Une levée de 100 millions de dollars, annoncée le 29 octobre 2026, doit soutenir des entreprises et des intermédiaires financiers sur les marchés émergents, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie. Le fonds géré par ALMA associe financement des femmes et transition climatique.
Attirer un investisseur institutionnel vers de petites entreprises africaines suppose de traiter une question préalable : quelle perte acceptera-t-il de supporter ? Avec GuarantCo, entité du Private Infrastructure Development Group, ALMA a structuré une réponse qui répartit le risque entre plusieurs intervenants. L’opération apporte des ressources à un véhicule de financement ; elle ne signifie pas que toutes les entreprises visées ont déjà reçu un prêt.
Une garantie pour rendre le risque finançable
Le montage de Nava Capital 1 comprend une garantie partielle de crédit de 75 millions de dollars de GuarantCo et une tranche subordonnée de 10 millions apportée par ALMA pour absorber les premières pertes. Aegon Asset Management est l’investisseur principal ; Symbiotics intervient comme arrangeur.
La garantie ne constitue pas un versement supplémentaire au fonds : c’est un engagement de couverture. La tranche subordonnée supporte, elle, les pertes avant les créances prioritaires, dans les conditions contractuelles. Cette différence explique comment un même véhicule peut réunir des investisseurs dont les capacités d’absorption du risque divergent. L’absorption prioritaire de pertes est aussi le levier du projet de fonds forestier soutenu par FMO, qui reste, lui, au stade de l’appel à propositions.
Le partage du risque intervient ici au niveau d’un fonds. Il se distingue donc d’une garantie de portefeuille bancaire comme celle annoncée pour Ecobank RDC, même si l’objectif final reste l’élargissement des entreprises finançables.
Financer les femmes, au-delà des seules entreprises dirigées par des femmes
Les bénéficiaires envisagés comprennent des entreprises détenues ou dirigées par des femmes, mais aussi des institutions financières et des fintechs qui les financent. Les prêts doivent également soutenir des activités liées au climat.
Le cadre 2X Challenge aide à comprendre ce périmètre. Ses critères examinent plusieurs voies de participation économique des femmes : responsabilités de direction, emploi de qualité, accès au financement, soutien aux entreprises et produits ou services adaptés. Un fonds utilisant cette approche ne se limite donc pas à compter les dirigeantes de ses emprunteurs.
Pour apprécier son utilité, il faudra regarder qui obtient effectivement le crédit, à quelles conditions et pour quelle activité. Une ressource supplémentaire au bilan d’un intermédiaire ne démontre pas, à elle seule, un meilleur accès pour ses clientes.
Un mécanisme déjà appliqué en Côte d’Ivoire
Le recours aux garanties pour attirer des capitaux institutionnels a un précédent concret en Afrique francophone. Le 18 août 2026, Symbiotics et GuarantCo ont annoncé un financement de 18 millions d’euros pour une usine de transformation de noix de cajou de Robust International en Côte d’Ivoire. Des titres couverts, souscrits par M&G Investments, côtoyaient des titres sans garantie, acquis par des fonds d’impact. Cette opération distincte montre comment plusieurs catégories d’investisseurs peuvent financer un même actif.
Pour le fonds ALMA, les pays bénéficiaires et les conditions de prêt restent à préciser. Aucun montant ne peut encore être attribué à l’UEMOA ou à la CEMAC. Le test sera désormais la transformation des capitaux levés en financements supplémentaires, adaptés aux entreprises, puis en résultats mesurables pour les femmes.
Par Nora Kémi
Photo d’archives : marchandes de fruits au Sénégal, 6 juin 2013. Aucun lien établi avec les bénéficiaires du fonds. Crédit : Francis Tapon / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Original sans modification éditoriale.




