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Nomination

AFC Captive : Wola Asase prend les commandes du nouvel outil assurantiel d’Africa Finance Corporation

Par patrick tchounjo5 min de lecture
AFC Captive : Wola Asase prend les commandes du nouvel outil assurantiel d’Africa Finance Corporation

À première vue, Africa Finance Corporation vient simplement d’ajouter une compagnie d’assurance à son architecture financière. En réalité, la création d’AFC Captive Insurance Company touche au cœur de l’équation du financement des infrastructures africaines : comment absorber davantage de risque, utiliser plus efficacement son capital et continuer à financer des projets complexes lorsque l’assurance externe devient rare ou coûteuse ? Pour conduire cette nouvelle plateforme, AFC a choisi Wola Asase, son Deputy Director et Head of Syndications, un spécialiste de la mobilisation de capitaux et du transfert de risque. Une nomination cohérente avec l’ambition stratégique du nouvel outil.

Annoncée le 31 août 2026, AFC Captive Insurance Company Ltd est une filiale détenue à 100 % par Africa Finance Corporation et enregistrée aux Bermudes. Dotée d’un capital pouvant atteindre 30 millions de dollars, elle commencera par assurer certains prêts consentis par AFC à ses contreparties.

L’opération mérite d’être regardée au-delà du secteur de l’assurance.

AFC ne crée pas simplement une nouvelle source de revenus. Elle construit un instrument destiné à agir directement sur l’économie de son bilan.

Wola Asase, du capital mobilisé au risque maîtrisé

Le choix de Wola Asase donne une indication claire sur la vocation d’AFC Captive.

Il reste Deputy Director et Head of Syndications d’AFC et prend parallèlement la direction d’AFC Captive, où il siègera également au conseil d’administration. À AFC, son métier consiste précisément à structurer la mobilisation de capitaux auprès d’autres institutions financières et investisseurs.

Avant de rejoindre AFC, il a travaillé à l’International Finance Corporation, où il intervenait dans les syndications destinées notamment aux financements de projets et d’entreprises en Afrique subsaharienne. Il avait auparavant évolué chez UBS Investment Bank à New York.

Depuis son arrivée à AFC en 2017, il a participé à la construction de la plateforme de syndication de l’institution. Des données publiées à l’occasion de l’Africa Markets Conference 2026 créditent cette activité de plus de 8,5 milliards de dollars mobilisés auprès de tiers, avec plus de 110 institutions financières partenaires.

La continuité stratégique est donc évidente : après avoir travaillé à attirer le capital externe vers les projets d’AFC, Wola Asase doit désormais contribuer à rendre ce capital plus efficace en améliorant la gestion du risque.

Assurer ses propres prêts pour pouvoir financer davantage

Le principe d’une captive d’assurance est puissant.

Plutôt que de transférer systématiquement une partie de ses risques vers des assureurs commerciaux, AFC pourra conserver et gérer certains de ces risques à travers sa propre filiale.

AFC Captive couvrira initialement des prêts du portefeuille de sa maison mère. L’objectif annoncé est de réduire progressivement la dépendance aux marchés externes d’assurance, tout en offrant davantage de flexibilité dans la structuration des transactions.

Pour un financeur d’infrastructures, cette flexibilité peut devenir stratégique.

Les grands projets africains cumulent souvent des risques de construction, de contrepartie, de change, de réglementation ou encore de souveraineté. Lorsque la couverture d’assurance devient trop chère ou insuffisante, certains projets peuvent perdre leur bancabilité ou mobiliser davantage de capital pour une même exposition.

Une captive bien utilisée peut modifier cette équation.

En absorbant une partie du risque au sein du groupe, AFC cherche à optimiser l’utilisation de son capital et potentiellement dégager davantage de capacité pour financer de nouvelles opérations.

C’est précisément la logique mise en avant par Wola Asase : utiliser l’assurance de manière plus stratégique afin d’élargir la capacité du marché et faciliter le financement de projets qui pourraient autrement être limités par la disponibilité ou le coût des couvertures externes.

Une plateforme appelée à dépasser AFC

La nouvelle compagnie ne restera pas nécessairement cantonnée au portefeuille de sa maison mère.

AFC Captive est agréée comme assureur de classe 2 et pourra progressivement fournir des capacités d’assurance aux autres filiales d’AFC ainsi qu’à certains tiers. Jusqu’à 20 % de sa capacité de souscription pourra être consacrée à ces activités.

Cette disposition ouvre une perspective plus ambitieuse.

À terme, AFC pourrait ne plus seulement être un fournisseur de capital et d’expertise en infrastructures, mais également développer des solutions internes de transfert et d’atténuation du risque.

Pour un continent confronté à un déficit structurel de financement des infrastructures, cette sophistication financière compte presque autant que les montants mobilisés.

La qualité de crédit comme socle de la stratégie

AFC peut aussi engager cette transformation parce que son propre profil financier s’est renforcé.

En août 2026, Moody’s a confirmé sa notation A3 avec perspective stable. Quelques mois plus tôt, S&P Global lui avait attribué les notes A à long terme et A-1 à court terme, avec perspective positive, soit le niveau le plus élevé obtenu jusqu’ici par AFC auprès d’une grande agence mondiale.

Cette qualité de crédit constitue un actif stratégique pour la nouvelle filiale. AFC indique d’ailleurs que la captive cherchera progressivement à construire son propre profil investment grade.

Le mouvement intervient alors qu’AFC change elle-même d’échelle : l’institution compte désormais 48 pays membres, a investi plus de 19 milliards de dollars dans 36 pays africains et multiplie les instruments destinés à attirer davantage de capitaux vers les infrastructures.

Wola Asase face à une nouvelle frontière du financement africain

C’est ce qui rend cette nomination intéressante.

La mission confiée à Wola Asase ne consiste pas simplement à administrer une compagnie d’assurance nouvellement créée. Elle consiste à démontrer qu’une institution africaine de financement peut utiliser l’ingénierie assurantielle comme levier de puissance financière.

Le défi sera double : bien sélectionner les risques conservés et faire en sorte que l’économie de capital obtenue se traduise effectivement par davantage de capacité de financement.

Si AFC Captive réussit cette équation, sa valeur ne se mesurera pas seulement aux primes encaissées.

Elle se mesurera en centrales électriques, corridors logistiques, infrastructures numériques, projets industriels et financements supplémentaires rendus possibles par une meilleure allocation du risque.

Avec Wola Asase à sa tête, AFC fait donc un pari sophistiqué : pour financer davantage l’Afrique, il ne suffit plus de mobiliser davantage de capital. Il faut également apprendre à faire travailler chaque dollar de capital plus intelligemment.

Patrick Tchounjo

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