Femi Otedola vise 51 % de First HoldCo : la bataille du contrôle est ouverte

Femi Otedola ne veut plus seulement peser sur First HoldCo. Il veut en détenir les clés. Avec 25,87 % du capital, le milliardaire nigérian est déjà le premier actionnaire de la maison mère de First Bank of Nigeria. Son objectif est désormais explicite : franchir le seuil de 51 % et imposer un contrôle suffisamment solide pour conduire, sans compromis permanent, la prochaine transformation du groupe.
Cette ambition intervient à un moment décisif. First Bank sort de plusieurs années de tensions actionnariales, de fragilités de gouvernance et d’assainissement de son portefeuille. La banque affirme avoir absorbé plus de 3 000 milliards de nairas de prêts non performants au cours de la dernière décennie. La reconstruction est engagée, mais elle reste coûteuse, délicate et politiquement sensible.
Otedola avance avec une méthode déjà éprouvée. Chez Forte Oil, il avait porté sa participation de 28 % à 75 % avant de céder l’entreprise en 2019. Chez Geregu Power, il est passé de 51 % à 95 %. Dans les deux cas, sa stratégie reposait sur une conviction : les restructurations profondes nécessitent un actionnaire capable d’assumer le risque, le capital et l’autorité.
À First HoldCo, l’offensive s’accélère. Le 22 juillet, il a acquis 706 millions d’actions pour 77,6 milliards de nairas. Huit jours plus tard, un nouveau bloc de 1,779 milliard d’actions a été acheté pour 222,2 milliards. Au total, l’homme d’affaires affirme avoir engagé plus de 600 milliards de nairas de sa fortune personnelle.
Mais la route vers la majorité est étroite. Au Nigeria, le franchissement du seuil de 30 % dans une société cotée impose généralement le lancement d’une offre publique sur les actions restantes. Cette règle protège les actionnaires minoritaires et empêche une prise de contrôle silencieuse.
L’équation financière est également redoutable. First HoldCo a dépassé 6 200 milliards de nairas de capitalisation boursière. Racheter l’essentiel des titres encore en circulation pourrait coûter plus de 4 500 milliards de nairas, avant même toute prime de contrôle. Plus la confiance du marché progresse, plus la conquête devient chère.
L’enjeu dépasse pourtant la propriété d’une banque. Une majorité claire pourrait stabiliser la gouvernance, accélérer la recapitalisation et donner à First HoldCo une direction stratégique plus cohérente. Elle pourrait aussi concentrer un pouvoir considérable entre les mains d’un seul investisseur.
Femi Otedola veut transformer son influence en contrôle. Sa réussite ne sera pas mesurée au seul seuil de 51 %, mais à sa capacité à faire de cette puissance actionnariale un levier de discipline, de croissance et de confiance pour la plus ancienne banque du Nigeria.
Patrick Tchounjo



