BMS, BDM, BNDA : le trio qui contrôle 53 % d’un marché bancaire malien à 9 076 milliards FCFA selon le bilan 2025
Le système bancaire malien a rarement affiché un contraste aussi marqué. En 2025, son résultat net cumulé a presque doublé pour atteindre 134,2 milliards FCFA, tandis que son bilan progressait de 15 %. Mais derrière cette accélération se dessine une réalité plus complexe : le crédit à la clientèle n’augmente que de 0,9 %, alors que les dépôts et les placements financiers progressent fortement. Dans ce marché de 9 076,2 milliards FCFA, trois banques dominent nettement : BMS, BDM et BNDA concentrent à elles seules près de 53 % des actifs.
Les données publiées en août 2026 par la Commission Bancaire de l’UMOA donnent une photographie particulièrement instructive du secteur bancaire malien. Le pays comptait à fin 2025 14 banques et trois établissements financiers à caractère bancaire.
La première information est celle de la taille. Avec 9 076,2 milliards FCFA de total de bilan, contre 7 891,3 milliards un an auparavant, le système bancaire malien a progressé de 15 %.
Mais cette croissance est fortement concentrée.
BMS, BDM, BNDA : un trio à 4 808 milliards FCFA
La Banque Malienne de Solidarité (BMS) domine le classement avec 2 036,9 milliards FCFA d’actifs. Elle devance la Banque de Développement du Mali (BDM), à 1 724,4 milliards, puis la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA), à 1 047 milliards FCFA.
Ensemble, ces trois établissements pèsent environ 4 808 milliards FCFA, soit près de 53 % du total de bilan du secteur.
La domination de la BMS dépasse d’ailleurs les frontières maliennes : avec plus de 2 000 milliards FCFA de bilan, elle occupait en 2025 le 7e rang des banques de l’UEMOA, contre la 11e place pour BDM et la 23e pour BNDA.
Le Top 10 des banques maliennes selon le bilan 2025
| Rang | Banque | Total de bilan 2025 |
|---|---|---|
| 1 | BMS | 2 036,9 Mds FCFA |
| 2 | BDM | 1 724,4 Mds FCFA |
| 3 | BNDA | 1 047,0 Mds FCFA |
| 4 | Ecobank Mali | 697,7 Mds FCFA |
| 5 | BOA-Mali | 594,8 Mds FCFA |
| 6 | AFG Bank Mali | 502,6 Mds FCFA |
| 7 | BIM | 417,8 Mds FCFA |
| 8 | Coris Bank International Mali | 408,6 Mds FCFA |
| 9 | BCI-Mali | 401,6 Mds FCFA |
| 10 | Banque Atlantique Mali | 345,4 Mds FCFA |
+96 % de bénéfices : la rentabilité change de dimension
L’autre chiffre majeur de 2025 est celui des profits. Le résultat net cumulé des établissements de crédit maliens atteint 134,2 milliards FCFA, contre 68,4 milliards en 2024 : +96,1 % en un an.
Cette progression est d’autant plus significative qu’à l’échelle de l’UMOA, le résultat net des établissements de crédit a augmenté de 25,5 % en 2025. La dynamique malienne apparaît donc nettement supérieure à la tendance régionale.
Une partie de cette amélioration provient du coût du risque. Les dotations pour dépréciations et pertes sur créances irrécouvrables ont reculé d’environ 40 %, de 224,5 à 135,4 milliards FCFA. Le résultat d’exploitation a parallèlement plus que doublé pour atteindre 135,3 milliards FCFA.
Il faut néanmoins éviter une lecture trop rapide : un quasi-doublement des bénéfices ne signifie pas que le financement bancaire de l’économie a progressé au même rythme.
Les dépôts décollent, mais le crédit avance à peine
C’est probablement le principal enseignement économique de ces comptes.
Les dépôts et emprunts ont augmenté de 20,9 %, à 5 748,9 milliards FCFA. Les seuls dépôts à vue progressent de 26,1 %.
Dans le même temps, les opérations avec la clientèle n’augmentent que de 0,9 %, à 3 874,9 milliards FCFA. Le contraste avec l’ensemble de l’UMOA est notable : à l’échelle régionale, les crédits à la clientèle ont progressé de 5,5 % en 2025.
L’allocation des ressources mérite donc attention. Les titres de placement atteignent 2 805,1 milliards FCFA, en progression de 16,1 %, tandis que les titres d’investissement augmentent de 23,5 %.
Autrement dit, les banques maliennes collectent beaucoup plus de ressources, mais cette liquidité supplémentaire ne se transforme pas proportionnellement en nouveaux crédits à l’économie.
Un secteur plus rentable, mais un défi de transformation financière
La baisse des créances douteuses constitue néanmoins un signal favorable. Les créances douteuses et litigieuses reculent à 187,97 milliards FCFA, tandis que les créances en souffrance brutes diminuent de 10,8 %, à 510,4 milliards.
Le paradoxe bancaire malien tient donc en quelques chiffres : +15 % d’actifs, +20,9 % de ressources, +96,1 % de bénéfices, mais seulement +0,9 % sur les opérations avec la clientèle.
La question stratégique pour 2026 n’est dès lors plus uniquement celle de la rentabilité des banques. Elle concerne leur capacité à convertir l’augmentation de leurs ressources et l’amélioration de leur risque en davantage de financements productifs.
Dans une UMOA où le secteur bancaire dans son ensemble a atteint 82 298,8 milliards FCFA d’actifs en 2025, le Mali dispose désormais d’un système bancaire de taille significative.
Le prochain changement d’échelle ne se mesurera donc pas seulement au bilan de BMS, BDM ou BNDA, ni au niveau des bénéfices. Il se mesurera à la quantité de capital bancaire effectivement transformée en crédit pour les entreprises, l’investissement et l’économie réelle.
Patrick Tchounjo
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