BGFI Holding prépare une levée de 81 milliards FCFA à la BVMAC

L’entrée de BGFI Holding Corporation à la BVMAC n’était pas une fin de parcours. Elle apparaît désormais comme la première étape d’une séquence beaucoup plus ambitieuse. Après sa première cotation officielle sur la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale, la maison mère de BGFIBank prépare une nouvelle augmentation de capital prévue au troisième trimestre 2026, pour un montant annoncé de 81 milliards FCFA, soit environ 143,6 millions USD.
L’objectif est clair : porter le flottant du groupe de 3,85 % à 10 %, conformément au niveau exigé par la réglementation pour les sociétés admises à la cote de la BVMAC. Derrière cette opération, il ne s’agit donc pas seulement de lever des capitaux. Il s’agit de consolider la présence boursière de BGFI Holding, d’élargir sa base d’actionnaires et d’ancrer davantage le groupe bancaire dans le marché financier régional.
Une seconde étape après une IPO majeure
Cette nouvelle opération intervient dans la continuité de l’introduction en bourse clôturée le 2 mars 2026. Lors de cette IPO, BGFI Holding avait mobilisé 45,3 milliards FCFA sur un objectif initial de 125,9 milliards FCFA. La levée annoncée de 81 milliards FCFA correspond ainsi au reliquat exact de l’ambition inscrite dans le document d’information officiel approuvé par le régulateur.
L’IPO avait déjà constitué un moment important pour la place financière sous-régionale. Elle avait réuni 7 601 investisseurs issus de 24 pays, confirmant l’intérêt croissant pour les actifs bancaires solides en Afrique centrale.
Les investisseurs gabonais avaient porté près de la moitié de l’enveloppe mobilisée, avec plus de 22 milliards FCFA de souscriptions. Le Cameroun avait également joué un rôle important, avec 12,7 milliards FCFA, soit 28,1 % du total collecté.
BGFI Holding, première capitalisation de la CEMAC
Quelques semaines après cette opération, BGFI Holding a officiellement fait son entrée à la BVMAC le 7 mai 2026, devenant la première capitalisation de la place financière de la CEMAC. Ce positionnement change la perception du marché.
En s’introduisant en bourse, BGFI Holding ne cherche pas seulement à renforcer ses fonds propres. Le groupe participe aussi à une dynamique plus large : donner plus de profondeur au marché financier d’Afrique centrale, encore moins liquide et moins animé que d’autres places du continent.
L’enjeu est donc double. Pour BGFI, il s’agit de financer sa croissance et d’élargir son actionnariat. Pour la BVMAC, il s’agit d’attirer davantage d’investisseurs, de renforcer la crédibilité de la cote et de prouver que les grandes institutions régionales peuvent utiliser le marché comme outil de financement.
Des fondamentaux solides
La future levée intervient alors que les fondamentaux financiers de BGFIBank Holding restent robustes. Au 31 décembre 2025, le groupe affichait un total bilan consolidé de 7 428 milliards FCFA, en progression de 25 % sur un an.
Les dépôts clients atteignaient 4 263 milliards FCFA, en hausse de 10 % par rapport à 2024. Le résultat net consolidé ressortait à 133 milliards FCFA, en progression de 9 %.
Ces chiffres donnent du poids à l’opération envisagée. BGFI Holding n’arrive pas sur le marché avec une promesse fragile, mais avec une trajectoire de croissance déjà visible, une base de dépôts solide et une capacité bénéficiaire confirmée.
Le vrai enjeu : élargir le capital sans perdre la maîtrise
Porter le flottant à 10 % peut renforcer la liquidité du titre et rendre l’action plus attractive pour les investisseurs institutionnels et particuliers. Mais cette ouverture impose aussi plus d’exigence : communication financière régulière, gouvernance renforcée, transparence accrue et discipline de marché.
Pour BGFI Holding, le défi sera de réussir cette ouverture sans diluer la cohérence stratégique du groupe. Le marché attendra désormais plus qu’une grande signature bancaire : il attendra des résultats, de la lisibilité et une trajectoire claire.
Un signal fort pour l’Afrique centrale
La levée de 81 milliards FCFA pourrait devenir l’une des opérations les plus structurantes de la BVMAC. Elle dépasse le cas BGFI. Elle pose une question centrale : le marché financier d’Afrique centrale peut-il devenir un véritable levier de financement pour les grands groupes régionaux ?
Avec cette opération, BGFI Holding veut montrer que la réponse peut être oui. Après avoir mobilisé plus de 45 milliards FCFA lors de son IPO, le groupe prépare une nouvelle étape pour aligner son flottant, renforcer son capital et consolider son statut de locomotive bancaire régionale.
La BVMAC gagne ici un test grandeur nature. BGFI Holding, elle, entre dans une phase où sa puissance bancaire devra désormais se lire aussi à travers sa capacité à convaincre le marché.
Patrick Tchounjo



