Ndeye Khady Diack prend la tête de CGF Gestion : l’ascension d’une pionnière de la BRVM

Certaines nominations récompensent une carrière. D’autres racontent l’histoire d’une industrie. Celle de Ndeye Khady Diack à la direction générale de CGF Gestion appartient aux deux catégories. Plus de trente ans après avoir rejoint l’écosystème CGF alors que le marché financier régional était encore à construire, cette pionnière de la finance sénégalaise prend désormais les commandes de la filiale de gestion d’actifs. Une promotion qui place au sommet une professionnelle ayant littéralement grandi avec la BRVM.
En 1995, lorsque Ndeye Khady Diack rejoint le groupe CGF, l’Union économique et monétaire ouest-africaine ne dispose pas encore de la place financière intégrée qu’elle connaît aujourd’hui. CGF Bourse ne recevra son agrément qu’en 1998. Elle est alors la première employée du groupe et participe aux premières opérations d’un marché régional encore embryonnaire.
Son parcours va ensuite épouser la construction progressive de cette finance ouest-africaine : administration, négociation, opérations, marché secondaire, puis responsabilités de direction. Avant sa promotion à CGF Gestion, elle occupait depuis janvier 2016 les fonctions de Directrice générale adjointe de CGF Bourse.
Cette longévité n’a rien d’une carrière immobile. Elle traduit au contraire une accumulation rare de savoir-faire sur toute la chaîne des marchés de capitaux.
De la transaction à la gestion de l’épargne
Sa nouvelle fonction possède une résonance particulière, car CGF Gestion n’est pas un univers étranger à Ndeye Khady Diack.
Dès 2001, elle intervient sur le volet administratif de la société de gestion et contribue ensuite à la création puis au lancement, en 2004, du Fonds Commun de Placement Complémentaire Retraite de la SONATEL, présenté par les BRVM Awards comme le premier et le plus important fonds de pension de la zone UEMOA.
Plus de vingt ans plus tard, la boucle est presque parfaite : celle qui participait à la construction des outils d’épargne longue en prend désormais la direction.
Mais le symbole ne doit pas masquer l’enjeu économique.
À la tête de CGF Gestion, Ndeye Khady Diack quitte une fonction principalement centrée sur l’intermédiation boursière pour entrer encore davantage dans la bataille de l’allocation du capital : collecter l’épargne, la transformer en actifs financiers, construire des produits adaptés et produire de la performance dans la durée.
C’est l’une des questions centrales de la finance ouest-africaine.
Transformer l’épargne africaine en puissance financière
Le défi de l’UEMOA n’est pas uniquement de disposer de davantage d’argent. Il est de mieux organiser celui qui existe.
Épargne salariale, retraite, placements des particuliers, trésoreries d’entreprises, capitaux institutionnels et ressources de la diaspora constituent autant de réserves qui peuvent être orientées vers les obligations, les actions et le financement de l’économie régionale.
Cette conviction traverse depuis longtemps le discours de Ndeye Khady Diack. Son action publique s’est notamment distinguée par une volonté de vulgariser les mécanismes boursiers et de rapprocher les particuliers du marché financier. En 2026 encore, CGF Bourse la mettait en avant lors des BRVM Investment Days à New York autour d’un message central : inscrire davantage de capitaux africains dans le financement de la croissance africaine.
Cette dimension pédagogique est stratégique. Un marché financier ne devient profond que lorsque les épargnants comprennent les produits, acceptent le temps long et développent une confiance suffisante dans les institutions qui gèrent leur patrimoine.
Son parcours lui a d’ailleurs valu en mars 2026 le Inspiring Pioneer in Finance Award, une distinction saluant son leadership et son engagement en faveur de l’inclusion financière.
Le passage du leadership institutionnel à la performance
La direction de CGF Gestion ouvre cependant une nouvelle séquence.
La réputation, l’expérience et la fidélité institutionnelle constituent un capital. Elles ne remplacent pas la performance. Ndeye Khady Diack devra désormais développer les encours sous gestion, élargir la clientèle, accélérer la digitalisation, construire des produits adaptés aux nouvelles générations d’investisseurs et intégrer davantage les problématiques de finance durable.
Son défi sera également de maintenir ce qui a longtemps constitué sa marque : la confiance.
Dans la gestion d’actifs, cette confiance se mesure quotidiennement. Elle dépend de la transparence, de la qualité de l’allocation, de la gestion des risques et de la capacité à préserver l’épargne sur plusieurs cycles économiques.
Trente et un ans après son entrée chez CGF, Ndeye Khady Diack ne découvre donc pas un nouveau métier. Elle accède à une responsabilité qui semble condenser toute sa trajectoire.
Elle a participé à la naissance du marché. Elle en a maîtrisé les opérations, accompagné les investisseurs et contribué à démocratiser ses usages. À la tête de CGF Gestion, son prochain chapitre sera d’en transformer l’épargne en puissance d’investissement.
Patrick Tchounjo



