BVMAC : la BEAC veut payer les frais d’introduction en bourse de quatre entreprises de la Cemac

En Afrique centrale, les autorités monétaires veulent passer des discours aux actes. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a lancé, le 17 mars 2026, un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner quatre entreprises de la Cemac dont les frais d’introduction en bourse seront pris en charge. Derrière ce mécanisme incitatif, une ambition claire : relancer enfin le compartiment actions de la BVMAC et redonner du crédit à la promesse d’un marché financier régional plus profond, plus vivant et plus utile au financement des entreprises.
L’annonce est tout sauf technique. Elle touche à l’un des points faibles les plus visibles du marché financier d’Afrique centrale : le faible nombre d’entreprises prêtes à franchir le pas de la cotation. En ouvrant un dispositif de prise en charge des frais d’IPO, la BEAC cherche à neutraliser un obstacle très concret pour les sociétés candidates : le coût d’accès au marché. L’avis publié par la banque centrale précise bien qu’il s’agit de la sélection et du financement des sociétés pouvant bénéficier de la prise en charge des frais d’introduction en bourse, avec une date limite de dépôt fixée au 30 avril 2026 au siège de la BEAC à Yaoundé.
Pour les entreprises intéressées, le cadrage est précis. Le dossier doit notamment comprendre une lettre de demande de financement, la décision des organes sociaux autorisant le recours à l’appel public à l’épargne à la BVMAC, l’engagement à faire coter ensuite les titres de l’entreprise, la fiche signalétique de la société et les états financiers certifiés des trois dernières années. Autrement dit, l’appui n’a pas vocation à subventionner une intention vague, mais à soutenir des candidats déjà engagés dans une logique réelle d’ouverture au marché.
Ce mécanisme s’inscrit dans le Projet d’appui au marché financier unifié d’Afrique centrale (PAMFUAC), piloté par la BEAC et financé par la Banque africaine de développement. Les documents de projet de la BAD indiquent que le PAMFUAC vise à moderniser le marché financier régional et à faciliter notamment l’introduction de quatre entreprises à la BVMAC en soutenant une partie de leurs frais d’IPO. Le projet s’inscrit plus largement dans la dynamique née de l’unification du marché financier de la Cemac, décidée pour renforcer la capacité de financement de l’économie régionale.
Ce que révèle surtout cette initiative, c’est une forme d’urgence silencieuse. Car la BVMAC, basée à Douala, reste encore très peu profonde sur le compartiment actions, alors même que l’unification du marché régional devait précisément élargir la cote et attirer davantage d’émetteurs privés et publics. Dans son évaluation du projet d’appui au marché unifié, la BAD rappelait déjà qu’avant l’unification, les deux anciennes places de la sous-région n’avaient accueilli qu’un nombre très limité d’entreprises cotées. Le défi est donc ancien, mais il devient plus pressant à mesure que les besoins de financement des entreprises de la Cemac grandissent.
L’intérêt de l’initiative est aussi politique. Depuis plusieurs années, les États de la sous-région promettent de pousser certaines entreprises publiques et parapubliques vers la cote, sans qu’une vague d’introductions ne se matérialise réellement. En acceptant de financer une partie du ticket d’entrée, la BEAC et la BAD essaient de transformer une ambition institutionnelle en signal concret pour le marché. C’est une manière de dire aux entreprises : le marché régional existe, et les autorités sont prêtes à en partager une partie du coût d’accès pour le rendre plus crédible. Cette lecture est une inférence fondée sur le mécanisme officiel de prise en charge et sur l’objectif de développement du marché financier régional affiché par le PAMFUAC.
Au fond, cette décision dépasse la seule question des frais. Elle pose une question plus stratégique : la Cemac veut-elle enfin faire de la BVMAC un vrai levier de financement des entreprises ? Si quatre nouvelles introductions voient effectivement le jour, l’effet sera autant symbolique que structurel. Symbolique, parce qu’il montrera que la cote peut encore attirer de nouveaux noms. Structurel, parce qu’un marché actions un peu plus dense peut améliorer la visibilité, la gouvernance et l’accès au capital pour les entreprises régionales. Dans une Afrique centrale encore très dominée par le financement bancaire, ce serait un pas important. Cette dernière appréciation relève d’une analyse, mais elle s’appuie sur les objectifs officiels de modernisation et d’approfondissement du marché portés par la BEAC et la BAD.
Patrick Tchounjo



