Cameroun : UBC et NFC Bank, deux sauvetages bancaires à convertir en performance

Au Cameroun, le sauvetage bancaire ne suffit plus. Après avoir mobilisé des ressources publiques pour empêcher l’effondrement de Union Bank of Cameroon et de National Financial Credit Bank, l’État engage désormais une phase plus exigeante : celle de la performance mesurable. Le 11 juin 2026 à Yaoundé, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a présidé la signature de nouveaux contrats d’objectifs et de performance entre l’État, UBC et NFC Bank. Derrière ce formalisme institutionnel se joue une transition stratégique : faire passer deux banques redressées d’une logique de survie à une logique de rentabilité, avant l’entrée programmée d’investisseurs privés dans leur capital.
Ces contrats marquent une étape importante dans la politique de restructuration bancaire conduite par l’État. Ils reposent sur plusieurs priorités : renforcement de la solidité financière, amélioration de la gouvernance, maîtrise des risques, inclusion financière et financement de l’économie réelle. Le gouvernement attend désormais de ces deux établissements qu’ils augmentent leur contribution aux activités productives, en particulier dans l’agriculture, l’industrie, le logement, le numérique et le financement des PME, en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Des banques sauvées pour financer l’économie réelle
Le message envoyé par l’État est clair : UBC et NFC Bank ne doivent pas seulement redevenir des banques viables. Elles doivent redevenir utiles. Le redressement ne sera pleinement justifié que si les deux établissements élargissent leur capacité à financer les entreprises, accompagner les ménages, soutenir les chaînes de valeur locales et contribuer à la création d’emplois.
C’est tout l’enjeu des contrats d’objectifs et de performance. Ils introduisent une discipline nouvelle dans la relation entre l’État actionnaire et les banques restructurées. Les engagements devront faire l’objet d’un suivi régulier, avec des indicateurs de performance et des rapports semestriels publics destinés à évaluer les progrès réalisés. Pour des établissements longtemps fragilisés, cette obligation de transparence représente un changement de culture. Elle vise à rassurer les déposants, les clients, le régulateur, mais aussi les futurs investisseurs.
NFC Bank, du risque de liquidation au retour à la gouvernance normale
Le cas de NFC Bank illustre l’ampleur de l’intervention publique. Placée sous administration provisoire par la Commission bancaire de l’Afrique centrale en 2012 afin d’éviter sa liquidation, la banque a bénéficié d’un programme de restructuration lourd. L’État a notamment procédé au rachat de créances douteuses pour 2,753 milliards FCFA, à la couverture d’insuffisances d’actifs à hauteur de 12,007 milliards FCFA et à une recapitalisation de 9,992 milliards FCFA.
À l’issue de ce processus, l’État camerounais contrôle 99,93 % du capital de NFC Bank, pour une participation évaluée à 9,9927 milliards FCFA. Les anciens actionnaires ne détiennent plus que 0,07 %, après un apport de 7,3 millions FCFA lors de la recapitalisation. Ce basculement de l’actionnariat traduit une réalité : sans l’intervention publique, la banque aurait difficilement échappé à une sortie désordonnée du marché.
Les indicateurs financiers montrent toutefois une amélioration progressive. Les dépôts ont progressé pour atteindre 137 milliards FCFA en 2024. Les crédits bruts s’établissent à 99 milliards FCFA, tandis que le total du bilan atteint 192 milliards FCFA. Les fonds propres nets ressortent à 15,8 milliards FCFA. Surtout, NFC Bank affiche des résultats bénéficiaires depuis 2017, avec un profit cumulé de 13 milliards FCFA sur huit exercices consécutifs. Ces chiffres ne soldent pas tous les défis, mais ils montrent que le sauvetage a permis de stabiliser l’institution et de restaurer une partie de sa crédibilité.
UBC, une remontée financière désormais sous surveillance
La trajectoire de Union Bank of Cameroon suit une logique comparable, même si son histoire récente diffère. L’État est devenu actionnaire majoritaire en 2021, après la reprise des 54 % du capital détenus jusque-là par Ecobank. Cette opération s’est accompagnée d’une recapitalisation de 17,8 milliards FCFA, destinée à renforcer les fonds propres et à éviter des sanctions plus lourdes du régulateur bancaire régional.
Les résultats de l’exercice 2025, présentés lors de l’assemblée générale de mai 2026, témoignent d’une amélioration sensible. Le bénéfice net a atteint 5 milliards FCFA, contre 3,2 milliards FCFA un an plus tôt. Les dépôts de la clientèle sont passés de 131 à 146 milliards FCFA. Les crédits ont progressé de 24 à 48,7 milliards FCFA. Le coefficient d’exploitation s’est amélioré, passant de 58 % à 55 %. Les actionnaires ont également validé la distribution de 2 milliards FCFA de dividendes ainsi qu’une augmentation du capital social à 25 milliards FCFA.
Ces performances renforcent l’idée qu’UBC revient progressivement dans la compétition bancaire. Mais la signature du contrat de performance rappelle que le redressement financier ne suffit pas. La banque devra prouver sa capacité à soutenir l’économie réelle, à consolider ses risques, à accroître ses concours productifs et à installer une gouvernance compatible avec les attentes d’un futur actionnariat privé.
Une étape avant le retour des investisseurs privés
La phase qui s’ouvre est donc transitoire. Après la recapitalisation et la signature des contrats de performance, l’État prépare l’ouverture progressive du capital de UBC et de NFC Bank à des investisseurs privés. Cette orientation avait déjà été indiquée en 2024 par Moh Sylvester Tangongho, directeur général du Trésor. L’État n’a pas vocation à rester actionnaire majoritaire de ces banques à long terme. Son rôle consiste à stabiliser, assainir, remettre sur la voie de la rentabilité, puis céder une partie des actions à des investisseurs de référence.
Le précédent de Commercial Bank-Cameroun sert de modèle. Dans ce dossier, l’État, qui contrôle 98 % du capital, prévoit de céder 51 % à un investisseur stratégique. Une autre tranche de 30 % devrait être introduite à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, basée à Douala. À l’issue de l’opération, l’État conserverait une participation minoritaire de 17 %, tandis que 2 % resteraient détenus par Allianz Cameroun.
Si le calendrier précis n’est pas encore connu pour UBC et NFC Bank, le signal est désormais lisible. Les contrats de performance constituent le sas entre le sauvetage public et la privatisation partielle. Ils doivent démontrer que ces banques peuvent fonctionner selon des standards suffisamment solides pour attirer des investisseurs capables d’apporter capital, expertise, gouvernance et discipline commerciale.
Un test pour la doctrine bancaire de l’État camerounais
L’enjeu dépasse les deux établissements concernés. Il touche à la doctrine de l’État camerounais dans le secteur bancaire. Sauver une banque peut être nécessaire pour préserver les dépôts, les emplois et la stabilité financière. Mais rester durablement actionnaire majoritaire expose l’État à un risque de gestion, de politisation du crédit et d’immobilisation de ressources publiques. Le véritable succès d’un sauvetage bancaire ne se mesure donc pas seulement à la recapitalisation. Il se mesure à la capacité de remettre l’établissement sur le marché dans de bonnes conditions.
Pour UBC et NFC Bank, la prochaine étape sera déterminante. Si les contrats de performance produisent les résultats attendus, les deux banques pourraient devenir des actifs plus crédibles pour des investisseurs privés. Si les engagements restent formels, l’État pourrait prolonger indéfiniment une présence qu’il affirme pourtant vouloir réduire.
À ce stade, le Cameroun joue une partition délicate : protéger la stabilité du système financier sans enfermer les banques sauvées dans une dépendance publique permanente. La signature du 11 juin ouvre donc un nouveau chapitre. Celui où UBC et NFC Bank devront prouver que l’argent public mobilisé pour les sauver peut désormais se transformer en performance bancaire, en financement productif et en valeur récupérable pour l’État.
Patrick Tchounjo



