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Nomination

El Hadji Mamadou Faye prend les commandes de MicroSen : la bataille du redressement commence

Par patrick tchounjo7 min de lecture
El Hadji Mamadou Faye prend les commandes de MicroSen : la bataille du redressement commence

La nomination est récente dans le débat public, mais la décision de gouvernance est antérieure : le Conseil d’administration de MicroSen a choisi El Hadji Mamadou Faye le 23 juillet 2026, avec une prise de fonction effective dès le lendemain. Ce décalage importe moins que la nature du mandat qui lui est confié. À MicroSen, le nouveau Directeur général n’arrive pas pour administrer une croissance déjà installée. Il est appelé à restructurer, redresser et remettre l’institution sur une trajectoire durable.

Le choix du profil est donc révélateur.

Pour conduire cette nouvelle séquence, MicroSen s’est tourné vers un financier qui a déjà connu ce type de situation. El Hadji Mamadou Faye, plus de vingt ans d’expérience dans les services financiers africains, arrive avec une référence directement comparable : entre 2022 et 2025, il a dirigé COFINA Gabon après trois exercices déficitaires consécutifs et accompagné son retour à la rentabilité.

Pour MicroSen, l’enjeu n’est ainsi pas seulement de changer de dirigeant. Il s’agit de savoir si une expérience de retournement réussie peut être reproduite dans un autre environnement, avec d’autres contraintes et sous une nouvelle architecture actionnariale et de gouvernance.

Le choix d’un dirigeant qui a déjà connu le redressement

Dans une nomination classique, le parcours du nouveau patron permet souvent d’anticiper la stratégie future. Dans le cas de MicroSen, le message est plus explicite encore.

El Hadji Mamadou Faye a dirigé COFINA Gabon entre 2022 et 2025. Les données communiquées sur cette période donnent de la substance au récit.

En 2024, le Produit net bancaire de l’institution atteignait 3,83 milliards FCFA, en progression de 16 %. Le résultat net progressait de 68 % à 824,8 millions FCFA. Parallèlement, le portefeuille clientèle est passé de 13 703 clients en 2022 à 18 962 en 2025, soit une hausse de 38 %.

Ces chiffres ne signifient pas que la recette sera automatiquement transposable au Sénégal. Mais ils expliquent pourquoi MicroSen a retenu ce profil.

Le redressement d’une institution financière impose généralement plusieurs chantiers simultanés : restaurer la qualité du portefeuille, maîtriser les charges, reconstruire les mécanismes de contrôle, sécuriser la liquidité, renforcer la collecte ou le refinancement et, surtout, recréer suffisamment de confiance pour relancer l’activité commerciale.

C’est précisément sur ces terrains que le parcours de Faye paraît le plus pertinent.

De la trésorerie au corporate banking : un profil construit pour les situations complexes

Avant COFINA Gabon, le nouveau patron de MicroSen a évolué dans des groupes comme Ecobank et United Bank for Africa (UBA).

Il y a exercé des fonctions couvrant la trésorerie, le Corporate Banking, l’Asset and Liability Management, ainsi que des responsabilités exécutives, dont celle de Directeur général par intérim.

Cette diversité compte.

Le dirigeant ne vient pas uniquement du crédit ou du développement commercial. Son expérience couvre également les métiers qui deviennent critiques lorsqu’une institution traverse une phase de restructuration : liquidité, gestion actif-passif, refinancement, maîtrise des risques, gouvernance et mobilisation de ressources.

Son parcours l’a par ailleurs conduit au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon et au Burundi, soit trois grands environnements monétaires africains : UEMOA, CEMAC et EAC.

Pour MicroSen, cette expérience multi-marchés peut constituer un avantage. La microfinance sénégalaise se transforme rapidement sous l’effet de la digitalisation, de la concurrence, des nouvelles exigences prudentielles et d’une pression croissante sur la qualité du service comme sur le coût du crédit.

Le défi consiste donc moins à importer une méthode toute faite qu’à savoir quels leviers activer en fonction du contexte local.

Champy Holding Finances entre dans l’équation du redressement

La nomination doit également être lue dans son environnement de gouvernance.

El Hadji Mamadou Faye conduira sa mission avec l’appui de Champy Holding Finances, filiale du Groupe Champy International fondé par Jonace Kiswend-Sida Yameogo, et sous l’autorité du Conseil d’administration de MicroSen, présidé par K. Abdoulaye Compaoré.

Cette configuration est importante.

Un redressement bancaire ou de microfinance n’est jamais l’affaire du seul Directeur général. Il suppose une cohérence entre le management, le Conseil d’administration et les actionnaires. Une direction peut améliorer les processus, renforcer le recouvrement ou réorganiser les équipes ; elle ne peut pas, seule, résoudre toutes les questions de capital, de refinancement ou d’orientation stratégique.

C’est donc dans l’alignement entre Faye, le Conseil et Champy Holding Finances que se jouera une part importante du succès.

Le véritable test sera de transformer cet alignement affiché en décisions rapides : priorités claires, objectifs financiers mesurables, discipline d’exécution et capacité à arbitrer entre croissance et assainissement.

MicroSen devra d’abord rendre son redressement mesurable

C’est ici que l’analyse doit conserver une certaine prudence.

Les informations disponibles détaillent précisément le parcours d’El Hadji Mamadou Faye et son bilan à COFINA Gabon. Elles donnent en revanche peu d’éléments chiffrés sur la situation financière actuelle de MicroSen.

On ne connaît pas, à partir des éléments fournis, la taille exacte de son bilan, ses encours de crédit, son niveau de créances en souffrance, son coût du risque, sa rentabilité actuelle, ses fonds propres ou ses besoins de refinancement.

Or ces indicateurs seront déterminants pour mesurer l’ampleur réelle du chantier.

La première réussite du nouveau management pourrait donc être de construire une véritable culture de la mesure.

Un redressement crédible devra pouvoir être suivi à travers quelques indicateurs simples : qualité du portefeuille, évolution du coût du risque, retour à la rentabilité, progression de la clientèle active, productivité du réseau, mobilisation de nouvelles ressources et efficacité opérationnelle.

Sans cette discipline, le mot « restructuration » restera une intention. Avec elle, il peut devenir une trajectoire.

Le piège : vouloir croître avant d’avoir assaini

L’une des principales difficultés pour El Hadji Mamadou Faye sera probablement de gérer le calendrier.

Une institution de microfinance doit naturellement développer son portefeuille et toucher davantage de clients. Mais dans une phase de redressement, accélérer trop rapidement peut aggraver les fragilités existantes.

Le nouveau DG devra donc arbitrer.

Faut-il privilégier d’abord l’assainissement du portefeuille ? Réduire certains coûts ? Revoir les procédures de crédit ? Renforcer le contrôle interne ? Mobiliser de nouvelles lignes de refinancement ? Digitaliser davantage les opérations ?

Probablement un peu de tout cela, mais pas nécessairement au même rythme.

L’expérience de COFINA Gabon constitue ici son principal capital professionnel : il sait qu’un retour à la croissance n’a de valeur que si cette croissance devient rentable et maîtrisée.

De la nomination à l’obligation de résultat

MicroSen ouvre ainsi une séquence plus importante que ne le suggère une simple annonce de gouvernance.

En choisissant El Hadji Mamadou Faye, l’institution ne recrute pas seulement un dirigeant expérimenté. Elle sélectionne un profil dont la crédibilité repose précisément sur sa capacité passée à reprendre une organisation déficitaire et à la remettre sur une trajectoire de croissance rentable.

Cette comparaison crée naturellement des attentes élevées.

Son Global Executive MBA de l’IAE Paris-Sorbonne Business School, son Master en Administration des Entreprises de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et son DESS Finance de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar complètent un parcours particulièrement structuré. Mais la prochaine étape ne se jouera plus dans les diplômes ni dans les fonctions occupées.

Elle se jouera dans les comptes de MicroSen.

Le dirigeant devra démontrer qu’il peut renforcer simultanément la gouvernance, améliorer la qualité des risques, reconstruire une dynamique commerciale et préserver la vocation inclusive de l’institution.

Car redresser une institution de microfinance n’a de sens que si celle-ci redevient capable de financer durablement les entrepreneurs, les petites entreprises et les populations que le système bancaire classique sert encore insuffisamment.

C’est probablement là que se trouve la véritable portée de cette nomination.

Pour El Hadji Mamadou Faye, MicroSen représente moins une nouvelle fonction qu’un nouveau test de crédibilité : transformer une expérience de redressement réussie au Gabon en méthode de transformation durable au Sénégal.

Patrick Tchounjo

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