Agriculture africaine : Proparco et Ecobank scellent un accord de 352 millions $

L’agriculture africaine nourrit les territoires, emploie près de la moitié de la population active et représente environ 20 % du PIB du continent. Pourtant, elle reste l’un des secteurs les moins financés par les banques. C’est ce paradoxe que le partenariat signé à Nairobi entre Proparco et Ecobank Transnational Incorporated veut attaquer.
En marge du sommet Africa Forward, les deux institutions ont signé, lundi 11 mai, un protocole d’accord visant à mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros, soit 352,7 millions de dollars, sur trois ans pour soutenir les chaînes de valeur agricoles africaines.
L’accord ne suffira pas à combler le déficit massif de financement du secteur, estimé à 170 milliards de dollars par la Société financière internationale. Mais il marque une évolution importante : au lieu de miser uniquement sur le prêt direct, Proparco choisit d’utiliser la garantie publique pour réduire le risque des banques et les pousser à financer davantage les entreprises agricoles.
Le mécanisme repose sur trois piliers.
Le premier concerne les garanties partielles de portefeuille, via les programmes Impact+ et ARIZ de Proparco. Objectif : réduire l’exposition d’Ecobank au risque de crédit sur ses prêts aux petites et moyennes entreprises agricoles dans 33 pays africains. Ce volet doit permettre de mobiliser jusqu’à 100 millions d’euros sur trois ans.
Le deuxième pilier cible l’agro-industrie, à travers des solutions de cofinancement et de partage de risque. Le troisième porte sur le négoce de matières premières agricoles. Ensemble, ces deux derniers volets visent jusqu’à 200 millions d’euros pour les agro-industriels et les traders.
L’enjeu est stratégique. L’agriculture absorbe moins de 3 % des actifs bancaires du continent, malgré son poids économique et social. Pour les banques, le secteur reste souvent perçu comme risqué : aléas climatiques, volatilité des prix, manque de garanties, faible formalisation des acteurs, difficultés d’accès aux données. Pour les PME agricoles, cette perception se traduit par un accès limité, coûteux ou impossible au crédit.
C’est précisément ce verrou que Proparco et Ecobank veulent desserrer.
Comme l’a rappelé Françoise Lombard, directrice générale de Proparco, « l’agriculture reste l’un des secteurs les plus sous-financés du continent ». Derrière cette phrase se joue une question plus large : sans financement agricole, il sera difficile d’améliorer la productivité, de réduire les importations alimentaires, de développer la transformation locale et de renforcer la sécurité alimentaire.
Le partenariat comporte aussi un volet dédié aux femmes entrepreneures. Avec l’appui de Proparco, Ecobank va étendre son programme Ellevate à 400 entrepreneures supplémentaires en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Kenya. Elles bénéficieront d’un accompagnement de douze mois en gestion d’entreprise et en finance.

Lancé en 2020, Ellevate comptait fin 2025 plus de 103 000 femmes enregistrées dans 26 pays africains. Les prêts d’Ecobank aux entreprises dirigées par des femmes ont atteint 780 millions de dollars en 2025, en hausse de 194 % sur un an.
Pour Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank, « la croissance africaine exige une exécution à grande échelle ». La formule résume l’esprit de l’accord : passer des intentions aux mécanismes capables de financer massivement les secteurs productifs.
Cette signature intervient dans une journée dense pour Proparco, qui a annoncé 500 millions d’euros de signatures à Nairobi, soit la moitié de son engagement annuel africain pour 2026.
Le vrai message est simple : l’agriculture africaine n’a pas seulement besoin de terres, de producteurs et de marchés. Elle a besoin de capitaux, de garanties, de banques engagées et de mécanismes capables de transformer un secteur jugé risqué en moteur durable de croissance.
Patrick Tchounjo



