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Banques marocaines : Fitch annonce un nouveau cycle de consolidation porté par la rentabilité, le capital et les grands projets

Le secteur bancaire marocain entre dans une phase plus favorable. Selon Fitch Ratings, les grandes banques du Royaume devraient continuer d’améliorer leurs profils de crédit en 2026-2027, soutenues par une rentabilité en hausse, une base de dépôts solide, une discipline prudentielle renforcée et les besoins de financement liés aux grands chantiers d’investissement.

Le Maroc aborde un moment charnière pour son système bancaire. Après une année 2025 marquée par une nette progression des résultats, Fitch Ratings anticipe une poursuite de l’amélioration des profils de crédit des principales banques marocaines sur la période 2026-2027. L’agence couvre notamment les grands établissements de la place, dont Attijariwafa Bank, Bank of Africa, BMCI, CIH Bank et Saham Bank.

Le signal est important : dans un environnement africain où plusieurs systèmes bancaires composent avec la pression sur les marges, la hausse du coût du risque et les tensions souveraines, les banques marocaines apparaissent mieux positionnées. Leur avantage repose sur trois piliers : une rentabilité robuste, une liquidité soutenue par les dépôts clientèle et un cadre prudentiel appelé à se renforcer avec la montée en puissance du SREP d’ici 2027.

Une rentabilité qui change d’échelle

La dynamique de 2025 a installé une base solide. Selon Fitch, le résultat net agrégé des banques marocaines a bondi de 26 %, tandis que les revenus ont progressé de 18 %. Le résultat opérationnel a augmenté de 24 %, aidé par un recul de 5 % du coût du risque.

Cette amélioration traduit une réalité centrale : les banques marocaines ne se contentent plus de résister. Elles retrouvent des marges de manœuvre pour financer leur croissance, absorber les risques et accompagner les cycles d’investissement du pays.

Fitch anticipe une nouvelle amélioration de la rentabilité en 2026 et 2027, portée par la progression des volumes d’activité dans un environnement domestique jugé favorable. Les marges d’intérêt devraient rester relativement stables, autour de 3,3 % à 3,4 %, ce qui limite le risque d’érosion des revenus même en cas d’évolution des taux.

Le capital devient un levier stratégique

Le second moteur de consolidation vient du capital. Historiquement, certaines banques marocaines fonctionnaient avec des coussins de fonds propres limités, ce qui pouvait freiner leur capacité d’expansion. Cette phase semble évoluer.

Bank Al-Maghrib poursuit l’introduction du Supervisory Review and Evaluation Process, dont la mise en œuvre complète est attendue à l’horizon 2027. Ce cadre pousse les établissements à renforcer leur discipline en matière de capital, de gouvernance et de gestion des risques.

Pour les grandes banques systémiques, cette évolution est structurante. Des ratios de capital plus confortables permettent de soutenir la croissance du crédit, de financer les grands projets et de résister plus efficacement aux chocs externes.

Les grands chantiers ouvrent un nouveau cycle bancaire

Le Maroc prépare une séquence d’investissement majeure. Fitch cite notamment les besoins de financement liés aux infrastructures et à la Coupe du monde 2030, dont une part importante pourrait être portée par le système bancaire domestique.

Cette perspective transforme le rôle des banques. Elles ne sont plus seulement des intermédiaires financiers classiques. Elles deviennent les bras financiers de la transformation économique du pays : infrastructures, transport, énergie propre, équipements urbains, entreprises et projets structurants.

Dans cette configuration, la solidité bancaire devient un actif national. Plus les banques disposent de capital, de liquidité et de rentabilité, plus elles peuvent accompagner les ambitions économiques du Royaume.

Une liquidité encore soutenue par les dépôts

Le financement reste l’un des principaux atouts du secteur. Les banques marocaines continuent de s’appuyer sur une base de dépôts clientèle à faible coût, en hausse de 8,6 % en 2025. Cette progression est portée par les dépôts des entreprises, des particuliers et des Marocains résidant à l’étranger.

Dans un contexte mondial où la liquidité devient plus chère et plus sélective, cette base domestique constitue un avantage compétitif. Elle réduit la dépendance aux financements volatils et soutient la capacité des banques à financer durablement l’économie.

Les risques restent présents

Le diagnostic de Fitch reste favorable, mais pas aveugle. L’agence souligne que certaines banques demeurent exposées à des souverains d’Afrique subsaharienne dont la qualité de crédit s’est détériorée. Cette exposition peut peser sur les actifs pondérés par les risques et limiter une partie de l’amélioration des profils financiers.

Le défi est donc clair : poursuivre l’expansion, notamment en Afrique, tout en maîtrisant les risques de crédit, les expositions souveraines et la qualité des portefeuilles.

Le cycle qui s’ouvre n’est pas seulement un cycle de croissance. C’est un cycle de sélection, de discipline et de consolidation.

Un secteur bancaire marocain plus robuste, mais attendu au tournant

L’analyse de Fitch confirme une tendance de fond : les banques marocaines entrent dans une phase où leur solidité devient un facteur clé de compétitivité économique. Rentabilité en hausse, dépôts solides, discipline prudentielle accrue et grands projets structurants créent un environnement porteur.

Mais cette dynamique impose aussi un niveau d’exigence plus élevé. Les banques devront financer davantage, mieux gérer leurs risques, renforcer leurs fonds propres et rester prudentes dans leurs expositions régionales.

Patrick Tchounjo

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