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Rawbank : la première banque de RDC accélère sa mue vers la banque d’investissement

Rawbank confirme sa position de première banque de République démocratique du Congo. En 2025, l’établissement affiche un bénéfice net en hausse de 9 %, à 232 millions de dollars, porté par un produit net bancaire en forte progression. Mais derrière cette performance se lit une transformation plus stratégique : la banque absorbe le coût de sa diversification vers les PME, les marchés de capitaux et les grands financements structurés, avec l’ambition de dépasser son rôle historique de banque commerciale pour devenir une plateforme d’investissement à dimension régionale.

Rawbank n’est plus seulement la première banque de RDC par la taille. Elle cherche désormais à devenir l’un des instruments financiers les plus structurants de l’économie congolaise. En 2025, l’établissement fondé en 2002 et contrôlé par la famille Rawji a publié un bénéfice net de 232 millions de dollars, en progression de 9 % sur un an.

La performance reste solide. Mais le rythme ralentit légèrement par rapport à 2024, où la croissance du bénéfice atteignait encore 11 %. Ce tassement ne traduit pas un essoufflement brutal. Il révèle plutôt le coût d’une mutation : Rawbank investit dans de nouveaux segments, élargit son exposition aux PME, renforce sa présence dans les marchés de capitaux et prépare une nouvelle étape de son développement.

Dans un marché bancaire encore largement sous-pénétré, où seule une partie de la population dispose d’un compte bancaire, la banque congolaise veut défendre son rang tout en changeant d’échelle.

Un PNB en hausse d’un tiers

Le principal moteur de l’exercice 2025 vient du produit net bancaire. Le PNB de Rawbank progresse d’un tiers pour atteindre 682 millions de dollars. Cette hausse traduit une expansion robuste des revenus bancaires, portée notamment par une augmentation de 10 % du volume de crédits.

La banque a renforcé son exposition à trois segments clés : le secteur minier, les infrastructures et le financement des petites et moyennes entreprises. Ce choix correspond à la structure même de l’économie congolaise, dominée par les ressources naturelles, mais aussi confrontée à un besoin massif de financement productif.

La RDC, deuxième producteur mondial de cuivre, devrait afficher une croissance supérieure à 6 % en 2026, selon la Banque centrale du Congo. Dans ce contexte, les banques capables de financer les grands groupes, les chaînes de sous-traitance, les infrastructures et les PME deviennent des acteurs décisifs de la transformation économique.

Rawbank se positionne précisément sur cette ligne.

Les PME, nouveau terrain de croissance

L’un des signaux les plus importants vient du portefeuille PME. Selon Kadija Sangho Keita, directrice financière de Rawbank, la banque enregistre une croissance de 25 % sur ce segment.

Ce développement est stratégique. Historiquement, Rawbank s’est construite autour de grands clients, notamment dans le secteur minier et les grandes entreprises. L’expansion vers les PME traduit une volonté de diversifier les revenus et d’élargir la base économique financée par la banque.

Mais financer les PME n’est jamais neutre pour une banque. Ce segment peut être plus fragmenté, plus coûteux à suivre et plus exposé au risque de crédit. Rawbank affirme toutefois contenir ce risque grâce à des mécanismes de partage conclus avec la Société financière internationale, membre du Groupe de la Banque mondiale, et d’autres bailleurs de développement.

Cette architecture de risque permet à la banque de prêter davantage aux PME sans dégrader fortement la qualité de son portefeuille. Le ratio de prêts non performants reste contenu à 2,82 %, un niveau qui confirme la maîtrise du risque dans une phase d’expansion.

Un ROE de 36 %, signal de puissance financière

Rawbank affiche un total de bilan de 6,82 milliards de dollars. Mais l’indicateur le plus spectaculaire reste la rentabilité des fonds propres. Le ROE atteint 36 %, contre 33 % un an plus tôt.

Ce niveau est élevé au regard des standards bancaires internationaux, où la moyenne tourne autour de 12 %. Il traduit la capacité de la banque à générer un rendement important sur son capital, tout en finançant une économie à forte croissance.

Pour les investisseurs et les observateurs du secteur bancaire africain, ce ROE est un signal fort. Il montre que Rawbank reste très rentable, malgré le coût de sa diversification. La banque absorbe l’expansion vers les PME, les marchés de capitaux et les financements structurés sans perdre son profil de rentabilité.

L’eurobond souverain, un tournant stratégique

La transformation de Rawbank se lit surtout dans son rôle sur les marchés de capitaux. En avril 2026, la banque a co-coordonné, aux côtés de Citigroup et Standard Chartered, la première émission d’eurobond souverain de la RDC.

L’opération a permis à Kinshasa de lever 1,25 milliard de dollars, contre une cible initiale de 750 millions de dollars. Le carnet d’ordres a atteint 5,2 milliards de dollars, soit une sursouscription de plus de quatre fois.

Pour Rawbank, cette opération constitue un marqueur stratégique. Elle installe la banque dans un rôle plus sophistiqué : celui d’un arrangeur capable d’accompagner l’État congolais et, demain, les grandes entreprises du pays sur les marchés internationaux.

Kadija Sangho Keita l’a résumé clairement : Rawbank se considère désormais comme l’une des premières banques locales africaines capables de structurer ce type d’opération. Le message adressé aux groupes miniers et aux grandes entreprises est direct : si elles veulent accéder au marché international, Rawbank peut les accompagner.

De banque commerciale à banque d’investissement régionale

Ce repositionnement marque une évolution profonde. Rawbank ne veut plus seulement collecter des dépôts, distribuer des crédits et servir ses clients historiques. Elle veut devenir une banque capable de structurer des financements complexes, d’arranger des opérations de marché et de jouer un rôle dans les grandes transactions souveraines ou corporate.

La banque négocie actuellement de nouveaux financements syndiqués pour les groupes miniers du pays. Cette orientation confirme son ambition de devenir une banque d’investissement régionale, adossée à la profondeur économique de la RDC et à la demande croissante de capitaux dans les secteurs stratégiques.

Dans un pays où les besoins de financement sont immenses (infrastructures, énergie, mines, PME, logistique, industrie) cette montée en compétence peut devenir un avantage compétitif majeur.

Rawbank avance toutefois dans un environnement plus disputé. Equity BCDC, filiale congolaise du groupe kényan Equity Bank, talonne désormais Rawbank au classement des plus grands établissements d’Afrique centrale.

Cette concurrence pousse la banque à défendre son leadership autrement. La taille ne suffit plus. La capacité à innover, à diversifier les revenus, à financer les PME, à structurer des opérations internationales et à accompagner les grandes entreprises devient déterminante.

Dans ce duel bancaire, Rawbank mise sur une stratégie de profondeur : rester forte sur ses clients historiques, mais élargir son modèle vers les segments qui porteront la prochaine phase de croissance congolaise.

La conjoncture congolaise soutient cette dynamique. L’inflation est revenue à 2,2 % en mars, tandis que la Banque centrale du Congo a abaissé son taux directeur à 13,5 % le 9 avril 2026, contre 25 % en octobre 2025.

Cette détente monétaire peut améliorer les conditions de financement, soutenir le crédit et favoriser l’investissement. Pour les banques, elle ouvre une fenêtre d’opportunité : financer davantage, diversifier les portefeuilles et accompagner la croissance.

Mais le marché reste largement sous-bancarisé. Sur plus de 100 millions d’habitants, environ un quart seulement dispose d’un compte bancaire, selon la Banque centrale. L’espace de croissance est donc considérable, à condition de construire des produits adaptés, des réseaux efficaces et des mécanismes de gestion du risque robustes.

Rawbank entre dans une nouvelle phase

Les résultats 2025 de Rawbank racontent une histoire plus complexe qu’une simple hausse de bénéfice. La banque reste rentable, puissante et leader sur son marché. Mais elle accepte aussi de financer sa transformation.

La progression du bénéfice ralentit, alors que le PNB bondit. Ce décalage montre que Rawbank investit dans de nouveaux relais de croissance : PME, marchés de capitaux, financements syndiqués, opérations souveraines et banque d’investissement.

Avec un bénéfice net de 232 millions de dollars, un PNB de 682 millions de dollars, un bilan de 6,82 milliards de dollars, un ROE de 36 % et un ratio de prêts non performants contenu à 2,82 %, Rawbank dispose des fondamentaux nécessaires pour changer d’échelle.

Patrick Tchounjo

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