Babacar Seck, l’homme qui veut financer la prochaine génération de géants africains

Dans le capital-risque africain, beaucoup cherchent la prochaine levée de fonds. Babacar Seck regarde plus loin : les entreprises capables de tenir dix ans, de traverser les cycles, de créer des marchés et de devenir des infrastructures économiques. Avec Askya Investment Partners, il défend une thèse simple et exigeante : l’Afrique doit financer ses propres champions avant que d’autres ne les définissent à sa place.
Fondateur et Managing Partner d’Askya Investment Partners, société d’investissement lancée en 2024, il s’inscrit parmi les profils qui veulent repositionner le capital-risque africain sur une ambition plus profonde : financer des entreprises capables de résoudre les problèmes structurels du continent, de créer de la valeur à grande échelle et de bâtir des modèles technologiques durables depuis l’Afrique.
Une formation internationale entre finance, stratégie et culture asiatique
Le parcours académique de Babacar Seck révèle très tôt une double orientation : comprendre les grandes dynamiques économiques mondiales et maîtriser les outils financiers capables de les transformer en opportunités d’investissement. Diplômé de Sciences Po, où il suit un Bachelor en sciences sociales et études asiatiques, puis un Master en finance et stratégie, il construit une base intellectuelle solide, à la fois analytique, géopolitique et financière.
Son intérêt pour l’Asie, notamment la Chine, constitue une autre dimension importante de son profil. Il se forme à la langue, à l’histoire, à l’économie et à la culture chinoises à Tsinghua University et à Renmin University. Cette exposition à l’un des plus puissants laboratoires de transformation économique du monde lui donne une lecture élargie du développement, de l’industrialisation, de la technologie et du rôle stratégique de l’État.
À cela s’ajoutent une Executive Education en Venture Capital à Stanford University et une formation d’administrateur de sociétés auprès de l’Institute of Directors. L’ensemble compose un profil rare : un investisseur formé à la finance, au capital-risque, à la gouvernance et aux grands équilibres internationaux.
De l’AXA à Proparco, un parcours construit dans les grandes architectures financières
Avant Askya, Babacar Seck évolue dans des environnements où la finance se pense à l’échelle mondiale. Chez AXA, il intervient auprès de la présidence et de la direction générale sur des sujets de transformation digitale, de partenariats et d’expansion dans les marchés émergents. Cette expérience l’expose aux logiques de grands groupes : arbitrages stratégiques, innovation, investissements d’envergure et adaptation aux nouveaux marchés.
Il joue ensuite un rôle clé dans l’écosystème du capital-risque africain, notamment comme membre fondateur du programme panafricain de venture capital de Proparco, doté de 300 millions de dollars. À ce niveau, son travail ne consiste pas seulement à investir dans des startups. Il contribue à structurer une approche institutionnelle du financement de l’innovation africaine, en soutenant des entreprises à fort potentiel et en accompagnant des gestionnaires de fonds capables de professionnaliser le marché.
Son historique d’investisseur inclut des noms devenus emblématiques dans la tech africaine, parmi lesquels Jumia, Moniepoint, Maad, GOMYCODE, Money Fellows ou encore Complete Farmer. Il revendique une expérience d’investisseur et d’opérateur auprès de 17 startups, avec plus de 120 millions de dollars de profits générés pour les investisseurs, dont une introduction en Bourse à New York avec Jumia.
Digital Africa, une étape centrale dans son engagement pour l’écosystème
Comme CEO de Digital Africa, Babacar Seck s’impose également comme un acteur de structuration de l’écosystème startup africain. Cette fonction le place au contact des entrepreneurs, des bailleurs, des institutions publiques, des fonds et des partenaires techniques qui cherchent à accélérer l’innovation sur le continent.
Digital Africa représente dans son parcours un point de bascule : l’investissement n’est plus seulement une affaire de rendement, mais un instrument de construction d’écosystème. Il s’agit de créer les conditions permettant aux entrepreneurs africains d’accéder au capital, aux réseaux, aux compétences et aux marchés.
Askya Investment Partners, une thèse africaine du capital patient
Avec Askya Investment Partners, Babacar Seck veut aller plus loin. La firme se positionne sur une nouvelle génération de champions technologiques et d’intelligence artificielle issus d’Afrique. Sa thèse repose sur une idée forte : les grandes entreprises de demain naîtront là où les problèmes sont les plus profonds, à condition que les entrepreneurs disposent du bon capital, du bon réseau et de partenaires capables de croire tôt à leur ambition.
Askya ne se limite donc pas à une logique financière classique. Le fonds revendique une approche fondée sur la conviction, l’accompagnement stratégique et la construction de long terme. L’objectif n’est pas seulement de préparer des sorties rapides, mais de faire émerger des entreprises africaines robustes, utiles, scalables et capables de s’imposer dans la durée.
Cette vision prend une importance particulière à l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les rapports de puissance. Son implication auprès du Smart Africa AI Council, notamment sur les investissements et les cas d’usage, ainsi que son rôle de Strategic Advisor en innovation IA auprès de Masakhane African Languages Hub, confirment cet axe : l’Afrique doit investir dans ses propres capacités technologiques, linguistiques, productives et numériques.
Un profil au service d’une souveraineté technologique africaine
Ce qui distingue Babacar Seck, c’est la cohérence de son parcours. De Sciences Po à Stanford, de la Chine à l’Afrique, d’AXA à Proparco, de Digital Africa à Askya, il a construit une lecture transversale du capital. Pour lui, investir ne consiste pas simplement à placer de l’argent dans des entreprises prometteuses. C’est identifier les futurs nœuds de souveraineté, là où se décideront demain l’accès aux services financiers, à l’éducation, au commerce, aux données, aux langues africaines et à l’intelligence artificielle.
Dans un marché africain du venture capital encore jeune, souvent dépendant des capitaux étrangers et soumis aux cycles mondiaux de liquidité, sa démarche porte un message stratégique : l’Afrique doit produire des investisseurs capables de comprendre ses réalités, de soutenir ses entrepreneurs sur la durée et de construire des champions alignés avec ses besoins.
Babacar Seck incarne ainsi une nouvelle génération de financiers africains : moins fascinés par la seule valorisation que par la construction, moins obsédés par l’effet d’annonce que par la profondeur du marché, moins tournés vers l’importation de modèles que vers l’invention d’une trajectoire africaine du capital-risque.
Dans les années à venir, la vraie question ne sera pas seulement de savoir combien de startups africaines auront levé des fonds. Elle sera de savoir combien auront construit des infrastructures, des emplois, des données, des solutions et des chaînes de valeur réellement utiles au continent. C’est précisément sur ce terrain que Babacar Seck veut inscrire Askya Investment Partners.
Patrick Tchounjo



