Mactar Diack, l’homme qui veut recoudre la confiance bancaire au Niger

Cartable à la main, sourire constant, Mactar Diack traverse les couloirs du Hyatt Regency de Casablanca comme un homme qui connaît le tempo de ces grands rendez-vous où se négocient les idées, les réseaux et parfois les lignes de financement. Nous sommes à l’Africa Financial Summit (AFIS), plateforme co-animée par l’écosystème Jeune Afrique et des partenaires internationaux, dont la Société financière internationale (SFI/IFC).
À l’écran de son téléphone, les notifications s’empilent. « J’ai un autre rendez-vous dans l’heure », glisse-t-il, serein. S’il est sollicité, c’est parce qu’il opère désormais à un niveau stratégique : Directeur général de BANK OF AFRICA – NIGER (BOA Niger) depuis Juin 2024
Une nomination dans un contexte qui ne pardonne rien
Mactar Diack est nommé DG de BOA Niger en juin 2024, avec prise de fonction effective le 12 août 2024.
Le timing est lourd de sens. Le Niger sort d’une séquence de tensions et de perturbations économiques et financières qui ont affecté l’ensemble de la place bancaire. Lui-même le reconnaît : la banque n’a pas été épargnée.
Dans ce type de contexte, un dirigeant bancaire n’a pas le luxe des promesses faciles. Il doit stabiliser, rassurer, sécuriser, tout en relançant la machine commerciale. Le défi est précoce, mais il le décrit comme un moteur, presque une signature : travailler, tenir, renverser la tendance par la méthode.
Le pari central : remettre la confiance au cœur du système
Au Niger, le premier capital d’une banque, c’est la confiance. Et le nouveau DG le dit sans détour : redonner confiance aux clients, puis accompagner en priorité les PME et PMI, souvent les plus fragilisées quand l’économie se crispe.
Ce choix n’est pas seulement social, il est bancaire. Parce que la PME, quand elle est accompagnée correctement, structure les dépôts, formalise les flux, densifie la relation et crée de la récurrence. Dans une économie où la visibilité peut manquer, c’est aussi une manière de reconstruire, brique après brique, une croissance plus robuste.
Un parcours “maison” qui force le respect
Le respect que suscite Mactar Diack vient aussi de là : il n’est pas un produit de vitrine. Il est un produit du terrain, construit dans la durée, au sein du Groupe BANK OF AFRICA.
Il démarre à BOA Sénégal en 2001, au moment où la banque ouvre ses portes au public, dans une équipe jeune, sans portefeuille initial, qui doit tout bâtir par la prospection et l’endurance.
Il commence au service comptabilité, passe par l’analyse crédit, devient chargé de clientèle entreprises, puis enchaîne des postes qui racontent une ascension organique et structurante : direction d’agence, pilotage entreprises, création et direction d’un centre d’affaires corporate, puis fonctions de direction générale adjointe.
Avant Niamey, il vit aussi l’expérience de BOA Bénin, où il élargit son périmètre opérationnel et réseau, une étape souvent décisive dans les trajectoires de dirigeants “groupe”.
Cette progression, de la technique comptable à la direction générale, raconte une chose rare : la maîtrise du détail et la capacité à penser système.
L’annonce du “Soleil” et la leçon de trajectoire
Une scène revient comme un pivot intime. Avant la banque, il saisit une première opportunité professionnelle dans une usine, pour soutenir les siens. Puis une annonce publiée dans Le Soleil déclenche un saut, malgré la perspective d’un salaire inférieur.
Il postule, comme des milliers d’autres. Il appelle sa mère, lucide sur la concurrence. Et il garde cette phrase comme un talisman. Cette séquence dit beaucoup du personnage : un banquier qui ne sacralise pas les titres, mais la discipline, la foi en l’effort, et la capacité à accepter une baisse immédiate pour une trajectoire longue.
Se dire “ambassadeur” et porter une responsabilité symbolique
Mactar Diack se décrit comme un « ambassadeur » de son pays, et se vit comme un test. Être le premier Sénégalais “pur produit” du groupe à accéder à une direction générale de ce niveau, c’est réussir pour soi, pour le groupe, et pour ceux qui viendront après.
Ce discours est révélateur d’un leadership africain en circulation, où la compétence traverse les frontières mais n’oublie pas l’origine. Dans la banque, cette dimension compte : elle renforce l’exigence personnelle, elle augmente la pression, et elle pousse à une éthique de résultats.
Une méthode de management : proximité, rigueur, mobilisation
Pour réussir sa mission, il revendique une recette simple, mais difficile à tenir : le bon management et la rigueur. Le bon management, chez lui, consiste à rassembler, donner confiance, être visible, être proche, du plus bas au plus haut niveau.
La rigueur, elle, se lit dans la manière dont BOA Niger structure certaines actions publiques, notamment autour de l’accompagnement des PME, avec des dispositifs menés avec des partenaires, y compris la SFI/IFC dans des programmes de renforcement.
Dans un contexte sensible, cette combinaison “proximité interne + exécution externe” est souvent ce qui fait la différence entre une banque qui subit et une banque qui reprend l’initiative.
Ce que son arrivée raconte de la banque au Sahel
La trajectoire de Mactar Diack raconte, en creux, une réalité de la banque en Afrique francophone : les périodes de tension n’éliminent pas le besoin de finance, elles le rendent plus exigeant. Le marché ne demande pas des slogans, il demande une banque qui tient, qui paie, qui écoute, qui finance avec discernement, et qui reconstruit la confiance client par la preuve.
Patrick Tchounjo



