La Tunisie travaille avec la Commission économique pour l’Afrique à réunir les conditions d’une éventuelle émission d’obligations vertes à l’horizon 2028. Présenté le 4 novembre à Rabat, cet accompagnement s’inscrit dans le Plan de développement 2026-2030 et comprend un second chantier : orienter une partie de l’épargne de la diaspora vers l’investissement productif.
Par Nora Kémi
Le travail commence avant la recherche de souscripteurs. Pour transformer une ambition climatique en financement de marché, il faut identifier les dépenses à financer, organiser leur suivi et produire une information exploitable. La préparation annoncée porte donc sur la capacité à bâtir un instrument, sans constituer encore une levée de fonds.
Samia Mansour Hamouda, chargée des affaires économiques à la CEA, a précisé cet appui dans une déclaration recueillie à Rabat par l’agence TAP. Il couvre les prérequis institutionnels et stratégiques, les instruments financiers, l’assistance technique et le renforcement des capacités nationales. La réunion du Comité intergouvernemental de hauts fonctionnaires et d’experts pour l’Afrique du Nord se tient du 3 au 5 novembre.
Une obligation verte exige des projets traçables
Une obligation verte finance ou refinance des projets environnementaux éligibles. Les principes volontaires de l’ICMA, édition 2025, organisent cette démarche autour de quatre composantes : l’utilisation des fonds, la sélection des projets, la gestion des sommes levées et le reporting. Ils recommandent aussi un cadre d’émission et une revue externe.
Ces repères ne prouvent pas que la future opération tunisienne s’y conformera : ses caractéristiques restent à établir. Ils donnent néanmoins une grille de lecture aux banques, investisseurs et porteurs de projets. Une liste d’investissements ne suffit pas ; les critères de sélection et les résultats environnementaux attendus doivent pouvoir être expliqués et suivis.
Le chantier rejoint la question de l’utilité financière des données ESG en Tunisie. Une information structurée, comparable et vérifiable aide à apprécier l’affectation des ressources. Le caractère vert d’une obligation ne dispense toutefois pas d’analyser la solvabilité de l’émetteur ni sa capacité à rembourser.
La diaspora, un chantier parallèle de mobilisation du capital
Avec le ministère de l’Économie et de la Planification, la CEA travaille également sur les cadres et produits susceptibles de mobiliser l’épargne des Tunisiens établis à l’étranger. La création d’un fonds dédié figure parmi les pistes présentées. Elle ne doit pas être considérée comme réalisée.
Ce volet prolonge des travaux déjà exposés par la CEA en mai 2026. Son enjeu est différent de celui des transferts familiaux : un investissement suppose un choix sur la durée d’immobilisation, le risque, les frais et les droits de l’apporteur de capitaux. Pour susciter une participation durable, la gouvernance du véhicule et la sélection des projets compteront autant que l’attachement au pays.
Les deux chantiers pourraient contribuer à diversifier les financements, mais l’annonce ne dit pas que le fonds diaspora souscrira aux obligations vertes. Elle ne précise pas davantage le montant, la monnaie, la maturité ou la tarification de l’émission envisagée. L’horizon 2028 demeure une perspective de préparation.
Les prochaines étapes seront documentaires et financières
Les jalons à observer sont désormais le cadre d’émission, le portefeuille de projets, les modalités de contrôle et les décisions formelles des autorités concernées. La levée subordonnée récemment clôturée par la STB rappelle, dans un autre compartiment du marché tunisien, l’importance de lire précisément l’usage de la ressource et les obligations de remboursement. Pour le projet vert, ces paramètres restent à publier avant de pouvoir apprécier ses conditions économiques.
Photo : Tarek Bouhlel à la 41e session du CIHFE à Rabat, le 3 novembre 2026. CEA / unecaPhoto. Photographie officielle de la réunion mise à disposition de la presse par la CEA ; elle ne représente pas une émission obligataire réalisée.




