GlobalCapital Bond Awards 2026 : la Côte d’Ivoire et Lanciné Diaby consacrés au sommet de la finance africaine

Dans la finance souveraine africaine, la crédibilité ne se proclame pas. Elle se construit transaction après transaction, dans la rigueur des chiffres, la qualité du dialogue avec les investisseurs et la capacité d’un État à choisir le bon instrument au bon moment. En 2026, la Côte d’Ivoire vient d’en apporter une nouvelle démonstration. Aux GlobalCapital Bond Awards, l’un des rendez-vous de référence des marchés obligataires internationaux, le pays a été distingué pour la deuxième année consécutive comme Most Impressive Issuer in Africa. Dans le même élan, Lanciné Diaby, Directeur général des Financements, a été sacré Most Impressive Funding Official in Africa.
Cette double récompense dépasse le symbole. Elle consacre une méthode ivoirienne de financement public fondée sur l’anticipation, la diversification, l’innovation et la discipline de marché. Dans un environnement international marqué par la volatilité des taux, les tensions géopolitiques et la sélectivité croissante des investisseurs envers les dettes émergentes, Abidjan réussit à maintenir un accès actif aux capitaux mondiaux tout en travaillant à améliorer le profil de sa dette.
Une reconnaissance venue du marché
La force des GlobalCapital Bond Awards tient à leur mode de désignation. Les lauréats ne sont pas choisis par un cercle fermé, mais par les acteurs du marché : banques d’investissement, émetteurs, investisseurs institutionnels et professionnels des marchés de capitaux. Pour la Côte d’Ivoire, cette reconnaissance répétée vaut donc validation par les pairs. Elle signale que la signature ivoirienne est désormais observée comme l’une des plus sophistiquées du continent africain.
À la tête de la Direction générale des Financements, structure rattachée au ministère ivoirien de l’Économie et des Finances, Lanciné Diaby s’est imposé comme l’un des principaux artisans de cette montée en gamme. Son rôle ne se limite pas à mobiliser des ressources. Il consiste à construire une architecture de financement capable de soutenir les ambitions de développement du pays, tout en maîtrisant les coûts, les risques et la perception des marchés.
Samurai bond, prêt durable et diversification
L’un des marqueurs de cette stratégie reste l’émission, en juillet 2025, d’un Samurai bond de 50 milliards de yens, soit environ 340 millions de dollars. Cette opération, réalisée sur dix ans avec un coupon de 2,3 %, a fait de la Côte d’Ivoire le premier État d’Afrique subsaharienne à réussir une telle émission sur le marché obligataire japonais. Elle a surtout montré la capacité du pays à élargir sa base d’investisseurs au-delà des circuits classiques de l’eurobond.
Dans la même logique, la Côte d’Ivoire a conclu un prêt durable de 433 millions d’euros bénéficiant d’une double garantie du Groupe Banque mondiale, à travers la BIRD et la MIGA. Ce montage inédit a permis d’obtenir des conditions financières très favorables, avec un coût inférieur d’environ 400 points de base à la courbe des euro-obligations ivoiriennes. Pour un pays engagé dans un cycle d’investissements massifs, ce type d’ingénierie n’est pas un détail technique : c’est un levier de soutenabilité.
Le timing comme avantage stratégique
La performance ivoirienne tient aussi à une capacité d’exécution rapide. Plusieurs opérations récentes ont été menées avant des épisodes de volatilité internationale, notamment liés aux tensions au Moyen-Orient ou au durcissement de la politique monétaire japonaise. Ce sens du calendrier est devenu l’une des marques de fabrique de la DGF. Il repose sur une surveillance continue des marchés, un dialogue régulier avec les partenaires financiers et des travaux préparatoires menés en amont.
Dans la dette souveraine, le bon timing ne relève jamais seulement de la chance. Il dépend de la capacité d’une administration à être prête avant que la fenêtre de marché ne s’ouvre. C’est précisément sur ce terrain que Lanciné Diaby a imprimé sa marque : transformer une direction administrative en plateforme de pilotage financier, capable de parler le langage des investisseurs internationaux.
Cap sur l’Investment Grade
Le prochain objectif est clairement identifié : rapprocher la Côte d’Ivoire du statut d’Investment Grade, considéré comme le seuil de référence pour les émetteurs souverains les plus crédibles. Avec une notation BB/Ba2 auprès de Fitch Ratings, Moody’s et S&P Global Ratings, le pays se positionne déjà parmi les signatures les mieux notées d’Afrique subsaharienne.
Pour appuyer cette trajectoire, la DGF multiplie les opérations de gestion active du passif. Le remboursement anticipé d’un reliquat de 153 millions de dollars de l’Eurobond 2032 illustre cette volonté d’améliorer la lisibilité de la courbe de rendement souveraine et de renforcer la confiance des investisseurs. Ce type de mouvement montre qu’Abidjan ne subit pas sa dette : il cherche à la gérer avec méthode.
Financer le PND 2026-2030
La reconnaissance obtenue par la Côte d’Ivoire intervient alors que le pays prépare la mise en œuvre du Plan national de développement 2026-2030, dont l’enveloppe globale dépasse 114 000 milliards FCFA. L’enjeu est considérable : financer les infrastructures, soutenir la transformation industrielle, accompagner le secteur privé et consolider le positionnement de la Côte d’Ivoire comme moteur économique régional.
Dans cette perspective, la DGF veut accorder une place croissante aux solutions en monnaie locale, notamment à travers le développement du marché obligataire offshore en franc CFA. L’objectif est double : réduire l’exposition aux risques de change et renforcer la profondeur des instruments disponibles pour les investisseurs. Cette orientation rejoint également le chantier régional du Joint Capital Market Program, dont Lanciné Diaby préside le comité de pilotage. L’initiative, portée par l’UEMOA et le Groupe Banque mondiale, vise à accroître la liquidité des marchés financiers de l’Union et à diversifier les instruments de financement.
Une méthode plus qu’un trophée
Au fond, les prix décernés par GlobalCapital ne récompensent pas seulement des opérations réussies. Ils valident une méthode : bâtir une équipe, anticiper les risques, innover dans les instruments, diversifier les marchés et maintenir une relation de confiance avec les investisseurs. C’est ce capital institutionnel qui distingue désormais la Côte d’Ivoire sur la scène financière africaine.
Lanciné Diaby incarne cette évolution. Trois ans après son arrivée à la tête de la DGF, il apparaît comme l’un des gestionnaires de dette souveraine les plus suivis du continent. Sa réussite tient moins à une transaction spectaculaire qu’à une constance : installer la Côte d’Ivoire dans la catégorie des émetteurs africains capables d’exécuter, d’innover et de rassurer.
Dans une Afrique où l’accès aux financements internationaux devient plus sélectif, Abidjan démontre qu’une stratégie de dette bien conduite peut devenir un avantage compétitif. La Côte d’Ivoire ne cherche plus seulement à lever des fonds. Elle cherche à construire une signature.
Patrick Tchounjo



