Sous Edoh Kossi Amenounve, la BRVM franchit le cap historique des 20 000 milliards FCFA de capitalisation
20 036,18 milliards de FCFA. À Abidjan, ce chiffre ne marque pas seulement un record boursier. Il matérialise le changement d’échelle d’un marché longtemps considéré comme étroit, mais qui s’affirme désormais comme l’une des infrastructures financières les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest. Le 20 août 2026, la capitalisation du marché des actions de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 20 000 milliards de FCFA.
Au centre de cette transformation figure Dr Edoh Kossi Amenounve, Directeur Général de la BRVM depuis octobre 2012. En près de quatorze années à la tête de la place régionale, l’économiste et financier togolais aura accompagné une mutation profonde : modernisation des infrastructures, élargissement des produits, internationalisation du marché et repositionnement de la Bourse comme instrument de financement des économies de l’UEMOA.
6 700 milliards FCFA de capitalisation gagnés depuis janvier
La vitesse de progression impressionne autant que le niveau atteint.
Au 1er janvier 2026, la capitalisation du marché actions s’établissait à 13 330,71 milliards de FCFA. Sept mois et demi plus tard, elle atteint 20 036,18 milliards, soit une hausse de 50,30 % et près de 6 706 milliards de FCFA de valeur supplémentaire.
Le contraste historique est encore plus saisissant. Lorsque la BRVM démarrait effectivement ses activités, le 16 septembre 1998, la capitalisation actions représentait 836,19 milliards de FCFA. Elle a depuis été multipliée par 24.
Le cap des 20 000 milliards raconte donc davantage qu’un rallye boursier. Il raconte la construction progressive d’un marché commun à huit économies, capable de mutualiser investisseurs, émetteurs et capitaux dans un espace monétaire intégré.
Edoh Kossi Amenounve, quatorze ans pour approfondir le marché
Lorsque Edoh Kossi Amenounve prend les commandes de la BRVM en 2012, l’enjeu ne consiste pas simplement à faire monter les indices. Il s’agit surtout de donner davantage de profondeur à une place financière régionale encore insuffisamment utilisée par les entreprises pour financer leur croissance.
Son parcours lui donne une connaissance presque organique de cet écosystème. Avant la BRVM, il a notamment dirigé SGI-Togo et occupé le poste de Secrétaire Général de l’ancien CREPMF, aujourd’hui AMF-UMOA. La BRVM le présente comme l’un des artisans de plusieurs réformes structurantes : notation financière, titrisation, marché hypothécaire ou encore harmonisation fiscale des valeurs mobilières.
Sous sa direction, la place d’Abidjan s’est également engagée dans une stratégie plus large : digitalisation de l’accès au marché, développement de la finance durable, diversification des instruments financiers et intégration plus poussée aux marchés africains et internationaux.
La trajectoire annoncée pour BRVM Horizon 2030 pousse encore plus loin cette ambition, avec l’intelligence artificielle, le big data, la blockchain, les ETF, les produits dérivés et l’approfondissement de la liquidité parmi les priorités stratégiques.
Derrière le record, une concentration encore très forte
Le chiffre de 20 000 milliards ne doit cependant pas masquer une caractéristique essentielle du marché : la valeur reste extrêmement concentrée.
Les services financiers représentent à eux seuls 44,16 % de la capitalisation actions. Les télécommunications pèsent 33,36 %, et la consommation de base 12,54 %. Ensemble, ces trois secteurs concentrent 90,06 % du marché.
La concentration existe aussi au niveau des entreprises. Sonatel, Orange Côte d’Ivoire, Société Générale Côte d’Ivoire, Ecobank Transnational Incorporated et Coris Bank International Burkina Faso représentent ensemble 49,16 % de la capitalisation totale, sur 47 sociétés cotées.
C’est probablement là que commence la prochaine bataille d’Edoh Kossi Amenounve.
Car pour que le cap des 20 000 milliards devienne véritablement une rupture structurelle, la BRVM devra élargir davantage sa base d’émetteurs, attirer de nouvelles entreprises et faire entrer en Bourse une plus grande diversité de secteurs : mines, agriculture, industrie, technologie, énergie ou infrastructures.
La Bourse doit désormais devenir un réflexe de financement
Le contexte lui est favorable. Selon la BRVM, les marchés de capitaux bénéficient actuellement d’un regain d’intérêt marqué par le retour des introductions en Bourse, des opérations d’augmentation de capital et une participation renouvelée des investisseurs institutionnels comme particuliers.
La question n’est donc plus seulement de savoir jusqu’où peut monter la capitalisation.
Elle est de déterminer quelle place la Bourse peut occuper dans le financement de long terme de l’UEMOA.
C’est une question stratégique dans des économies où le financement des entreprises demeure encore très largement bancaire. Un marché boursier plus profond permettrait d’offrir aux grandes entreprises, aux PME en croissance et aux États davantage d’alternatives pour mobiliser des ressources longues sans faire reposer tout le financement de l’économie sur les bilans bancaires.
La BRVM avait déjà confirmé en 2025 son rang de cinquième Bourse africaine, tandis que son marché financier régional avait mobilisé un montant historique de 4 204,7 milliards de FCFA au cours de l’année.
Les 20 000 milliards ne sont pas une arrivée
Pour Edoh Kossi Amenounve, ce record arrive donc à un moment particulier.
Après plus d’une décennie consacrée à renforcer l’architecture du marché, la BRVM dispose désormais d’une taille qui lui donne davantage de poids dans le paysage financier continental. Mais une capitalisation élevée n’est pas une finalité : la véritable mesure du succès sera sa capacité à transformer cette puissance financière en capital disponible pour les entreprises, innovation, investissement productif et croissance régionale.
Le 20 août 2026 restera probablement comme une date importante dans l’histoire de la place financière de l’UEMOA.
Mais le chiffre le plus intéressant n’est peut-être pas 20 036 milliards de FCFA.
C’est ce que la BRVM parviendra à financer avec les prochains milliers de milliards.
Et sur ce terrain, Edoh Kossi Amenounve n’a probablement pas encore achevé la transformation qu’il a engagée en 2012.
Patrick Tchounjo
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