La BOAD injecte 20 milliards FCFA dans BSIC Mali et Burkina pour financer l’économie productive

Dans l’espace UEMOA, la bataille de la croissance se joue de plus en plus dans la capacité des banques à financer les entreprises qui produisent, emploient et résistent. En approuvant deux lignes de refinancement d’un montant global de 20 milliards FCFA en faveur de BSIC Mali et BSIC Burkina Faso, la Banque Ouest Africaine de Développement ne signe pas seulement une opération bancaire. Elle renforce un mécanisme stratégique : utiliser les banques commerciales comme relais pour irriguer le secteur privé dans deux économies confrontées à de fortes contraintes sécuritaires, budgétaires et productives.
Réuni le 26 juin à Lomé, le Conseil d’administration de la BOAD a validé deux enveloppes de 10 milliards FCFA chacune au profit des filiales malienne et burkinabè de la Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce. L’objectif est clair : accroître leur capacité à financer les entreprises locales, en particulier les PME, les PMI et les micro, petites et moyennes entreprises, souvent pénalisées par un accès limité au crédit de moyen terme.
Au Mali, la ligne accordée à BSIC Mali cible prioritairement les MPME. Les ressources doivent également soutenir les investissements verts et les projets portés par des femmes entrepreneures. Ce choix n’est pas anodin. Il place le crédit bancaire au service de segments décisifs mais encore insuffisamment financés : les petites entreprises, la transition verte et l’entrepreneuriat féminin. Dans des économies où l’informel reste dominant, ces financements peuvent contribuer à structurer l’activité, renforcer la résilience des bénéficiaires et élargir la base productive.
Au Burkina Faso, les 10 milliards FCFA destinés à BSIC Burkina Faso visent les PME et PMI productives. L’enjeu porte sur l’investissement, l’activité économique et l’emploi. Dans un contexte national marqué par des tensions sécuritaires persistantes, soutenir les entreprises productives revient aussi à défendre la continuité économique. Le crédit devient ici un instrument de stabilisation, pas seulement de croissance.
Cette opération révèle une orientation importante de la BOAD. L’institution ne finance pas uniquement des infrastructures publiques ou de grands projets souverains. Elle cherche aussi à renforcer le tissu entrepreneurial à travers le système bancaire. Ce modèle de refinancement permet d’élargir la portée de son action : la BOAD apporte les ressources longues, les banques commerciales disposent de la proximité client, et les entreprises accèdent à des financements mieux adaptés à leurs besoins.
L’opération s’inscrit dans une séquence plus large. Lors de la même session, le Conseil d’administration a approuvé 11 nouvelles opérations pour un montant global provisoire de 344,577 milliards FCFA, couvrant la sécurité alimentaire, l’accès à l’énergie, les infrastructures, l’éducation et le développement du secteur privé. Elle confirme le rôle de la BOAD comme bras financier régional, mais aussi comme institution appelée à arbitrer entre urgence économique, transformation productive et finance durable.
Les dossiers institutionnels examinés lors de la réunion renforcent cette lecture. Recouvrement des créances, coopération avec la SFI et PROPARCO, concours de SMBC, bilan financier à mi-parcours 2026, rapport sur les Principes pour une Banque Responsable : la BOAD travaille à consolider à la fois sa capacité d’intervention et sa discipline institutionnelle.
Depuis sa création en 1973, les financements cumulés de la BOAD atteignent désormais 10 834,1 milliards FCFA. Ce chiffre illustre une présence historique. Mais l’enjeu actuel est plus exigeant : faire en sorte que la finance régionale atteigne plus directement les entreprises capables de créer de la valeur. Avec ces lignes à BSIC Mali et BSIC Burkina Faso, la BOAD rappelle une conviction simple : dans l’UEMOA, la résilience ne se décrète pas depuis les capitales. Elle se finance, entreprise par entreprise.
Patrick Tchounjo
