Actualités

Bénin : 320 millions de dollars pour faire de l’énergie et du capital humain les moteurs de la transformation économique

Le Bénin ne choisit pas entre le béton et l’humain. En signant deux accords de financement totalisant 320 millions de dollars avec le Groupe de la Banque mondiale, le pays associe une future infrastructure hydroélectrique stratégique à un programme de nutrition et de santé destiné aux premières années de la vie. Une architecture qui traite simultanément deux freins à la transformation économique : l’insuffisance des capacités productives et la fragilité du capital humain.

Le 17 juillet 2026, à Cotonou, le gouvernement béninois et le Groupe de la Banque mondiale ont signé deux accords représentant 320 millions de dollars, soit environ 178 milliards de FCFA. Ces financements avaient été approuvés le 16 juin par l’Association internationale de développement, le guichet concessionnel de la Banque mondiale.

La répartition révèle la logique de l’opération. Une première enveloppe de 150 millions de dollars finance la phase initiale du programme du barrage multifonction de Dogo-Bis. Les 170 millions restants soutiennent ALAFIA I, première phase du programme « Nourrir le Bénin pour l’avenir », consacré à la nutrition, à la santé et au développement de la petite enfance.

Le financement de 150 millions de dollars ne couvre pas à lui seul la construction complète du barrage. Il correspond à la première phase d’un programme global estimé à 580 millions de dollars, destinée à préparer le premier grand barrage hydroélectrique multifonction du Bénin sur le fleuve Ouémé. La future installation doit disposer d’une capacité de 128 MW.

Son intérêt économique dépasse toutefois la production d’électricité. Le programme prévoit l’irrigation de 17 500 hectares, une réduction de 40 % du risque d’inondation et la restauration de 14 000 hectares de forêt. La première phase doit aussi améliorer les infrastructures de transport pour 168 000 personnes, les services sociaux pour 128 000 bénéficiaires et donner à 20 000 personnes un nouvel accès à l’électricité.

Dogo-Bis concentre ainsi plusieurs fonctions rarement réunies dans un seul actif : énergie renouvelable, maîtrise de l’eau, résilience climatique et développement agricole. Pour la vallée de l’Ouémé, le projet peut créer les conditions physiques nécessaires à l’émergence d’activités agro-industrielles plus régulières, moins dépendantes des précipitations et mieux connectées aux marchés.

L’enjeu d’exécution restera néanmoins considérable. Les effets attendus dépendront du respect du calendrier, de la maîtrise des coûts, de la qualité des dispositifs environnementaux et sociaux ainsi que de la capacité à articuler le barrage avec les réseaux électriques, les systèmes d’irrigation et les investissements privés.

Le second accord mobilise 170 millions de dollars, dont 150 millions apportés par l’IDA et 20 millions par le Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents. Le programme cible en priorité les femmes, les nouveau-nés, les enfants de moins de cinq ans, les adolescents et les jeunes.

ALAFIA I intervient sur les services intégrés de nutrition, de santé et de développement de l’enfant, avec une attention particulière portée aux 2 000 premiers jours de vie. Cette période est déterminante pour le développement physique, cognitif et futur des enfants. Le Bénin devient par ailleurs le 37ᵉ pays partenaire du mécanisme mondial GFF.

L’investissement dans le capital humain produit moins d’images spectaculaires qu’un barrage, mais son rendement économique peut être profond. Une population mieux nourrie, mieux soignée et disposant de meilleures capacités d’apprentissage constitue une base plus solide pour la productivité, l’emploi et l’industrialisation.

Cette dimension est d’autant plus importante que la croissance béninoise a atteint 7,5 % en 2024, tandis que les perspectives de la Banque mondiale tablaient sur une moyenne de 7,1 % entre 2025 et 2027. Le défi n’est donc plus seulement d’accélérer l’activité, mais de rendre cette croissance plus inclusive et de convertir sa vigueur macroéconomique en amélioration durable des condit

Ces deux programmes s’inscrivent dans le nouveau Cadre de partenariat entre le Bénin et le Groupe de la Banque mondiale pour la période 2027-2036. Celui-ci repose sur trois priorités : renforcer une main-d’œuvre qualifiée et en bonne santé, élargir l’accès aux infrastructures essentielles et soutenir une transformation économique davantage portée par le secteur privé. Le pays devrait bénéficier d’une allocation IDA de 1,077 milliard de dollars sur la prochaine décennie, complétée par les interventions d’IFC et de MIGA.

La portée des 320 millions de dollars réside précisément dans cette complémentarité. Une centrale électrique sans travailleurs qualifiés limite son impact. Une politique nutritionnelle sans infrastructures productives réduit les débouchés économiques de la population qu’elle protège. Le Bénin tente ici de rapprocher les deux dimensions.

La double opération place le Bénin devant un test classique de la finance du développement : transformer des financements concessionnels en capacités économiques durables.

Dogo-Bis devra prouver qu’un grand projet énergétique peut simultanément soutenir l’agriculture, gérer les risques climatiques et attirer l’investissement privé. ALAFIA I devra démontrer que la nutrition et la petite enfance peuvent être pilotées comme des investissements productifs, et non comme de simples dépenses sociales.

Le montant est important. Mais la véritable mesure du succès ne sera ni la signature des accords ni le volume décaissé. Elle résidera dans les mégawatts effectivement produits, les hectares réellement irrigués, les communautés protégées des inondations et les enfants qui entreront dans la vie avec de meilleures perspectives.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page