BVMAC : le Cameroun rembourse 58,7 milliards FCFA et rassure les investisseurs

Le Cameroun s’apprête à honorer une nouvelle échéance majeure sur le marché financier de l’Afrique centrale. Le 27 mai 2026, l’État procédera au remboursement de la 4e tranche de son emprunt obligataire 2022-2029, selon un communiqué publié le 18 mai 2026 par Louis Banga Ntolo, Directeur général de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC).
Le montant total de l’opération s’élève à 58,75 milliards FCFA. Dans le détail, 47 milliards FCFA correspondent au remboursement du principal, tandis que 11,75 milliards FCFA seront versés au titre des intérêts. Pour les investisseurs détenteurs des titres, cela représente 2 500 FCFA par obligation, dont 2 000 FCFA pour le principal et 500 FCFA pour les intérêts.
Les opérations d’encaissement débuteront le 28 mai 2026 auprès des guichets des sociétés de bourse et des banques teneurs de comptes.
Un test de crédibilité pour la signature camerounaise
Dans un marché financier, rembourser à bonne date n’est jamais un simple acte administratif. C’est un signal de confiance. En honorant cette échéance, le Cameroun consolide sa réputation d’émetteur souverain sur la BVMAC, dans un environnement où les investisseurs surveillent de près la capacité des États à respecter leurs engagements.
L’emprunt obligataire 2022-2029, assorti d’un taux d’intérêt de 6,5 % et d’une maturité de 7 ans, avait permis à l’État de mobiliser 235 milliards FCFA. Cette opération avait suscité un intérêt important du marché. Pour une demande initiale de 200 milliards FCFA, les investisseurs avaient proposé une enveloppe globale de 239 milliards FCFA.
Cet engouement avait conduit l’État à solliciter une autorisation de surallocation auprès du régulateur, permettant de porter le montant final mobilisé à 235 milliards FCFA.
Ce que ce remboursement dit du marché régional
Le remboursement de cette tranche confirme également le rôle croissant de la BVMAC comme espace de financement des États de la CEMAC. Pour les pays de la sous-région, le marché financier devient un outil stratégique : il permet de mobiliser l’épargne locale et régionale pour financer des projets publics sans dépendre uniquement des bailleurs extérieurs.
Pour les investisseurs, le respect des échéances est déterminant. Il renforce la confiance, soutient la liquidité du marché et encourage la participation aux futures émissions obligataires souveraines ou privées.
Dans cette logique, chaque remboursement réussi a une portée plus large que l’opération elle-même : il crédibilise le marché, rassure les porteurs de titres et prépare les prochaines levées.
Des fonds destinés aux infrastructures
Selon la note d’information élaborée lors de l’opération de levée de fonds, les ressources mobilisées devaient financer plusieurs projets structurants. Les secteurs ciblés concernaient notamment les infrastructures routières, l’énergie, l’adduction d’eau potable et l’aménagement urbain.
Une enveloppe de 4,5 milliards FCFA avait également été prévue pour le lancement des travaux de reconstruction dans la région de l’Extrême-Nord, affectée par les attaques répétées de Boko Haram.
C’est là que se trouve le véritable enjeu de ce type d’emprunt. Le marché financier ne doit pas seulement servir à lever des fonds. Il doit permettre de transformer l’épargne collectée en projets visibles, utiles et capables de soutenir la croissance.
Un équilibre à maintenir
Le remboursement de 58,75 milliards FCFA intervient dans un contexte où le Cameroun fait face à des besoins de financement importants. Le pays doit continuer à investir dans les infrastructures, renforcer les services publics et soutenir la reconstruction dans certaines régions, tout en préservant la soutenabilité de sa dette.
L’enjeu est donc double : continuer à mobiliser des ressources sur le marché, mais maintenir une discipline stricte dans la gestion des échéances. Pour un État, la confiance des investisseurs se construit dans la durée. Elle repose sur la régularité des paiements, la transparence des opérations et l’utilisation efficace des fonds levés.
Le vrai message
Avec ce remboursement, le Cameroun envoie un signal clair à la BVMAC et aux investisseurs : sa signature reste active, suivie et capable d’honorer ses engagements.
Cette opération confirme aussi une évolution importante : le financement des économies d’Afrique centrale passe de plus en plus par les marchés de capitaux. Pour que cette dynamique s’installe durablement, les États devront continuer à rembourser à bonne date, publier une information claire et démontrer que les fonds mobilisés produisent des impacts concrets.
Le Cameroun rembourse donc une tranche. Mais au-delà des 58,75 milliards FCFA, c’est surtout la confiance du marché régional qui se joue.
Patrick Tchounjo



