Finergreen cède ses activités africaines à ses dirigeants locaux

Finergreen tourne une page importante de son histoire africaine. La banque d’affaires et cabinet de conseil financier international, spécialisé dans les énergies renouvelables et la transition énergétique, fondé par Damien Ricordeau, a annoncé la cession de ses filiales africaines à leurs équipes dirigeantes locales selon un communiqué publié ce 20 mai. Une opération qui concerne ses bureaux d’Abidjan, de Nairobi et de Cape Town, et qui s’inscrit dans un recentrage stratégique vers l’Europe et l’Asie.
Derrière cette décision, il y a un double mouvement. D’un côté, Finergreen choisit de concentrer ses moyens sur les marchés où le groupe estime disposer des synergies les plus fortes, notamment à Paris, Madrid et Singapour. De l’autre, ses activités africaines entrent dans une nouvelle phase : celle d’une prise en main directe par des dirigeants locaux qui connaissent les marchés, les investisseurs, les porteurs de projets et les réalités de financement du continent.
Le bureau d’Abidjan occupe une place particulière dans cette histoire. Il avait été la première implantation internationale de Finergreen après l’ouverture du siège parisien en 2013. Ce choix disait déjà l’importance de l’Afrique de l’Ouest dans les ambitions du groupe, à un moment où les besoins en infrastructures énergétiques, en financement de projets renouvelables et en conseil spécialisé commençaient à fortement s’accélérer.
Avec Nairobi, ouvert en 2019, puis Cape Town en 2021, Finergreen avait progressivement construit une plateforme africaine couvrant plus de 30 pays, portée par une équipe de 25 professionnels. Ces bureaux se sont imposés comme des acteurs de référence du conseil financier dans la transition énergétique, un secteur où les besoins restent immenses : structuration de projets solaires, mobilisation de dette, recherche d’investisseurs, opérations de fusion-acquisition, contrats d’achat d’énergie et accompagnement des développeurs.
Désormais, les activités d’Afrique de l’Ouest et de l’Est seront opérées sous la marque Amara Infrastructure Partners, dirigée notamment par Jean-Jacques Ngono, aux côtés de Caroline Boone et Florian Cammas. En Afrique australe, les opérations seront reprises sous la bannière Honeywood, portée par António Ferreira Pinto et son équipe basée au Cap.
Cette évolution n’est pas seulement une sortie. Elle peut être lue comme une forme de transmission. Les actifs, les réseaux, les expertises et les relations développées sur le continent passent aux mains de ceux qui ont contribué à les construire localement. Dans un marché africain du conseil financier encore dominé par de grandes signatures internationales, cette opération peut renforcer l’émergence d’acteurs indépendants, enracinés dans les marchés africains et capables de dialoguer à la fois avec les développeurs locaux, les bailleurs, les fonds, les banques et les industriels.
Pour Finergreen, le message est clair : le groupe veut accélérer là où il pense avoir le plus de levier stratégique. Avec plus de 250 transactions réalisées et environ 70 professionnels, l’entreprise conserve une base internationale solide. Elle poursuivra certaines missions en Afrique via des partenariats avec les nouvelles structures, mais celles-ci fonctionneront désormais de manière indépendante, sous leurs propres marques.
Pour l’Afrique, l’enjeu est plus profond. Le continent n’a pas seulement besoin de capitaux pour financer sa transition énergétique. Il a besoin d’équipes capables de structurer les projets, de sécuriser les contrats, de rendre les opérations bancables et de connecter les développeurs aux bons investisseurs. Le départ opérationnel de Finergreen peut donc ouvrir un nouvel espace : celui d’un conseil financier plus africain, plus proche du terrain et plus adapté aux réalités locales.
La cession des bureaux d’Abidjan, Nairobi et Cape Town marque ainsi la fin d’un cycle pour Finergreen, mais peut aussi devenir le début d’une nouvelle génération de plateformes africaines spécialisées dans les infrastructures et la transition énergétique. Dans un continent où l’énergie reste l’un des grands verrous du développement, cette recomposition montre une chose : la bataille du financement vert ne se jouera pas seulement dans les grandes capitales financières mondiales. Elle se jouera aussi à Abidjan, Nairobi et Cape Town, au plus près des projets qui doivent transformer l’économie réelle.
Patrick Tchounjo



