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Fintech

Paiements instantanés : avec 24 institutions, le Sénégal prend une longueur d’avance dans l’UEMOA

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Paiements instantanés : avec 24 institutions, le Sénégal prend une longueur d’avance dans l’UEMOA

Le Sénégal vient de prendre une avance étroite, mais stratégiquement significative, dans la transformation des paiements en Afrique de l’Ouest. Au 31 juillet 2026, 24 institutions financières sénégalaises étaient autorisées à proposer au public les services de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané, PI-SPI, selon la BCEAO. C’est une de plus que la Côte d’Ivoire. Derrière ce classement se joue pourtant une bataille autrement plus importante : celle de l’usage, de l’interopérabilité et, à terme, du contrôle de la relation financière quotidienne.

À l’échelle de l’UEMOA, 104 institutions sont désormais autorisées à ouvrir PI-SPI au public. Le Sénégal arrive en tête avec 24 participants, devant la Côte d’Ivoire, 23, le Mali, 14, le Burkina Faso, 13, le Bénin, 11, le Togo, neuf, puis le Niger et la Guinée-Bissau, cinq chacun.

Cette première place mérite néanmoins d’être correctement interprétée. Elle mesure aujourd’hui la profondeur du dispositif institutionnel autorisé, pas encore le volume réel des transactions ni le nombre d’utilisateurs actifs.

Un écosystème sénégalais particulièrement diversifié

L’avantage sénégalais repose surtout sur la diversité des acteurs embarqués : 17 banques, deux émetteurs de monnaie électronique, un établissement de paiement et quatre institutions de microfinance.

C’est précisément là que PI-SPI change la logique du marché.

La plateforme n’est pas un nouveau wallet destiné à concurrencer ceux déjà installés. Elle constitue une infrastructure commune, capable de connecter des univers jusqu’ici largement cloisonnés. Un client bancaire peut transférer des fonds vers un compte de monnaie électronique, une institution de microfinance ou un autre établissement sans avoir à appartenir au même réseau que le bénéficiaire.

Le système doit fonctionner 24 heures sur 24, sept jours sur sept, avec une disponibilité des fonds annoncée en moins de dix secondes. Numéro de téléphone, adresse de paiement ou QR code peuvent servir d’identifiant, tandis que les transferts entre particuliers sont annoncés comme gratuits.

L’enjeu dépasse donc la vitesse. PI-SPI attaque directement les frontières historiques entre banques, fintechs, mobile money et microfinance.

L’interopérabilité redistribue les avantages concurrentiels

Cette mutation intervient dans un marché régional déjà profondément transformé. Dans l’UEMOA, le nombre de paiements électroniques est passé de 260 millions en 2014 à plus de 11 milliards en 2024, tandis que le taux d’inclusion financière a atteint 74 %.

PI-SPI pourrait accélérer encore cette dynamique en réduisant les frictions entre réseaux.

Pour les banques sénégalaises, cela signifie qu’un réseau physique puissant ou une importante base clientèle ne suffiront plus nécessairement à verrouiller les flux. Pour les opérateurs de monnaie électronique, l’interopérabilité réduit également la valeur stratégique d’un écosystème fermé.

La compétition devrait progressivement se déplacer vers d’autres terrains : simplicité de l’expérience utilisateur, disponibilité technique, sécurité, crédit instantané, épargne, paiements marchands et services aux entreprises.

Le Sénégal dispose ici d’un avantage initial : plus l’écosystème compte d’acteurs connectés, plus l’effet de réseau potentiel devient puissant.

24 participants ne font pas encore un succès

C’est pourtant là que commence la partie la plus difficile.

Une infrastructure financière ne transforme une économie que lorsqu’elle devient un réflexe. Le leadership sénégalais devra donc être mesuré demain par le nombre d’utilisateurs actifs, le volume et la valeur des transactions, la fréquence des paiements marchands, le taux d’échec des opérations et la rapidité de traitement des réclamations.

La fraude, la cybersécurité, la protection des données et l’éducation financière constituent également des points de vigilance. Sans confiance, l’interopérabilité technique restera insuffisante.

La couverture rurale sera tout aussi déterminante. PI-SPI prendra véritablement une dimension économique si son usage dépasse les grandes villes et accompagne commerçants, PME, administrations, ménages et acteurs de l’économie informelle.

Le Sénégal a pris la tête, pas encore gagné la course

Le calendrier réglementaire rappelle d’ailleurs que le chantier reste ouvert. La BCEAO a repoussé au 30 septembre 2026 l’échéance de connexion applicable aux banques, établissements de paiement et émetteurs de monnaie électronique, tandis que les institutions de microfinance supervisées disposent jusqu’au 30 juin 2027.

La hiérarchie peut donc encore évoluer.

Avec ses 24 institutions autorisées, le Sénégal dispose aujourd’hui de l’écosystème PI-SPI le plus dense de l’Union. Mais la prochaine bataille ne se gagnera plus sur le nombre de connexions.

Elle se gagnera lorsque payer en quelques secondes, d’une banque vers un wallet ou d’une microfinance vers un commerçant, deviendra aussi banal qu’envoyer un message. C’est à ce moment-là seulement que l’avance technologique se transformera en avantage économique.

Patrick Tchounjo

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