

Dans beaucoup de foyers africains, l’assurance n’est pas absente parce qu’elle est inutile. Elle est absente parce qu’elle est perçue comme compliquée, lointaine, parfois intimidante. Virginie Pouna Ngomi s’est installée exactement à cet endroit : celui où une bonne idée économique échoue faute d’un parcours simple. Actuaire camerounaise devenue entrepreneure, elle s’intéresse à une question très concrète : comment une famille peut protéger ses biens et sa santé sans formalités complexes, sans jargon, sans perdre du temps. Cette obsession, elle en a fait un métier, puis une entreprise.

Une actuaire qui transforme un problème d’accès en problème de design

Le regard d’un actuaire est rarement “romantique”. Il est méthodique. On observe, on mesure, on modélise, on rend le risque lisible. Virginie Pouna Ngomi a gardé cette rigueur, mais elle l’a déplacée vers une ambition plus large : adapter l’assurance aux réalités locales, en particulier pour les populations à faibles revenus. Elle fonde COVA Africa en 2021 avec une mission affichée : démocratiser l’assurance grâce à la technologie et construire des solutions d’assurance inclusive.

Le diagnostic est simple mais lourd : si l’assurance reste un produit réservé à une minorité, alors les chocs du quotidien continuent de déstabiliser les ménages, et la pauvreté se reproduit plus facilement. D’où son pari : rendre l’assurance “activable”, compréhensible, et surtout distribuée là où les gens sont déjà, via les canaux qu’ils utilisent déjà.

COVA Africa : l’assurance “as-a-service” et l’embedded qui change l’échelle

COVA Africa se construit comme une plateforme qui facilite l’adoption de l’assurance auprès des foyers à revenus modestes, avec un modèle de distribution “as-a-service” : l’assurance n’est plus uniquement vendue dans les circuits traditionnels, elle s’intègre à des écosystèmes existants. La plateforme permet d’embarquer des produits d’assurance dans les offres de commerçants, d’applications, de fintechs ou d’institutions de microfinance.

L’approche est pragmatique : plutôt que de demander au client de faire l’effort de venir à l’assurance, l’assurance vient au client, sous une forme qui ressemble à ses usages. COVA développe ses produits en tenant compte des besoins les plus fréquents et les plus sensibles : santé, vie, accident, funérailles, biens, agriculture. Et l’entreprise indique collaborer avec des partenaires assureurs en Afrique et en France pour appuyer la solidité des offres.

La micro-assurance prend ici une autre dimension. Elle n’est pas un “petit produit”, elle devient une logique d’intégration : couverture associée à un service du quotidien, à un abonnement, à un appareil, à un voyage, voire à des programmes de fidélité. Ce modèle “embedded” vise une promesse très claire : réduire le coût d’accès, simplifier la souscription, et transformer l’assurance en réflexe plutôt qu’en exception.

Du calcul au terrain : un parcours qui mélange excellence académique et exécution opérationnelle

Le parcours de Virginie Pouna Ngomi suit une ligne rare dans l’assurance africaine : forte base scientifique, formation de pointe en actuariat, puis expérience dans des environnements exigeants avant le retour sur le continent.

Elle obtient un DEUG en mathématiques appliquées à la Faculté des sciences Semlalia de Marrakech en 2005, puis complète son profil en France avec un master en sciences de l’innovation et gestion des risques (Université Pierre et Marie Curie, 2009) et un diplôme d’ingénieure en actuariat (Institut de statistique de l’Université de Paris, 2009).

Un parcours renforcé par la micro-assurance et le design thinking

Au-delà de sa formation académique en mathématiques appliquées, en gestion des risques et en actuariat, Virginie Pouna Ngomi a consolidé son profil avec des programmes tournés vers l’innovation et l’assurance inclusive. En juillet 2019, elle suit l’Impact Insurance Academy de l’ITCILO, une formation spécialisée qui l’ancre davantage dans les logiques de micro-assurance et de protection des populations à revenus modestes. Puis, en juin 2021, elle obtient un certificat vérifié edX en Design Thinking: Empathizing to Understand the Problem, une approche centrée sur l’empathie et la compréhension fine des besoins utilisateurs, en parfaite cohérence avec sa vision : concevoir des produits d’assurance simples, adaptés, et activables dans la vie réelle.

Côté expérience, elle débute par des passages de formation chez de grands assureurs, puis évolue dans le conseil et l’audit, notamment chez ALTIA et PwC, ce qui renforce sa maîtrise des modèles, de la conformité, et des exigences de gouvernance du secteur.

Entre 2014 et 2021, elle rejoint Activa Assurances et y occupe plusieurs fonctions, jusqu’à des responsabilités liées au retail et à l’innovation. Ce passage est important : c’est là que se construit, souvent, la compréhension la plus utile pour une insurtech. Parce qu’on n’innove pas durablement dans l’assurance sans connaître les contraintes de tarification, de distribution, de gestion de sinistres, et de relation client.

Puis vient 2021 : l’entrepreneuriat, non comme rupture esthétique, mais comme prolongement logique. COVA devient l’outil pour traduire une conviction en infrastructure : si les offres sont adaptées aux besoins du quotidien, et si les processus sont accélérés et simplifiés, l’assurance peut réellement changer d’échelle en Afrique francophone.

Une insurtech primée : la crédibilité par les programmes et l’accélération

Dans l’univers des start-up, la traction est importante. Dans l’assurance, la crédibilité l’est encore plus. En 2023, COVA Africa remporte la sixième édition de CATAPULT: Financial Inclusion Africa Program (LHoFT), un programme axé sur l’inclusion financière.

En 2025, l’entreprise rejoint également un programme panafricain d’accélération dédié à l’insurtech : BimaLab Africa, renforçant son positionnement sur la transformation de l’assurance par l’innovation.

Ces étapes comptent, parce qu’elles valident deux choses à la fois. D’un côté, la pertinence du problème adressé : l’assurance inclusive et accessible. De l’autre, la capacité à structurer une solution qui peut convaincre des partenaires, des assureurs, des distributeurs, et des écosystèmes de paiement.

COVA automatise l’assurance auto avec l’IA, du devis au paiement à distance

COVA a lancé une solution de souscription et de paiement à distance de l’assurance automobile basée sur l’intelligence artificielle. L’utilisateur filme sa carte grise avec son smartphone, l’outil lit automatiquement les informations clés et applique la grille tarifaire réglementée pour afficher instantanément le montant. Objectif : accélérer la souscription, réduire les erreurs de saisie et sécuriser la tarification, avec la possibilité de prépayer sa prime en cas de renouvellement et de se faire livrer l’attestation.

Un paiement élargi grâce aux partenaires locaux

Pour l’encaissement des primes, COVA s’appuie sur des partenaires comme Express Union et MaMoni Finances via Maviance, UFIPAY et MaMoni Pay, afin de faciliter le paiement au plus près des usagers, au-delà des agences d’assurance. L’ambition est de généraliser un maillage territorial du paiement et d’aller vers une attestation d’assurance progressivement dématérialisée et sécurisée, avec une capacité d’adaptation aux réglementations des pays de la zone CIMA.

Ce que Virginie Pouna Ngomi incarne dans l’assurance africaine

Virginie Pouna Ngomi incarne une génération qui ne veut plus opposer technique et impact. Chez elle, la technique sert l’accès. Le modèle sert l’usage. Et l’assurance n’est pas vendue comme une promesse abstraite, mais comme une protection du quotidien, avec des parcours plus courts, des produits plus lisibles, et une distribution plus proche des réalités.

Son pari est aussi un pari de marché : l’Afrique francophone ne manque pas de besoins assurantiels. Elle manque de formats adaptés, de canaux efficaces, et de confiance opérationnelle. COVA Africa mise sur une méthode : intégrer l’assurance là où la vie se passe déjà, et faire de la protection un produit “simple”, presque naturel.

Patrick Tchounjo

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